‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 88 sur 104 · OISEAUX · texte numérisé non relu

OISEAUX

J'aime à m'arrêter devant les boutiques de marchands d*oiseaux, qui, heureusement, sont assez nombreuses à Paris.

Si cela m'amuse, cela amuse aussi les oiseaux. La plupart se mettent aux fenêtres, comme on dit, pour me regarder. Je suis un événement pour «ux. Ils s'agitent, ils se consultent dans leur langage.

Les piaillards constituent la majorité; mais il j" en a aussi de muets, et même de tristes. Les geais sont inquiets, les chardonnerets sont attentifs, les rossignols sont farouches. La palme <le rintelligence continue à demeurer acquise aux perroquets.

Ce matin, j'en examinais un, rueSaint-Honoré. C'était un perroquet gras à faire envie, et d'un beau vert d'absinthe. Il ne s'émut pas à mon approche. Il se contenta d'entrouvrir un petit œil comparable à une pierre précieuse, — puis il le referma avec indiflférence, pour reprendre son bon sommeil de perroquet. Cependant, je restais toujours devant lui.

26o LE PETIT PARIS.

Cela parut l'impatienter, à la ftn; il rouvrit décidément les yeux, se balança un moment sur les pattes et me regarda, à son tour, d'un air qui me sembla profondément moqueur. Puis, au bout de quelques minutes, lorsqu'il vit que j'allais battre en retraite, le perroquet me lança cette apostrophe :

— C'est tout ce que tu payes?

ce Comment un habitant de Paris eut cinquante corbeaux à son enterrement. t>

Celui qui fut le héros de cette aventure était le riche Portugais M. de Machado, connu par son amour effréné pour tous les oiseaux en général, et mort il y a une douzaine d'années environ.

M. de Machado habitait sur le quai Voltaire un vaste appartement, ou plutôt une volière, remplie des espèces les plus rares. Leur entretien lui coûtait fort cher. 11 y avait tel oiseau à qui il fallait du chasselas toute l'année, tel autre des vers enfarinés de safran et des insectes vivants, tel autre encore du baba et des œufs sucrés. Celui-ci voulait des dragées, celui-là ne pouvait souffrir que le pain Grezzini...

M. de Machado veillait lui-même à tout, avec un rare scrupule.

Il ne se contentait pas de ses pensionnaires de

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rintérieur; il avait aussi ses pensionnaires de l'extérieur. Au nombre de ces derniers était une légion de corbeaux, hôtes des Tuileries et du Louvre.

Chaque jour, au coup de midi, avec la ponctualité des pigeons de la place Saint-Marc de Venise, les corbeaux du Louvre venaient s'abattre sur le balcon de M. de Machado, qui leur faisait préparer non moins régulièrement des assiettées de viande coupée en petits morceaux.

Maintenant, vous comprenez comment il lui fut facile d'avoir ces corbeaux à ses funérailles.

Par testament, il prescrivit pour midi le rendez-vous à la maison mortuaire.

Les corbeaux n'y manquèrent pas, et ce ne furent pas les moins affligés,' car, leur repas n'ayant point été servi ce jour-là, ils remplirent l'air de leurs croassements lugubres et tout à fait de circonstance.

Certains savants, stupéfaits, considérèrent ce groupe de corbeaux comme un prodige inexplicable.

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