L'EGLISE RUSSE
J'ai assisté à une noce dans Téglise russe qui avoisine le parc Monceau et qui dresse dans les airs ses boules dorées en forme d'oignons.
Ce qui manque à cet étrange et charmant édifice pour donner la sensation exacte de la Russie, c'est un horizon gris, un ciel bas et pointillé de neige. Mais à l'intérieur, Tillusion est complète et absolue. L'œil est immédiatement séduit par cette religion sur fond d'or, par cette barbarie solennelle, par ces tabernacles semblables à des vitrines d'orfèvrerie, par la Vierge en habit d'impératrice, par l'enfant Jésus tout roide dans sa robe brodée de pierres précieuses, par tous ces grands portraits uniformément nimbés, vus de face, inondés de barbe blanche, les mains longues, graves, pensifs, riches, — riches surtout.
Lorsque je suis entré, l'église était remplie de monde, le plus beau monde de la colonie russe. Les femmes, pâles, hautes, gracieusement superbes, selon le type de la nation, étaient en grande toilette. Le cordon de Saint- Vladimir,
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des plaques, des croix, des cravates et des brochettes d'ordres chamarraient les hommes en habit noir.
La cérémonie était commencée depuis quelques minutes. Deux messieurs tenaient élevées au- -dessus de la tête du marié et de la mariée deux magnifiques couronnes or et velours. Des changeurs psalmodiaient des prières d'un accent mystérieux.
Au sortir de l'église, la noce est allée manger <le la charcuterie et boire du vin de Champagne, toujours selon le rite russe.
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LE BOURGEOIS DE PARIS. . 24 r
le soldat qui a déposé le fusil apparaît alors le bourgeois, son aune à la main. Faites bien attention à cette aune désormais. C'est le moment où, du cœur du duc d'Orléans, propriétaire du Palais- Royal, s'échappe ce vœu naïf, qui va bientôt être exaucé : « Dieu soit loué... et mes boutiques aussi! »
Elles le furent, et même assez cher. Le bourgeois de Paris, ce bourgeois nouveau, là cour revenue ne fit pas attention à lui. Elle le crut sans doute de la même farine que le bourgeois de l'ancien régime, et elle pensa avoir assez fait pour lui — comme pour les autres, — après lui avoir octroyé la charte. Elle ignorait que le bourgeois de Paris, derrière ses volets fermés au passage des processions, faisait son apprentissage du libéralisme, lisait Paul-Louis Courier et chantait en famille les chansons de Déranger, ce séditieux qui avait pris le fonds de Voltaire.
Ce bourgeois-là eut quinze ans d'ombre pour grandir et faire son éducation. Entre temps, il allait au Gymnase applaudir Avant^ Pendant et Après; mais c'était un autre après qu'il rêvait.
En ï83o, il se sentit mûr pour le combat, le pouvoir étant mûr pour la défaite. Pendant les trois journées de juillet, il reprit son vieux fusil, et, aux accents de la- Marseillaise réveillée, il monta sur les barricades où il se rencontra avec le peuple. C'était sa façon à lui de rentrer aux affaires. Le reste est connu. Devant ce bourgeois
qu'ils ne soupçonnaient pas, les Bourbons partaient, non plus pour la chasse aux perdrix {cara6i), mais pour l'exil, cette fois.
Le règne de Louis-Philippe vit Tapogée et la fortune de la bourgeoisie. Du jour au lendemain elle était redevenue le tiers état, et même un peu plus que le tiers état. Des trois choses qui frappaient immédiatement la vue dans le royaume — le trône, la tribune et le comptoir, — c'était le comptoir qui paraissait le plus haut.
Il est certain qu'à ce moment quelques bouffées de vanité montèrent au cerveau du bourgeois de Paris. Pourquoi ne serais-jepas portraitiste sincère? pourquoi tairais-je les faiblesses de mon modèle? Ses gros souliers figurèrent aux bals des Tuileries; plusieurs manufacturiers furent créés barons. Il atteignit à tout; s'appela Ganneron, Cunin-Gridaine, Chambolle. Cependant ses idées subissaient un amoindrissement visible sous l'influence des gens de moyenne valeur qui prétendaient le mener. Plus il s'élevait, plus il voyait petit — surtout en littérature et en art.
C'est de ce moment-là que date l'hostilité des ai;tistes. et que le nom de bourgeois commença à être appliqué en mauvaise part. On lui dénia la compréhension des belles choses ; on lui reprocha de manquer d'idéal, ce qui était absolument vrai. Daumier, dans ses caricatures, et Henry Monnier, avec sa création de Prudhomme, lui portèrent des coups terribles.