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Le petit Parisien

Il y a déjà bien des années — je venais de terminer mes études pour le baccalauréat — lorsque je résolus de me rendre à Paris pour y suivre les cours et les conférences de la Sorbonne, du Collège de France et de l'École des Chartes, afin de compléter non seulement mon bagage scientifique, mais aussi poiu* me perfectionner, par le contact avec des gens instruits, dans la pratique de la langue française. Muni de tout le matériel en usage en pareille circonstance, guide de conversation, dictionnaire, etc., etc., j'attendis avec impatience le moment où je pourrais faire usage de mes connaissances en linguistique qui, à en juger d'après les notes que j'avais obtenues au baccalauréat, devaient être assez sérieuses.

Cette occasion se présenta à moi dès mon arrivée à la frontière. A la visite des bagages — je m'en souviens encore — ce ne fut qu'à grand'peine, hélas, que je pus me tirer d'affaire avec les douaniers français. Ce n'est pas sans difficulté que j'arrivai à saisir quelques-unes des questions qui me furent posées et, je l'avoue humblement, je n'eus pas lieu d'être très fier de ce premier résultat. Je ne fus pas plus heureux pendant le reste du trajet jusqu'à Paris. Les Français parlaient trop vite, je ne saisissais pas ce qu'ils disaient, et à chaque instant j'eus à constater mon ignorance, surtout lorsqu'il s'agissait de trouver, de suite et sans hésiter, une réplique convenable.

Après un séjour de quelques semaines j'étais arrivé à comprendre assez bien lorsqu'on m'adressait directement la parole; mais c'est dans la conversation courante que je reconnaissais à chaque instant ma défaillance. Les locutions familières, les mots

usuels me faisaient complètement défaut. Malgré une étude acharnée dans les livres dont je m'étais muni, je ne pouvais arriver à combler les nombreuses lacunes de mon instruction. J'en découvris bientôt la cause; ces ouvrages, en effet, renfermaient, certes, bien des choses belles et utiles, mais ce qui aurait pu me servir au point de vue pratique se trouvait noyé dans un amas de mots d'im emploi peu fréquent. Grâce à mes rapports avec des Français et à Paccueil bienveillant et sympathique que je reçus dans quelques familles, j'arrivais en relativement peu de temps à connaître la langue française telle qu'elle se parle à Paris, et après \m séjour de près de deux ans dans cette ville, j'étais parvenu à connaître toutes les locutions, tournures et particularités que, jusqu'alors, je n'avais trouvé consignées dans aucun des ouvrages classiques en usage dans nos écoles.

Mais comme avec le temps tout s'en va et disparaît, quelquefois lentement, il est vrai, de même les connaissances intellectuelles, principalement celles des langues étrangères, ont besoin d'être entretenues. H faut donc éviter qu'elles s'effacent complètement de notre mémoire. Aussi, afin de ne pas perdre le fruit d'études longues et pénibles, j'ai profité de mes vacances pour aller faire, à plusieurs reprises, des séjours à Paris; c'est ainsi que j'ai pu non seulement me perfectionner, mais encore je suis arrivé à augmenter mon bagage de connaissances nouvelles.

J'ai cherché à réunir dans ce petit volume le résultat de mes expériences et des remarques que j'ai faites pendant le cours de mes nombreux voyages d'études. Je me suis efforcé de fournir à ceux de mes lecteurs qui veulent acquérir une connaissance plus approfondie de la langue française un ouvrage complémentaire renfermant les tournures de phrases et locutions qui sont d'un emploi journalier dans la bonne société parisienne, et par cela même passent comme modèles du bon langage non seulement en France, mais encore dans tous les pays où se parle la langue française.

Dans le chapitre XXI, j'ai tenu compte aussi des termes populaires ainsi que des fautes grossières contre la pureté du dictionnaire et contre les règles de la grammaire. H est vrai que ces excentricités de langage sont exclues de la conversation

des salons, mais Pétranger doit cependant être à même de les comprendre, sans chercher pour cela à les employer.

Bref, j*ai rigoureusement veillé à ce que le lecteur trouve dans mon petit livre tout ce qui lui faut pour entretenir une conversation courante avec des Français d*une instmction moyenne^ et sur toutes les questions d*un intérêt général. Toutes les circonstances essentielles de la vie pratique et les particularités propres au caractère français y sont traitées. Le contenu de chaque phrase a été examiné avec la plus scrupuleuse attention au point de vue de son utilité pratique. Il est évident qu'étant donné les petites dimensions de mon travail, je n'ai pas cherché à y faire figurer les mots techniques spéciaux aux différents corps de métiers. La technologie forme, en effet, chez tous les peuples, une langue à part qui exige des études spéciales.

Grâce à une rédaction concise, et souvent aussi en indiquant entre parenthèses les expressions synonymes, j'ai pu traiter dans ce livre, malgré son petit format, une grande abondance de matières.

Tous les sujets abordés sont discutés dans un style très simple, tout en conservant la couleur locale; le style purement littéraire, souvent si contraire à l'esprit de la conversation, a été rigoureusement écarté.

Le texte a été, à plusieurs reprises, soigneusement revu par des professeurs de l'Université de Paris.

Le Petit Parisien a été adopté, dans un grand nombre, d'établissements d'enseignement secondaire et supérieur, comme livre de lecture et en même temps comme base pour des exercices de conversation. On peut facilement s'en assimiler deux ou trois pages en une séance d'une heure. Suivant le nombre dé leçons consacrées aux classes de français, le petit livre peut fournir matière à des études pour une ou plusieurs années. Il peut servir, par conséquent, de manuel de conversation aux élèves des classes moyennes et supérieures des établissements d'instruction secondaires, des écoles militaires, navales, commerciales, normales et privées. Le Petit Parisien peut aussi rendre des services à ceux qui auraient l'intention de faire un voyage en France ou qui seraient en relation avec des Français, soit en France, soit à l'étranger.

Une table alphabétique des sujets traités termine mon travail. J*ai cru être agréable au lecteur en y joignant un plan de Paris et un aperçu des plus importantes simplifications de Vorthographe et de la syntaxe françaises.

Ceux qui désireraient faire des conversations variées sur les sujets traités dans ce volume, trouveront un guide méthodique dans ma brochure intitulée Mode d'emploi du Petit Parisien et de En France. Cette brochure sera envoyée franco par la ^Maison J. Bielefelds Verlag de Karlsruhe au reçu d'un timbre-poste de lo pfennigs ou d'une valeur équivalente.

Pour faciliter l'étude du présent ouvrage, j'ai publié deux vocabulaires disposés par ordre alphabétique. Dans l'un d'eux, le Vocabulaire explicatifs sont paraphrasés, en langue française^ tous les mots qui ne s'expliquent pas facilement par le contexte; l'autre, le Verdeutschimgs -Wôrterbuch^ est un petit dictionnaire général français-allemand.

KiEL, décembre 1904.

R. Kron.

Les visites.

Formules de politesse.

Si je veux aller voir (ou rendre visite, faire une visite à) quelqu'un, je me rendrai à ^on adresse (pu chez lui, dans sa demeure, sa maison, son habitation) entre trois et six heures, et je sonnerai. Un(e) domestique viendra m'ouvrir. Je m'informerai auprès de lui (d'elle), si Monsieur ou Madame est visible, si Monsieur ou Madame peut me recevoir. Les locutions consacrées sont: Monsieur X. est-il chez lui? Madame X. est-elle visible? Je désire voir M. X.^), parler à Mme X. Dites à M. X. que je n'ai qu'un mot à lui dire, que c'est pour une affaire personnelle que je désire le voir,que je ne le retiendrai qu'un instant, etc. (lisez et caetera).

Suivant les circonstances, la domestique me:

donnera une réponse négative ou affirmative.

Si M. X. n'est pas chez lui, ou s'il ne veut pas me recevoir, elle répondra; ]\Ionsîeur n'est pas chez lui. Monsieur n'y est pas. Monsieur vient de

I) Notez bien que les abréviations M. f= Monsieur),

Mme (■=. Madame)^ Mlle {•=. Mademoiselle)^ etc. doivent toujours

être suivies du nom de famille; dans le cas contraire, il est de

rigueur d'écrire ces mots en entier, c'est-à-direbigfj||^|p@^(^f|^s.

K r o n , Le Petit Parisien, p. I

2 I. Les visites. Formules de politesse.

sortir, Monsieur est sorti, Madame n'est pas visible. Madame ne reçoit que le lundi de trois heures à cinq; Monsieur est occupé, il ne peut (pas) vous recevoir maintenant; on ne trouve Monsieur que le mardi de huit à dix heures du soir.

Si, au contraire, M. (Mme) X. peut ou veut me recevoir, la domestique répondra: Oui, M. X. est chez lui, Mme X. est visible. Qui dois-je (ou fautil) annoncer? ou, moins couramment. Qui annoncerai-je? Monsieur veut-il me dire son nom?

Monsieur veut-il me donner sa carte? Prenez la peine d'entrer. Veuillez attendre un instant, M. X. sera à vous dans un moment. — Je vous demande pardon. Monsieur, de vous avoir fait attendre; j'étais occupé. A qui ai-je Thonneur de parler? — Je suis M. Thomas, je viens de la part de M. Albert de Dresde; voici un mot d'introduction auprès de vous de mon ami M. Albert. — Donnezvous la peine de vous asseoir. Veuillez vous asseoir, (Monsieur). Prenez un siège. En quoi puis-je vous être utile (ou agréable)? Qu'est-ce qui me procure le plaisir (ou l'avantage) de vous voir? Mon ami M. Albert m'a annoncé votre visite.

Veuillez me dire le but de votre visite. Les amis de mes amis sont mes amis. — J'ai un service à vous demander. Je viens vous prier. Monsieur, d'avoir la bonté (ou l'obligeance, la complaisance) de me donner un mot d'introduction auprès de Monsieur Z. J'ai appris que vous cherchiez un apprenti, un commis (ou un employé), un comptable, un caissier; je prends la liberté de

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