LE PICK-POCKET
Tu n'es pas... Ah! c*est vrai... Je n'ai rien vu ^^e plus prodigieux comme ressemblance. {Il fait ^^asser la m^ontre du monsieur à un autre pick- ^fDocket,)
LE MONSIEUR, s'essuyant la bouche.
C'est fort désagréable, cela.
UN VIEIL AMATEUR à un jcunc amatcur.
Monsieur, savez- vous de qui est ce morceau?
LE JEUNE AMATEUR
Est-ce que cela se demande? C'est de Verdi.
LE VIEIL AMATEUR
De Verdi... Ah! merci... De Verdi, j'aurais dû m'en douter... la mauvaise école italienne... la mélodie remplacée par la sonorité... De Verdi... la décadence... Comparez donc cela à Rossini
LE JEUNE AMATEUR
Je ne le compare pas non plus, Verdi est infiniment plus fort que Rossini.
LE VIEIL AMATEUR
Pouvez- vous dire, jeune homme!...
LE JEUNE AMATEUR
Certainement, vieil homme... Rossini, de la musique à manivelle... du macaroni sans fin... Turlututu et TralaJa... Rossini.., aucune profondeur... pas d'idées... Il a bien fait de mourir dans un appartement tapissé avec du papier à quinze sous le rouleau. Tel homme, tel idéal.
LE VIEIL AMATEUR
Blasphème ! Rossini, le cygne de Pesaro ?
LE JEUNE AMATEUR
Verdi ! Taigle de la Rivière de Gênes !
UN INCONNU, se retournant.
Un peu de silence, messieurs, s*il vous plaît... D'ailleurs, si je crois comprendre la cause de votre discussion, vous vous trompez l'un et Tautre... Le morceau que Ton joue en ce moment est de Rossini... Y Italienne à Alger.
LES DEUX AMATEURS, ensemble.
Bah!
CONCERTS MILITAIRES. a5S
LE VIEL AMATEUR
De Rossini?... C'est de sa mauvaise manière, ^lors.
LE JEUNE AMATEUR
De Rossini?... C'est ce qu'il a fait de meilleur, ^ans ce cas.
•Deux impressionnistes^ Vun peintre. Vautre romancier, se sont arrêtés pour étudier la pky^ sionom,ie du Palais-Royal à ce m,om,ent.
ï>REMiER IMPRESSIONNISTE, parlant et faisant des
traits de pouce.
Toujours égayant, ce Palais- Roy al... Hein?
ta chose la plus parisienne de Paris, même avant les boulevards... Une architecture aimable dans sa correction, dorée, cuite à point... La tradition de Louis, de Gabriel, de Ledoux, ces derniers architectes du xviii® siècle... de grands architectes., le culte de la colonnade... Ne dé- . daignons point le Palais-Royal, parce qu'il est délaissé... Quelque chose qui rappelle la place Saint-Marc à Venise, avec du moins, c'est entendu... beaucoup de moins... Mais enfin, ça y est... n'est-ce pas? Les pigeons noirs remplacés par des pierrots, tu vas me dire... mais l'accent des Procuraties, par intervalles... c'est quelque chose, à Paris.
a56 LE PETIT PARIS.
SECOND IMPRESSIONNISTE
Les Procuraties, avec une odeur de fricandeau par les croisées.
PREMIER IMPRESSIONNISTE
Ah! les restaurants... Je sais bien... Une plaie... Et encore! Que de gaieté dans cette impression qui met à tous ces étages la candeur épanouie des visages provinciaux!... Et la Rotonde, ce café Florian sans les portraits de Garibaldi et du comte Cavour...Et puis, de l'herbe en plus, un soupçon de gaz... le torse d'une Eurydice, Tattitude d'un Apollon allumeur de gaz... Le jardin du Palais-Royal, vois-tu, la religion de nos pères, les rendez-vous donnés pour aller faire ce qu'ils appelaient une partie... Et les souvenirs! une charretée! Il y en aurait à remuer jusqu'à demain... depuis la feuille d'arbre arrachée par Camille Desmoulins jusqu'aux gifles distribuées au café de Valois par les gardes du corps... Torchestre du souterrain des Aveuglés... les promena des déguenillées et philosophiques de Chodruc-Duclos... les nymphes des galeries et les filles du théâtre de la Montansier... le boniment des ombres chinoises de Séraphin dans la voix éraillée d'un émigré... l'hirondelle d'Horace Vernet peinte en un jour de détresse au plafond du café de Foy... le ii3... j'allais oublier le ii3 et ses drames... Corazza, où déjeunait
Balzac, voulant collaborer, avec Lassailly voulant déjeuner... Autant de pages d'histoire, et de la plus pittoresque... Ah ! le Palais-Royal!
SECOND IMPRESSIONNISTE
Et après?
PREMIER IMPRESSIONNISTE
Après ? les magasins... des magasins exceptionnels... Tous les rubans et tous les diamants de tous les ordres, de tous les royaumes, dans des vitrines étincelantes... de quoi se faire dans une minute membre de Tordre Constantinien ou chevalier de la Croix-Bretonne d'Hervé du Lorin... grand maître de Malte ou commandeur du Saint- Sépulcre... des dandinements de brochettes à éblouir... des plaques et des grands cordons, et des cravates, avec ou sans liséré, à donner le vertige... Les magasins du Palais-Royal! c'està-dire des boutiques de joaillerie qui ont fait percer des plafonds par des voleurs... des ruissellements de montres et de bagues qui remplissent de demi-heures de convoitises les yeux effarés des petites bourgeoises de Bar-sur-Aube ou de Mende... des exhibitions de porcelaines de Sèvres dont on mangerait... Tout ce qui dépasse le rêve et foudroie les audaces les plus intrépides de l'imagination!
SECOND IMPRESSIONNISTE
Oui... des robes de chambre de nabab ou de dentiste, avec cordelière, à dix-huit francs.
a58 LE PETIT PARIS.
PREMIER IMPRESSIONNISTE
Tais-toi... tes plaisanteries ne détruiront pas le Palais-Royal... Il est indestructible, il a la force d'une institution nationale.
DEUXIÈME IMPRESSIONNISTE, voyaut la foulc s'é-
couler.
Finie la musique !
PREMIER IMPRESSIONNISTE
Tiens ! on faisait de la musique? je n*ai rien entendu. La musique, connais pas. Allons-nous-en.