‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 61 sur 69 · Dernières réflexions. ^ La leçon de Texemple · texte numérisé non relu

Dernières réflexions. ^ La leçon de Texemple

J'ai esquissé, dans ses traits essentiels au moins, cette belle existence, si humble en ses obscurs commencements, si magnifique en son lumineux épanouissement. J'ai dit comment s'était faite, sans secousse, sans violence, sans surprise, sans précipitation, mais sans interruption et sans retour en arrière, cette éclosion progressive d'une grande âme et d'une puissante intelligence.

€ L'enfant, dit le proverbe anglais, est le père de l'homme, » et le gland est le berceau du chêne. On a pu suivre pas à pas dans la vie de Georges Stephenson cet intéressant développement. On a vu le germe tendre, rompant timidement l'enveloppe qui le renferme, percer et soulever de sa pointe frêle la croûte pesante et dure du sol aride qui l'écrase ; se fortifier et se dilater peu à peu à l'influence de l'air et du soleil ; ajouter, d'année en année et de sève en sève, les rameaux aux rameaux et les pousses aux pousses, et devenir enfin, par le jeu naturel et régu-

lier de la vie qu'il porte en lui, le chêne imposant qui abrite sous son ombre majestueuse les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre. De tels exemples certes parlent assez haut, et bien à plaindre seraient ceux pour lesquels ils demeureraient sans enseignements.

Qu'il me soit permis cependant, avant de poser la plume, d'indiquer encore quelques-unes des pensées qui, toutes les fois que je me suis retrouvé en face de cette noble figure, ont le plus vivement saisi mon cœur et mon esprit.

L'histoire de Stephenson est d'une admirable unité. On peut dire pourtant qu'elle est double dans son unité, car c'est à la fois l'histoire d'un homme et l'histoire d'une idée.

II. — Inflaence des voies de communication. — Le monde ouvert

De l'idée et de la révolution prodigieuse dont sa réalisation a été le signal, il n'y a que peu à dire après ce qui en a été dit déjà, après ce que Stephenson luimême, dans les paroles citées plus haut, en a si bien dit. Oui, c'est la vie économisée, allongée, agrandie, et agrandie au profit de tous.

C'est la voie ouverte devant tous, et l'antique servitude, qui, sous une autre forme, nous clouait encore pour la plupart à la glèbe par la lourdeur de nos mouvements, désormais brisée sans retour.

C'est le commerce, et avec le commerce la science, l'industrie, l'ar ; la morale, la fraternité, toutes ces choses jusqu'alors pesantes et boiteuses, pourvues enfin de ces ailes que, par une des intuitions de leur merveilleux génie, les Grecs avaient attachées aux talons de leur dieu Mercure.

C'est le monde ouvert, et les membres épars de l'hu-

Page 1