‹ Le petit Robinson de ParisChapitre 18 sur 50 · CHAPITRE ri · texte numérisé non relu

CHAPITRE ri

LB PETIT KAITBB d'ÉGOLB.

Comme vous l'avez sans doute remarqué, mes jeunes lecteurs, Camille ne s'était pas beaucoup éloigné de la maison en construction qui lui avait fourni un asile la nuit dernière, aussi songea-t-il à se diriger de ce côté.

f/Ctte niaison é^ait située à l'entrée de la rue Louis-le

Grand. Le petit cœur de Camille battit dès qu'il en fut près.

— L'invalide voudra-t-il me recevoir? — dit il ; — mon Dieu ! que c'est cruel de ne pas savoir où coucher!. .. Ohl Gustave, Gustave !

AiTivé devant l'échafaudage de la maison, il fi*appa â une planche mise en travers pour défendre l'entrée ; une voix enrouée lui répondit :

— Est-ce toi, Austerlitz ?

— Oui, et le petit Robinson aussi, mon bon invalide ; Youles^vous nous recevoir tous les deux ?

— Tu es venu bien tard, l'ancien I -^ dit l'invalide à Camille en retirant la planche pour le faire passer.

— Vous m'attendiez donc ? — répliqua Camille avec surprise.

— Certes ; car dans ce Paris, où l'on n'ouvre qu'à l'argent, tu ne pouvais trouver un autre abri. Entre, ton Ut est fait ; voici ton souper, et la pâtée d' Austerlitz.

Et il avança une écuelle sous le nez de Fox.

— Merci, mon invalide, — dit Camille, ^ j'ai de quoi souper.

-^ Garde-le pour ton déjeuner. Voyons, assieds-toi et raconte-moi pourquoi tu n'as pas voulu ce matin servir de groom â l'architecte de cette maison.

-^ Parce que mon oncle ne m'a pas donné de l'éducation pour faire de moi un domestique.

— Tu iras loin avec ton éducation, pauvre enfant ! Il faut manger, vois tu; je ne connais que ça, moi.

— Et travailler aussi, n'est-ce pas ?

— Avec tes petits bras, quel ouvrage peux-tu faire ? . . . Mais j'ai sommeil, nous parlerons de ça demain, bonsoir !

— Bonsoir monsieur l'invalide.

— Dis â Austerlitz de veiller, entends-tu.

— Soyez tranquille.

Un moment après, Camille, l'invalide et le soi-disant Austerlitz dormaient tous trois sous la charpente de la maison en construction.

Le lendemain, au point du jour, Camille, qui était réveillé depuis longtemps, se leva, et se présentant aux maçons :

— Messieurs, — leur dit-il, non toutefois sans rougir, — voulez-vous m'apprendre votre état ?

— Pauvre enfant, tu es trop faible, — lui répondit un des ouvriers.

— Pourtant il faut que je vive !

— Et puis, — répliqua un autre, — tout état demande un apprentissage, tout apprentissage se paie et où prendras-tu de l'argent pour payer le tien ?

— Eh biea, apprenez-moi oe-que vous savez, et je vous apprendrai ce que je sais.

— Et que sais-tu ?

— Je sais ... je sais jouer du violon.

— Merci, je n'en use pas.

— Je sais écrire.

— Il me faudrait d'abord pouvoir lire.

— Eh bien, je vous apprendrai à lire, et vous m'enseignerez â tailler la pierre.

— Ça va ! — dit l'ouvrier.

— Voyez-vous ça ; voyez-vous ça I — dit l'invalide dans le ravissement^ ; — quelle imagination ça vous a, les enfants d'aujourd'hui ! De mon temps. Dieu me pardonne, jamais l'idée ne me serait venue de montrer à lire â mon voisin ; avec ça que je n'ai jamais su déchiffrer un mot de ma vie.

— Je vous montrerai aussi â lire, si vous le voulez, monsieur l'invalide, — dit Camille.

— Je suis trop vieux pour apprendre ; mais tu me liras les batailles de mon Empereur, puisque tu sais lire.

— Une idée, camarades! — dit un des ouvriers : — le petit est trop faible pour entreprendre l'état de maçon ; et comme plusieurs d'entre nous ne savent pas lire, l'enfant nous donnera des leçons aux heures des repas ; pour cela nous lui fournirons la pâtée et l'invalide la couchée ; de cette façon, le petit saura où manger et où coucher, puis après, à la grâce de Dieu.

— C'est ça I après. . à la grâce de Dieu ! — répliqua Camille.

Et, â l'heure du déjeuner, le petit maître d'école donna la première leçon dans son livre de Bobinson ; puis, quand la leçon fut finie et que les ouvriers se furent remis à l'ouvrage, l'invalide arriva avec un paquet de vieux jour naux tout déchirés.

— Maintenant viens me lire mes batailles ; ça me repor tera au bon temps.

— Au bon temps où l'on se battait ! — lui dit Camille en riant.

*— Et où l'on n'était jamais sur de se retrouver entier â la fin du jour !

— Dieu ! quel bon temps I mais il parait qu'il vous arriva un jour de ne pas vous trouver entier, — répliqua Camille en jetant un regard sur la jambe de bois de l'invalide,

— Je donnerais mon autre jambe pour être encore â o« temps-là ! — répondit l'invalide avec exaltation.

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