‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 59 sur 69 · LE SOIR D'UN BEAU JOUR · texte numérisé non relu

LE SOIR D'UN BEAU JOUR

A la bonne heure, me dis-je, celui-là n'a pas volé sa place.

Et en même temps me revenaient ces paroles prononcées, il y a une trentaine d'années déjà, un 18 juin, le jour anniversaire de la bataille de Waterloo, par un grand orateur anglais, J. W. Fox, Tun des compagnons et des auxiliaires de Cobden dans sa lutte pour la liberté du travail et du pain^ Paroles admirables et qui pourraient réellement servir de préface ou de conclusion à la noble vie du grand mécanicien anglais :

c 11 est des hommes qui, par leur génie, ont allégé la tâche du travailleur et multiplié les moyens de jouissance ici-bas. Il est des hommes qui, par leurs découvertes, ont accéléré les progrès de la science et fait rayonner la divine lumière sur des pays que couvrait le voile de Fignorance , cette prison de Tesprit. Il en est dont les glorieux écrits forment notre patrimoine intellectuel ; il en est dont Tâme affectueuse s'est vouée à secourir les pauvres, à relever les blessés, à rendre la voie du bien moins âpre, moins rude pour les humbles. Yoilà les vrais bienfaiteurs de l'humanité.

1. Il y a eu en Angleterre plusieurs personnages de ce nom. Les plus connus sont Georges Fox, né en 1624, qui est considéré comme le fondateur de la secte des quakers, et Charles-Jacques Fox, le grand orateur, qui fut, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, Tadversaire de Pitt dans le Parlement et lui succéda en 1806 comme ministre des affaires étrangères. Celui dont il s'agit ici est William Johnson Fox, qui fut membre du Parlement pour le bourg d*01dham, mais qui est surtout connu comme orateur religieux et comme l'un des plus vigoureux champions de la Ligue contre les lois sur les grains.

Plusieurs de ses discours sur celte question ont été traduits, avec un merveilleux talent, par Frédéric Bastiat, dans le volume intitulé : Cobden et la Ligue.

D'autres, qui sont plutôt des conférences, ont été mis en français, sous le titre de Idées religieuses de /. W. Fox, par M. Paillottet; I vol. in-12, chez Fischbacher, Paris.

ceux qui par leur désintéressement, l'opiniâtreté généreuse de leurs efforts, de leurs sacrifices, ont doté le monde de progrès et de richesse. Voilà les hommes auxquels il faut élever des colonnes et des statues, et. dont la plume de l'historien doit se plaire à couronner d'éclat et de gloire la noble physionomie. C'est à eux que les peuples doivent décerner éloges et récompenses, et non à ces héros qu'on va chercher tout sanglants encore sur les champs de bataille pour les combler d'honneurs et leur tresser des couronnes... Les peuples sauront un jour bénir cette longue descendance de grands cœurs, de grands esprits ; et les. anniversaires qu'ils célébreront seront ceux qui rappelleront quelque belle découverte, quelque invention féconde, quelque progrès de la liberté politique, qui seule peut développer et conserver les autres conquêtes de l'esprit humain. »

Oui, les voilà, les véritables gloires de l'humanité.

Les voilà, les héros de la civilisation, et il est temps de les mettre enfin à leur place.

Il est temps que l'art de produire prenne le pas sur l'art de détruire, et qu'il y ait plus d'honneur à élever, à nourrir ou à servir les hommes qu'à les écraser. « Passez, > disait hier encore le poète aux nobles ouvriers de la richesse, de la science et de la liberté ;

Passez, passez, pour vous point de haute statue :

Le peuple perdra votre nom ; Car il ne se souvient que de rhomme qui tue

Avec le sabre et le canon.

; Le peuplcj Dieu merci, commence à ne plus être de cet avis. Il n'aime plus tant

,-.. ceux qui dans les champs humidef Par milliers font pourrir ses oa.

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