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CHAPITRE V

DISPAEITION DE FOX.

C'était un dimanche, jour de repos à Pimprimerie. Camille, après avoir acheté une petite provision de bois pour chauffer un poêle qu'il avait fait placer dans sa chambre, — ses amis les maçons ayant oublié de lui construire une cheminée, — était sorti pour assister à la messe dans l'église de Saint-Roch*. Si vous eussiez vu mes enfants, notre petit Camille, bien mis, bien propre, ses beaux cheveux blonds bouclés et arrangés sous sa casquette j vous auriez eu de la peine à reconnaître dans ce frais et beau garçon de douze ans, le pâle et délicat enfant abandonné il y a deux ans sous les arbres des Tuileries.

La messe dite, Camille sortit, suivi de son fidèle Fox et resta sur les marches à regarder défiler le cortège des carrosses et des laquais qui s'arrêtaient devant l'église pour y prendre leur maîtres.

Fox, un peu plus curieux que son maître, s'aventurait jusque sous les voitures, jusque sous les pieds des chevaux; aussi recevait-il de temps en temps quelques rebuffades, qui le faisaient revenir tout honteux près de son maître.

— C'est bien fait, Fox, — lui disait Camille, — pourquoi t'éloignes-tu ?

Mais le chien ne tenait compte ni des conseils de son maître, ni des mauvais traitements des laquais, et il partait de nouveau pour satisfaire sa curiosité.

Il ne restait presque plus personne dans l'église, Camille songea à rentrer chez lui, se promettant de lire, à la douce chaleur de son poêle, une Histoire de France que lui avait prêtée M. Germain ; tout à coup il entend crier :

— Fox! Fox!

Camille regarde, il aperçoit Un carrosse dont la portière était entr'ouverte, et au fond duquel une dame était assise.

Aussitôt Fox, le Fox de notre Camille, fait un bond, saute dans le carrosse ; la portière se referme, et la voiture part au galop de deux bons chevaux, pendant que l'adroit laquais s'élance hardiment sur le siège de derrière.

Le premier moment de surprise passé, Camille voulut poursuivre la voiture ; mais elle avait disparu.

Un déluge de larmes couvrit les joues de l'enfant.

— J'ai perdu mon chien ! — s'écria-t-il avec une douleur si vive, que chacun se retournait, — j'ai perdu mon chien ! . . . Fox, Fox, reviens ! Où es-tu ?

Mais il eut beau appeler, retourner sur ses pas chercher encore, Fox avait disparu, sans doute pour toujours!... Comment retrouver un petit chien dans une ville aussi grande que Paris ? encore, si Camille eût bien remarqué la voiture, l'es chevaux ou ies laquais, il aurait pu conserver quelque espoir de retrouver Fox ; mais tout s'était passé si vite, qu'il croyait rêver encore. Cependant, hélas, la triste réalité est là, Camille est seul.

Le pauvre enfant reprit en pleurant le chemin de sa chaumière, parcourut lentement les longues allées des Champs-Elysées, ne cessant de regarder à droite et à

gauche. Chaque fois qu'il apercevait nn chien noir, le cœur lui battait, ses lèvres balbutiaient involontairement le nom de Fox ; il hâtait le pas ; mais il reconnaissait bientôt son erreur, et l'espoir évanoui renouvelait son chagrin.

En arrivant dans son enclos, tout lui parut morne et désert; il ne fit aucune caresse à ses pigeons ni à ses lapins ; la chambre, si bien garnie de meubles, lui sembla nue et froide. Qu'allait-il devenir sans son chien ?

Fox, à vrai dire, ne parlait pas, mais il jappait; il sautait tantôt sur une chaise, tantôt sur le lit ; d'autres fois montant sur les genoux de son maître, il lui léchait les mains avec amour, ou les mordillait avec gaieté... Maintenant plus rien !

Pour se distraire, Camille met son couvert et se dispose à manger : à la première bouchée, il se représente Fox assis tranquillement en attendant son dîner. . . et le gosier de l'enfant se serre; ses larmes redoublent; il repousse du pied, avec humeur, la table et tout ce qui la couvre.

— Oh ! Fox était pour moi plus qu'un chien ! — s'écriet-il en sanglotant, — c'était mon compagnon, mon frère, c'était toute ma famille !

— La nuit surprit Camille en proie à sa douleur. Comme il avait le cœur gros en se mettant à genoux pour prier, le pauvre enfant.

— Mon Dieu, — disait-il, — vous qui avez toujours été si bon pour moi, rendez-moi mon chien ! rendez-moi mon camarade, mon ami !

Puis il se coucha ; mais il attendit vainement le sommeil ; le sommeil n'approcha point de ses paupières.

Le matin parut, et la douleur de Camille devint plus amère ; qu'est devenu son gentil Fox, qui au moindre

mouvement de son maître, jappait, courait, bondissait ? Camille se leva, et de nouvelles larmes inondèrent son visage. Après avoir donné à manger à ses lapins et à ses pigeons, il sortit pour se rendre à son imprimerie. En passant devant la fruitière chez qui travaillait Marie, au lieu du salut cordial et gai qu'il adressait chaque matin à la jeune fille, il s'arrêta et lui tendant la main :

— J'ai perdu mon chien, ma pauvre Marie !

— Quel malheur ! — dit la petite fruitière.

Et elle mêla ses larmes à celles de Camille.

A son arrivée à l'imprimerie, Camille ne put répondre au salut amical de chacun que par ces mots :

— J'ai perdu mon chien !

— Fais trêve à tes peines, — lui dit M. Germain, — le travail avant tout, mon enfant !

Hélas ! il faut le dire, Camille fut inattentif toute la journée ; jamais épreuves ne furent plus mal lues.

— H faudra que je te trouve un autre chien, — dit le bon M. Germain.

— Non, non... — répondit C« r mille, *— je n'aurais qu'à le perdre encore !

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