‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 35 sur 69 · SECONDE ENTREPRISE · texte numérisé non relu

SECONDE ENTREPRISE

femmes, prédicateurs, écrivains, trésoriers, présidents, qui parfois nous étonne*

Ces quatre points, à bien dire, forment leur programme.

Laborieux et d'une probité scrupuleuse, au lieu de chercher, comme d'autres, leur avantage dans la perte du prochain, et de dire avec Montaigne que c le profil de Tun est le dommage de l'autre », ils ont soin, dans leurs relations d'affaires, de toujours prendre les intérêts de leurs clients, les avertissant, selon les cas, tantôt de se hâter et tantôt d'attendre, et ne négligeant aucune occasion de leur être réellement utiles.

Avec cela, actifs, vigilants, exacts, et soit dans la banque, soit dans le négoce, soit dans l'industrie, prenant presque toujours place parmi les premiers. Ils ne demandent la fortune, en un mot, qu'au travail et à la droiture; et la fortune vient à eux largement ^ Mais à mesure qu'elle vient, à mesure que l'argent, appelé par leurs mains infatigables, afQue vers leurs caisses, ils cherchent avec non moins d'ardeur ce qu'ils en peuvent faire pour lui donner un bon emploi.

S'agit-il d'entreprises nouvelles à développer, de canaux à Xîreuser, de chemins de fer à créer, d'explorations à faire, de voyages scientifiques à patronner^ de pensions ou d'écoles à fonder, d'œuvres de bienfaisance (mais de bienfaisance intelligente), on est sûr de les trouver.

Et ils ne payent pas seulement de leur bourse, ils payent de leur personne, bien que de leur bourse ils y aillent largement, par centaines et par milliers de francs, et par millions quelquefois.

1. On en peut dire autant des guëbres ou parsis, disciples de Zoroastre et adorateurs du feu, qui tiennent justement dans i*Orien( la tète du grand commerce.

Ce sont des quakers, et parmi eux la belle et courageuse mistress Fry, qui, lorsque a commencé à se poser la grosse question de la réforme pénitentiaire, ont parcouru le monde pour voir d'abord et pour agir ensuite, ne craignant pas, quand il y avait quelque utilité à le faire, de pénétrer seuls jusque dans les repaires les plus immondes et au milieu des criminels les plus endurcis.

Ce sont des quakers, et dans le nombre le célèbre négociant en grains Joseph Sturdge S qui, pour se rendre compte par eux-mêmes du véritable état des esclaves et apporter dans le débat des arguments qui ne pussent être contredits, sont allés étudier sur place, en Afrique, en Amérique, en Asie, dans les Indes et dans les Antilles, la condition des noirs et le régime odieux que défendait encore la politique coloniale de l'Angleterre et de l'Europe.

Ce sont des quakers qui, en 1854, au cœur de l'hiver, se sont rendus spontanément d'Angleterre en Russie, portant au czar Nicolas, qui bientôt devait se repentir si amèrement de ne les pas avoir écoulées, leurs représentations et leurs supplications au sujet de la déplorable guerre qu'il allait entreprendre contre la Turquie ".

Ce sont des quakers enfin qui, en 1870, après avoir vainement essayé de conjurer la guerre ou de l'arrêter, ont répandu sur les champs de bataille tant de secours ; qui, en 1871, sont venus pendant des mois parcourir

/^ i. La vie de Joseph Slurdge a été publiée en anglais par ses amis, et abrégée pour les Français bous ce titre : une Vie de dévouementf par M. Jean Monod.

2. Ces trois hommes de bien étalent M. Joseph Sturd^e, nommé plus haut, alors président de la Société de la paix ; M. Henry Peasc, président actuel (voir, à l'appendicf), lanc^tice sur la famille .Peasc), et M. Robert Charleton.

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la France, distribuant eux-mêmes, après enquêtes sur place, des vivres, des vêtements, des outils, des semences, des bestiaux ; faisant rebâtir des villages, donnant des charrues, et, dans plus d'une région où le temps et les chevaux manquaient pour les labours, amenant et faisant fonctionner sous leurs yeux, comme l'infatigable boiteux M. Long, des charrues à vapeur.

IL — Monsieur Tingénieur Stephenson.

C'est un de ces hommes dont la famille, il est bon de le constater, subsiste encore et coopère activement à toutes les grandes œuvres philanthropiques de TAnglelerre*, qui était à la tête de la compagnie concessionnaire du chemin de fer de Stockton à Darlington. Stephenson eut l'idée d'aller le trouver. Le digne homme fut extrêmement frappé de la physionomie mélangée de finesse et de bonhomie de cet ingénieur rustique qui s'était formé lui-même; et à quelque temps de là, dans le village qu'habitait notre ami , le facteur apportait une lettre adressée h Monsieur Vécuyer Stephenson^ ingénieur {G, Stephenson esquire).

Écuyer! ingénieur! jamais on n'avait entendu parler dans le village de ces personnages-là ; et le facteur s'en allait, ne sachant que faire de la lettre, quand une bonne vieille eut l'idée de demander si ce ne serait pas par hasard pour Georget. C'était bien pour Georget, en effet, et la communication n'était pas de mince importance. On lui faisait savoir qu'à la recommandation de M. Pease il venait d'être nommé ingénieur de la com-

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