‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 58 sur 69 · UNE BELLE VIEILLESSE. U · texte numérisé non relu

UNE BELLE VIEILLESSE. U

ce récit imparfait ils sentent bien un peu sa présence et entendent sa voix), voici ce que leur disait, et ce que nous dit encore chaque jour à tous cet homme qui avait été si petit et qui était devenu si grand, qui avait été si pauvre et qui était devenu si riche, qui avait été si ignorant et qui était devenu si savant, qui avait été si méprisé et qui était maintenant si honoré, si admiré et si glorieux :

c Mes amiSj la persévérance a toujours été ma devise; sans elle je ne serais arrivé à rien.

€ En dépit de ma pauvreté et des difficultés qu'elle me créait y fai persévéré à mHnstruire.

« En dépit des conseils et des exemples^ j'ai persévéré à ne jamais mettre les pieds au cabaret.

€ En dépit des revers de la fortune^ qui m'ont accablé si souvent j je me suis toujours répété ma devise : Persévérance!

« Elle m'a fait triompher de toutes les misères. Si vous voulez l'adopter, mes amis, elle fera pour vov^ ce qu'elle a fait pour moi; elle vous rendra heureux, i

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LE SOIR D*nN BEAU JOUR. 147

aussi ; une statue comme une civilisation digne de ce nom devrait tenir à honneur d'en élever, et de ne pas en élever d'autres *.

Qu'il soit permis, ici encore, au narrateur de prendre !a parole pour son compte et de placer un souvenir personnel.

Je me trouvais, en 1870, à Londres, et je visitais la célèbre abbaye de Westminster. C'est, comme on sait, le Panthéon de l'Angleterre, mais un Panthéon qui sert depuis des siècles déjà et dans lequel bien des gloires, vraies ou fausses, ont eu le temps de s'accumuler.

Je regardais, avec la curiosité d'un visiteur désireux de s'instruire, cet entassement de magnifiques tombeaux, de statues, de groupes, souvent fort beaux en eux-mêmes, mais qui ont, au point de vue de l'arl, le tort grave de couper les grandes lignes et de gâter l'aspect général de ce bel édifice.

Je parcourais les inscriptions, et toutes invariablement respiraient le plus touchant enthousiasme. Toutes proclamaient que ceux ou celles dont elles célèbrent les vertus ou les talents ont été, en leur temps, des personnages incomparables, dont la plus lointaine postérité conservera le glorieux souvenir.

Parfois, en effet, les noms m'étaient connus, et la postérité, en ma personne, n'était pas une fiction; mais souvent aussi, bien souvent, hélas 1 j'avais beau chercher dans ma mémoire : je ne trouvais rien, absolument rien. Impossible de me rappeler ce que ce beau monsieur ou cette belle dame, qui ont là un si splendide monument, et qui, d'après ceux qui le leur ont

1. Voir, à Tappendice, note Q, les paroles de M. Jules Simon à ce sujet.

élevé ne cesseront jamais de faire grande figure dans rhistoire, avaient bien pu être dans ce bas monde au temps où ils en faisaient le plus bel ornement. Je m*accusais d'ignorance, je consultais les dictionnaires et les recueils de biographies : les biographies étaient muettes, et les dictionnaires n'avaient pas enregistré ces noms célèbres. Si bien que, malgré le respect dû à la mort, je ne pouvais m'empêcher de sourire de la naïveté posthume de ces « âmes hautaines > qui dans leurs € grands tombeaux font encore les vaines i *, et de murmurer à part moi le mot de Tôpffer : € Menteur comme une épitaphe » ; et tout est épitaphe.

Tout à coup, dans un coin, une statue simple et modeste s'offre à mes regards. Elle représente un homme à Tallilude sérieuse et méditative; et audessous je lis ces paroles qui se gravent aussitôt dans mon souvenir 1

< Ce n'est pas pour le vam plaisir de perpétuer un nom {not to perpetuate a name)y c'est pour constater que les hommes commencent enfm à honorer ce qui est véritablement honorable, que le Parlement et le peuple de la Grande-Bretagne ont élevé cette statue à la mémoire de James Watt, l'inventeur de la machine à vapeur. »

Pas un mot de plus; et n'est-ce pas assez?

1 . Malherbe, Paraphrase du psaume cxlv. Voici le texte exact de la strophe à laquelle sont empruntées ces expressions:

Ont-ils rondu l'esprit, ce n'est plus que poussiers

Que cette majesté si pompeuse et si fière,

Dont l'dclat orgueilleux étonnait l'univers;

Et dans ces grandi tombeaux, où leurs âmes hautaines

Font encore les vaines,

Us sont mandes des vers.

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