‹ Le petit Pierre: La vie en fleurChapitre 10 sur 16 · LE MONDE INCONNU · texte numérisé non relu

LE MONDE INCONNU

Chaque jour, après le déjeuner, la Tieilla Mélauie, dans sa chambre sous les combles, chaussait ses souliers plata qui reluisaient, nouait devant sa glace les brides de son bonnet blanc à baToIet de dentelle, croisait sur sa poitrine son petit ch&Ie noir et l'y fixait par une épingle.' Elle prenait ces soins avec une studieuse application, car, en toutes schoses, l'art est difficile, et Mélanie n'abandonnait au hasard rien de ce qu'elle jugeait de nature à rendre la personne humaine respectable, décente et digne de sa divine origine. Assurée

LE PETIT PIERRB log

enfin d'avoir satisfait à toutes les conTeaances de son sexe, de son &ge et de son état, elle fermait à clef la porte de sa chambre, descendait avec moi l'escalier, s' arrêtait, stupide, dans le vestibule en poussant un grand cri et remontait ■ précipitamment l'escalieî- jusqu'à sa mansarde pour y prendre son cabas qu'elle avait oublié selon son antique coutume. Elle n'aurait jamais consenti h sortir sans ce cabas de velours grenat, qui contenait son tricot sempiternel, où elle trouvait au besoin des ciseaux, du âl et des aiguilles et dont, une fois, elle tira un petit carré de taffetas d'Angleterre pour le mettre à mon doigt qui saignait. Elle conservait encore dans ce sac un sou percé, une de mes dents de lait et son adresse sur un bout de papier, afin, disait-elle, que, si elle mourait subitement da^s la rue, on ne la portât pas à la morgue. Quand, descendus sur le quai, nous tournions à gauche, nous donnions le bonjour à madame Petit, la marchande de lunettes qui, siégeant en plein air, contre le mur de l'hAtçl de Chimay, près de sa* vitrine, sur sa haute ch^se de bois, droite, immobile, le visage brûlé du soleil et de la gelée, gardait une tristesse sévère. Et les deux femmes échangeaient des

t.GoogIc "

un LE PETIT PIERRE

propos qui variaient peu d'une rencontre & l'autre, sans doute parce qu'ils se rapportaient au fond immuable de la nature. Elles s'entretenaient d'enfants atteints de la coqueluche ou du croup ou consumés par une âèvre lente, de femmes sujettes à des troubles plus secrets, de journaliers victimes de terribles accidents. Elles disaient l'influence maligne des saisons sur les tempéraments, renchérissement des vivres , la cupidité croissante des hommes devenus de jour en jour plus mauvais et les crimes multipliés épouvantant le inonde. Je me suis aperça plus tard, eu lisant Hésiode, que la marchande de lunettes du quai Malaquais pensait et parlait comme les vieux poètes gnomiques delà Grèce. Loin de m'émouvoir, cette sagesse m'accablait d'ennui et je tirais ma bonne par sa jupe pour y échapper.

Quand, au contraire, descendus sur le quai, nous tournions à droite, je voulais m'arrêter devant les gravures que madame Letord étalait le long d'une palissade de bois qui fermait le terrain vague sur lequel s'élève aujourd'hui le palais des Beaux-Arts. Ces images me remplissaient de surprise et d'admiration. Et spécialement Les Adieux de Fontainebleau, LaCréation

LE RETIT PIERRE {14

d'Eve, La Montagne qui présents Vaspect d'une tête dhomme, La Mort de Virginie me causaient une émotion que les ans n'ont pas encore tout à fait calmée. Mais la vieille Mélanie me tirait en avant, soit qu'elle ne me juge&t pas d'âge à examiner toutes ces gravures, soit plutôt qu'elle-même n'y sût rien distinguer. Car il est de fait qu'elle n'y donnait pas plus d'attention que notre petU chien Caire.

Nous allions soit aux Tuileries, soit au Luxembourg. Par les temps clairs et tempérés, nous poussions jusqu'au Jardin des Plantes ou jusqu'au Trocadéro qui élevait alors, au bord de la Seine, dans la solitude, sa colline verte et fleurie. En des jours fortunés, on me menait jouer dans le jardin de M. de La B... qui m'en accordait l'accès en son absence. Ce jardin frais et désert, planté de grands arbres, s'étendait derrière un bel hôtel de la ri^e Saint- Dominiqne. J'apportais une pelle de bois, large comme ma main, et quand c'était la saison où les troncs des platanes se dépouillent de leur écorce milice et lisse, et, lorsque, à leur pied, la pluie avait amolli la terre et creusé de légers sillons ondulés, qui devenaient dans mes jeux des ravins, des précipices, j'y

lis LE PETIT PIERRE

jetais des ponts de bois, je b&tissaia sur leurs bords, avec l'écorce fine, des Tillages, des remparts, des églises; j'y plantais des herbes et des branclies qui représentaient des arbres et formaient des jardins, des avenues, des forêts; et je me réjouissais de mon œuvre.

Ces promenades dans 'la ville et les faubourgs me semblaient tantôt lentes et monotones, tant6t agitées, parfois pénibles, parfois .riantes et pleines de galté. Parcourant de .vastes espaces, nous suivions cette longue avenue tout en fête bordée de boutiques de pains d'épice, de bâtons de sucre de pomme, de mirlitons et de cerfs-volants, ces Champs- Elysées où passait la voiture aux chèvres, où ' les chevaux de bois tournaient au son de l'orgue, où Guignol, dans son théâtre, se battait avec le Diable. Puis nous nous trouvions sur les berges poudreuses où les grues déchargeaient des pierres tandis que, sur le chemin de halage, les percherons remorquaient les chalands. Les pays succédaient aux pays, les contrées aux contrées; nous en traversions de populeuses et de désertes, d'arides et de fleuries. Mais il y en avait une où je souhaitais de pénétrer préférablement à toute autre, que

dbvGooj^k"-

Lt. PETIT PIBRRB il3

je me croyais, & certains moments, près d'atteindre et que je n'atteignais jamais.

J'ignorais tout de cette contrée et j'étais sûr qu'en . la voyant je la reconnaîtrais. Je ne l'imaginais ni plus belle ai plus agréable que celles que je connaissais, bien au contraire, mais tout autre, et j'aspirais ardemment à la découvrir. Cette contrée, ce monde, que je sentais inaccessible et proche, ce n'était pas le monde divin que m'enseignait ma mère. Pour moi, celui-là, le monde 9pirituel,.se confondait avec le monde sensible. Dieu le père, Jésus, la Sainte Vierge, les anges, les saints, les bienheureux, les âmes du purgatoire, les démons, les damnés n'avaieit pas de mystère. Je savais leur histoire, je trouvais partout des images à leur ressemblance. La rue Saint-Sulpice m'en offrait seule des milliers. Non! Le monde qui m'inspirait nne folle curiosité, le monde dé mes rêves, était un monde inconnu, sombre, mnet, dont la seule idée me faisait éprouver les délices de la peur. J'avais de bien petites jambes pour l'atteindre et ma vieille Mélanie, que je tirais par sa jupe, trottait menu. Pourtant, je ne me décourageais pas ; j'espérais pénétrer an jour

db,C.ooj^lc

Ili LE PETIT PIERRE

dans C68 contrées que cherchaient mon désir et mon effroi. A certains moments, en certaines régions, je m'imaginais que quelques pas de plus en avant m'y amèneraient. Pour y entraîner Mélanie avec moi, j'employais Iii ruse 011 la violence, et, quand la sainte créature prenait déjà le chemin du retour, je la rebroussais violemmment vers des frontières mystérieuses, au risque de déchirer sa robe ; et comme elle ne comprenait rien à ma fureur sacrée, doutant de mon coeur et de mon esprit, elle levait au ciel des yeux pleins de larmes. Je ne pouvais cependant lui donner les raisons de ma conduite. Je ne pouvais pas lai crier : c Un pas encore et nous pénétrons dans l'empire innomé. > Hélas! combien de fois depuis lors ai-je dû dévorer désespérément le secret de mon désiri

Certes, je ne traçais pas dans mon esprit la carte de l'Inconnu, je n'en savais pas la géographie, mais je croyais reconnaître quelques points où ce monde touchait au uAtre. Et ces confins supposés n'étaient pas tous très éloignés des lieux que j'habitais. Je ne sais à quoi je les reconnaissais, sinon à leur étrangelé, à leur charme inquiétant, à la curiosiU'

mêlée de crainte qu'ils m'inspiraient. L'un de ces bords, que je n'avais pu franchir, était marqué par deuximaisons que reliait une grille de fer, et qui ne ressemblaient pas aux autres maisons, deux maisons de pierre carrées, lourdes, tristes, ceintes d'une belle frise de femmes qui se tenaient par la main entre de grands écussons muets. Et c'était là, en réalité, sinon la barrière du monde sensible, du moins une de ces barrières de Paris construites sous le règne de Louis XVI parVarchitecte Ledoux, la barrière d'Enfer'. Dans les humides Tuileries, non loin du sanglier de marbre assis & l'ombre des marronniers, il est, sous la terrasse du bord de l'eau, un caveau glacial, où dort une femme blanche, un serpeut enroulé autour du bras. Je soupçonnais que ce caveau communiquait avec le monde inconnu, mais qu'il fallait, pour y descendre, soulever une lourde pierre. Dans les caves de la maison même que j'habitais, une porte inquiétait ma vue ; elle était à peu près semÔlable aux portes des caves voisines; la

i. place d'Enfer, devenue en 1879, par nn pitoyable jeu de mois, à la manière da marqnia de Biâvre, la place Oenfert-Bocberean. J

serrure en était rouillée ; des cloportes luisaient sun le seuil et dans les fentes du bois qui pourrissait ; mais, au contraire des autres portes, personne ne la venait ouTiir. D en est ainsi de toutes les portes du mystère; elles ne s'ouvrent jamais. Enfin, dans la chambre oft je couchais, parfois, des fentes du parquet montrent des formes, non pas même des formes, des ombres, non pas même des ombres, des influences qui me terrassaient d'épouvante et ne pouvaient venir que de ce monde si proche et pourtant inaccessible. Peut-être, ce que je dis là ne paraîtra pas clair. En ce moment, c'est k moi seul que je parle, et, pour une fpis, je m'écoute avec intérêt, avec émotion.

Désespérant, à certaines ' heures, de découvrir le monde inconnu, je souhaitais le connaître du moins par ouï-dire. Un jour que Mélanîe tricotait, assise sur un banc du Luxembourg, je lui demandai si elle ne savait rien de ce qui existait dans le caveau de la femme blanche couchée, un serpent autour du bras, ni derrière la porte qui ne s'ouvrait jamais.

Elle semblait ne pas me comprendre.

D,g,l.2cdb,C.OOgk'

LE PBTIT PIERRE 117

J'insistai'! ^

— Et les deux maisons des femmes de pierre, qu'y-a-t-il après qu'on les a passées?

N'ayant point obtenu de réponse, je donnai an antre tour & mes questions.

— Mélanie, conte-moi un conte du pays inconnu?

Mélanie sourit :

— Mon petit monsieur, je ne sais pas de conte du pays iaconnn.

Comme je la pressais et devenais importun :

— Mon petit monsieur, écoute une chanson.

Et elle fredonna imperceptiblement :

Compère Guilleri,

Te l(ûrreras-lu mourj'î

Hélas! la vie, cette reine des métamorphoses, m'a laissé semblable à l'enfant qui demandait à sa bonne ce que nul ne sait. J'ai traîné une longue cbaine de jours sans renoncer à trouver le pays inconnu. Dans toutes mes promenades, je l'ai cherché. Combien de fois, lorsque, au bord de la Gironde argentée, j'errais sur l'océan onduleux des vignes, avec mon compagnon, mon ami, le petit chien jaune

Mitzi, combien de fois n'ai-je pas tressailli au tournant de la voie nouvelle et du sentier inexploré. Tu m'as tu, Mitzi, épier & tous les carrefours, à tous les angles du chemin, à tous les détours des sentiers dans les bois, l'apparition terrible, sans forme, et pareille au néant, / et qui m'eût soulagé un moment de l'ennui de vivre. Et toi, mon ami, mon frère, ne cherchais-tu pas aussi quelque chose que tu nu trouvais jamais? Je n'ai pas pénétré tous les. secrets de ton âme; mais j'y ai découvert trop de ressemblances avec la mienne pour ne pas croire qu'elle était inquiète et tourmentée.

Comme moi, tu cherchais en vain. On a beau chercher, on ne trouve jamais que soi-même.

Le monde, pour chacun de nous, est ce que n«us en contenons. Pauvre Mitzi, tu n'avais pas comme moi, pour conduire tes recherches, un cerveau aux circonvolutions nombteuses, la parole, des appareils savants et ces trésors d'observation contenus daas nos livres. Tes yeux se sont éteints et le monde avec eux, ce inonde dont ta ne savais presque rien. Oh! si ta chère petite ombre pouvait m' entendre, je lui dirais : Bientôt mes yeux aussi se fermeront pour l'étemité, sans que j'en aie appris beau-'

coup plus que toi su^ la vie et la mort. Quant à ce momie inconnu que je cherchais, j'avais bien raison, quand j'étais enfant, de le croire près de moi. Le monde inconnu nous enveloppe, c'est tout ce qui est hors de nous. Et, puisque nous ne pouvons sortir de nousmêmes, nous ne l'atteindrons jamais.

Administrée par le propriétaire lui-même, M. Bellaguet, notre maison du quai était honnête, paisible et, comme on dit, bourgeoisement habitée. Bien qu'il comptât parmi les grands financiers de la Restauration et du Gouvernement de Juillet, M. Bellaguet s'occupait seul des locations, rédigeait les baux, dirigeait les réparations avec parcimonie et surveillait les travaux chaque fois qu'un appartement était mis à neuf, ce qui arrivait , rarement. Il ne se posait pas dans l'imméuble vingt mètres de papier à huit sous le rouleau ^

.Gooj^lc

qu'il n'y fût présent. Au reste, bienveillant, aSable et s'efTorçant d'obliger ses locataires quand il ne lui en coûtait rien. Il habitait parmi nous comme un père au milieu de ses ' enfants, et je voyais de ma fenêtre les rideaux de sa cbambre à coucher qui étaient d'un bleu vif. On ne lui en voulait pas d'être grand ménager de son bien; et peut-être l'en estimait-on davantage. Ce que l'on considère chez les riches, c'est leur richesse. Leur avarice, en les faisant riches, les rend plus considérables, tandis que leur libéralité, qui diminue leur trésor, diminue en même temps leur crédit et leur renommée.

M. Bellaguet avait fait toutes sortes de métiers, dans sa jeunesse, à l'époque de la Révolution. Il était, comme son roi, un peu ' apothicaire. En cas d'urgence, il donnait les premiers soins aux blessés et aux asphyxiés, et les bonnes gens lui en avaient de la reconnaissance: On ne pouvait voir plus beau vieillard, plus vénérable et de plus noble maintien. II savait être simple. On citait de lui des traits dignes de Napoléon. Un soir, il avait tiré le cordon lui-même plutôt que de réveiller son portier. Il était bon père de famille ; ses deux

db,Gocigle

filles, par leur air de joiç et de bonheur, témoignaient de la tendresse de leur père.

Enfin M. Bellagaet jouissait de l'estime générale dans sa maison et était regardé avec considération sur toute l'étendue d'où l'on pouvait apercevoir son bonnet grec et sa robe de chambre à ramages. Par le reste de la terre, oo ne l'appelait jamais que ce vieuxfilou de Bellaguet. Il avait acquis une célébrité de cet ordre eo participant à une affaire d'escroquerie et de corruption qui couvrit le Gouvernement de Juillet des éclats d'un fulgurant scandale.

M. Bellaguet était soucieux de l'honneur de.

son immeuble, et n'y admettait que des locataires irréprochables. Et si, seule entre toutes les habitantes, la belle madame Moser n'avait pas une très bonne renommée, un ambassaileur répondait pour elle, et elle se tenait parfaitement bien. Mais la maison était vaste «t divisée en de nombreux appartements dont plusieurs petits, bas et sombres. Les mansardes, plus nombreuses qu'il ne fallait pour loger les gens de service, étaient étroites, incommodes, mal closes, chaudes l'été, froides l'hiver. Sagement M. Bellaguet réservait petits logements, soupentes et mansardes à des

personnes comme monsieur et madame Bebas, et madame Petit la marchande de lunettes, gens de peu, qui ne payaient pas cher, mais qui payaient tous les trois mois.

M; Bellaguet qui était ingénieux avait même établi dans la gouttière un petit atelier où M. Ménage faisait de la peinture. Cet atelier se trouvait porte à porte avec la chambre de ma bonne Mélanie, dont il n'était séparé que par la largeur d'un étroit corridor gluant, visqueux, aimé des araignées, où traînaient des odeurs lentes d'évier. L'escalier y finissait en se raidissant. La première porte qu'on trouvait devant soi ^tait celle de la chambre de ma bonne Mélanie. Cette chambre, tifes lam- ' brissée, s'éclairait par une fenêtre à tabatière vitrée de vitres verdâtres, cassées en plusieurs endroits, raccommodées avec du papier, poudreuses, et qui salissaient le ciel. Le lit de Mélanie était couvert .d'une courtepointe en toile de Jouy où l'on voyait, imprimé en rouge et plusieurs fois répété, le couronnement d'une rosière. C'était avec une armoire de noyer tout le bien de ma chère bonne. En , face de cette chambre s'ouvrait l'atelier de peinture. Une carte de visite portant le nom

m LE PETIT PIBRRK

de M. Ménage était cloaée à la porte. A maia droite, quand on se tournait vers cette porte, on recerait d'une lucarne tapissée de toiles d'araignées un jour triste, et l'on discernait un plomb avec son tuyau d'où s'échappait une sempiternelle odeur de chou. De ce càté, qui était celui du quai, il n'y avait jusqu'à la lucarne qu'un espace d'une dizaine de pas au plus. De l'autre cAté, on ne voyait qu'une lueur trouble qui montait de l'escalier : le corridor s'enfonçait dans l'ombre et me paraissait sans fin. Mon imagination te peuplait de monstres. •

Parfois ma bonne Mélanie, quand elle allait ranger son linge dans son armoire, me permettait de l'accompagner. Mais je n'avais pas licence de monter seul à cet étage, et il m'était spécialement interdit d'entrer dans l'atelier du peintre etmèmed'en approcher. Selon Uélanie, je n'en aurais pu supporter la vue; elle-même n'avait su voir sans effroi un squelette qui y était pendu et des membres humains d'une pâleur de mort accrochés aux murs. Cette description fit naître en mou esprit de la crainte et de la curiosité, et je brûlais d'entrer dans l'atelier de M. Ménage. Un jour que j'avai3>

LB PETIT PIEHRB 1»

saîvi ma vieille boDoe dans sa mansarde où elle mettait eu ordre beaucoup de Tieilles paires de bas, jt.' jugeai l'occasion tavorable. Je m'écbappiZi di^ la cbambre et i\^ les doux pas qui me sopar^Lcut de l'atcliei . i.(\ tr.tu de la serrure laissa'' p.i,-f>Td6 la luDii;..j; j'aîliiis y mettre un œil lorsqi'e, t'épouvante du i)iuit borrible que fuisaiRnl W rats sur ir.ii l'to. .je reculai et me rejti li vivement daits i;% di.ir-.i'-d de Mélanie. Je j'en contai [la^ in^iiis .'i ■ ,a vieille bonne ce que j'avais vu j);.'- le l,,i., de la serrure.

— J'ai vu, lui dis-je, des membres humains d'une pâleur de mort, il y en avait des millions... c'était affreux; j'ai vu des squelettes qui dansaient une ronde; et un singe qui sonnait de la trompette; c'était alFreux. J'ai vu sept femmes très belles, vêtues de robes d'or et d'argent et de manteaux couleur du soleil, couleur de la lune et couleur du tempe, qui pendaient égorgées & la muraille et leur sang coulait à flots sur le pavé de marbre blanc...

Je cherchais ce que j'avais pu voir encore lorsque Mélanie me demanda, en se moquant, s'il était vraiment possible que j'eusse vu

120 tB PETIT PIERRE

tant dâ choses en si peu de temps. Je passai condamnation ponr les dames et les squelettes que je n'avais peut-être pas très bien distingués, mais je jurai avoir va des membres humains d'une p&leur de mort. Et je le croyais peutêtre.

Page 1