‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 16 sur 69 · JOIE ET DOULEUR · texte numérisé non relu

JOIE ET DOULEUR

avant tout de ne rien négliger pour lui donner, dès ses jeunes années, les meilleures legons; mais en même temps il ne pouvait se résigner à s'en séparer. Gomment faire pour concilier ces deux exigences ? Car ce n'était pas à Killingworlh que pouvaient se trouver les maîtres qu'il voulait pour son fils.

En homme pratique, le bon père tourna la difficulté en achetant un âne.

Non qu'il songeAt précisément à confier à cet honnête animal l'éducation de son fils. Il y a, dit-on, des maîtres qui sont des ânes ; mais la réciproque n'est pas également vraie. Il s'agissait tout simplement de porter l'enfant à la ville où se trouvaient les maîtres, à Newcastle.

Ce qui prouve, soit dit en passant, que les ânes mêmes peuvent contribuer à notre instruction ; il ne s'agit que de savoir s'en servir.

L'enfant, chaque matin, était juché sur sa bête, avec des provisions pour le corps, d'un côté, et des provisions pour l'esprit, de l'autre. Il passait à l'école sa journée; et le soir il rapportait ses cahiers au père, qui les revoyait avec lui.

Devenu plus grand, et en attendant le moment d'aller jusqu'à Glasgow faire des études supérieures, il allait dans les bibliothèques, dans les collections, dans les musées, copiait des plans et des dessins, analysait les grands ouvrages de mécanique, et rapportait encore ses travaux à son père, dont à son tour il devenait l'instituteur.

C'est ainsi que se formèrent, l'un par Tautre, ces deux hommes éminents. Et c'est pourquoi plus tard, quand on couronna, comme je le dirai tout à l'heure, la première locomotive vraiment digne de ce nom qui prit enfin possession des chemins de fer, on put, en

proclamant le triomphe de la Fusée^ déclarer qu'elle était l'œuvre des deux ingénieurs Georges et Robert Stephenson. Mais nous sommes loin encore de ces triomphes»

Page 1