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l'escorte; s'il s'enlête, ma réponse est toute prête; faites alors de votre mieux ! Mais , encore un coup , point de combat avant que j'en aie donné le signal. Vous méconnaissez; j'engage ici ma foi de gentilhomme qu'il ne se fera pas attendre s'il n'y a que ce moyen pour parvenir jusqu'au roi.
Les conjurés montent à cheval et apprêtent leurs armes ; puis ils se placent sur deux rangs dans la largeur de la route et en demi-cercle. LaRenaudie est à quelques pas en avant. Pendant que le mouvement s'exécute, la voiture se montre au détour de la route ; mais elle s'arrête , et bientôt un officier s'avance vers les conjurés, suivi de deux cavaliers.. C'est M. de Perdaillan.
— Que voulez-vous ? quelles sont vos intentions ? cria-t-il quand il fut à portée de pistolet ; et pourquoi nous barrer le passage ?
La Renaudie poussa un cri d'effroi et de surprise.
— Malédiction ! c'est lui... Perdaillan !
Il mit son cheval au trot et s'approcha de son cousin. •
— La Renaudie ! s'écria à son tour Perdaillan en reconnaissant l'aventurier ; que fais-tu là? quels sont ces hommes que lu commandes? dans quel but les as-tu amenés dans cette forôt, sur ctnte route?
- -«s-- Laisse-moi! ne m'interromps pas !... Retire-toi ! au nom du ciel, retire-toi !
—•'Que je me retire! 0 mon Dieu! est-ce que tu serais ici pour t'opposer au passage de cette voiture que j'escorte?
— Tu l'as dit !
-- Et moi j'y suis , La Renaudie , pour l'obtenir de gré ou de force.
— Va-t-en!
~ Sais-lu qui je conduis dans celte litière?
— Le roi.
— Tu le sais, et tu persistes dans ta damnable entreprise!!!
— Le roi est au pouvoir d'indignes serviteurs et de tyrans étrangers qui l'éloignent de Blois parce qu'ils savent que la justice et la vérité s'en approchent... Nous
sommt s ici pour briser ses fers. Aide-nous dans cette louable résolution; laisse -là les Lorrains, redeviens Français avec nous... (Elevant la voix) : Liberté au roi et à la France ! voilà le cri qui doit tous nous réunir contre les oppresseurs!
— Place à la voilure du roi! cria Perdaillan, et commencez par mettre bas les armes! Respeclez la volonté du roi, vous qui prétendez l'atïranchir!
Cependant la voiture du roi s'esl rappro-
chée avec les gardes qui la précèdent et l'entourent.
En ce moment Marie Stuart mit la tête à la portière.
— Brave Chastelard , cria-t-éllc , le roi compte sur vous et sur vos hommes pour faire mordre la poussière à qui aurait l'audace de s'opposer à notre passage.
Les gardes crièrent : En avant!
— Chastelard... c'est Chastelard qu'elle appelle! dit Perdaillan d'une voix étouffée.
— Tu l'entends, reprit vivement La Re-
naudie, on invoque celui qui le remplace.
Voici la reconnaissance de ceux pour qui tu
veux te sacrifier Perdaillan, mon ami,
sois des nôtres... Donne-moi ta main, viens
parmi tes frères laisse ces ingrats qui
t'outragent.
Les conjurés, étonnés de la longue conférence de leur chef avec l'officier de i'eS' corle, commençaient à murmurer :^
— Qu'altend-il?... pourquoi cette hésitation? — Il avait juré de nous donner l'exemple. — S'entend-il avec nos ennemis? — 11 s'est vendu. — 11 nous trahit... A bas le traître et en avant !
— Parle, réponds ! s'écria La Renaudie, au dernier degré de l'exaltation. Es^tu des nôtres?
— Non , car je l'ai juré : je mourrai pour elle,
il (it faire «n luouveiBeol à son cheval et cria d'une vok terriWe, «en jnûeoaçant les conjurés :
— Arrière , misérables ! arrière devant la garde du roi, ou sinon...
— Tiens ! s'écria La Reaaudie , d'une voix étouffée et en lui portant «o ^oup
- .'ni —
d'épée dans la poitrine , tu l'as voulu ! \ vous, maintenant, ajoula-t-il, en se retournant vers ses hommes, après que son cousin fut tombé.
Un des cavaliers qui suivait Perdaillan vola au secours de son capitaine. L'autre garde saisit son pistolet qu'il apprêta.
— Vilain Salan! il a tué mon capitaine, dit-il, en visant La Renaudie; mais tu ne le porteras pas plus loin.
Le coup part : La Renaudie pâlit et chancelé; puis se cramponnant à sa selle, il s'écrie en s'adressant aux conjurés qui semblent hésiter ;
— Eh bien! quoi... vous balancez!...
J'étais un traître tout ù l'heure, moi, parce que j'hésitais à tuer mon meilleur ami... Avez-vous une raison semblable qui vous arrête?,.* est-ce ma blessure qui vous intimide? Ah ! elle etit bonne, c'est vrai...
elj'ai moncomple. —Allons! allons, en avant, car, entendez-vous bien, vous serez les plus lâches de tous les hommes et tout mon sang, avec celui de ce malheureux , vous coulera sur la tête, si je ne vous entends pas, avant que mon oreille cesse d'entendre , m'annoncer par un cri de victoire que je n'ai pas inutilement versé le sang de mon frère !
^ Il poussa machinalement son coursier en avant, et bientôt les rênes ne retenant plus le fougueux animal, celui-ci traversa avec son cavalier les rangs des Écossais. Il alla loin de là , emportant La Renaudie droit, raide , immobile... Le cadavre ne tomba que lorsque le cheval arrêta sa course.
En ce moment, un combat acharné se livrait autour de la litière du roi. Les gardes, malgré leurs héroïques efforts, corn-
menvaieiil à plier. Perdaillan, luouraiil, s'était traîné auprès de la voiture. Sau- «^lant, un genou en terre et répée à la main, il recueillait ses dernières forces pour livrer un dernier combat aux pieds de celle qu'il nommait sa dame... Tout k coup les cris : « Amboisc au roi I à la recousse les défenseurs de la reine ! mort aux rebelles ! » se font entendre. Dos cavaliers accourent du côté de la ville.
Une femme les devance et les encourage de la voix et du geste. A voir ses longs cheveux gris et ses voiles ilotter en arrière, emportés par le veni, tandis qu'elle talonne une jument noire, eclievelée, un eût pu la prendre pour l'une de ces lilles saus nom qu'inventa la sombre imagination des poètes du Nord et qui accouraient sur les champs de bataille pour s'e.iivrer de l'odeur du sang.
Ces cris, celte apparition, ce renfort inattendu , raniment les soldats royaux. Les; agresseurs plient à leur tour. Enfin, après une mêlée sanglante dans laquelle ils perdent ptès de la moitié de leurs gens, \eé conjurés tournent le dos; ils fuient dans diverses directions, protégés par les détours et par les arbres de la forêt.
Margaret, car c'était elle qui était accourue avec Chastelard et le peu de monde qu'ils avaient pu rallier à Amboise, Margaret s'approcha vivement de la voiture du roi.
— Victoire, madame, victoire Complète!
cria-t-elle à Marie-Stuart éperdue. Vos ennemis sont en fuite, sire, et vous pouvez continuer votre route. Amboise vous tient ses portes ouvertes; mais nous sommes arrivés à temps, et sans ce brave officier, ajoula-t-e!le en désignant Chastelard qui
s'était aussi approché et restait à qUeK|ues pas, caché sous son casque et appuyé sur Son épée, sans ce brave officier que j'ai accohipagné, vos ennemis s'emparaient du château... H a déjoué cette audacreuse entreprise, et Atnboise est prèi à vous recevoir.
— Vous voyez i)ien, sire, s'écria Marie- Stuart, que nous avons bien fait de confier ce poste à M. de Perdaillan !
Perdaillan entendit ces pdroles ; elles retinrent son ame prête à s'exhaler, et, se cramponnant aux roues de la voilure, il parvint à s'élever à la hauteur de la portière.
— Perdaillan ne vous a pas ouvert Âmboise, madame, dit-il en levant tout à coup vers la reihe son visage pâle, sanglant et poudreux; Perdaillana été frappé du coup dont il va mourir, à vos cOtcs et èti voXis
défendant... Pardon pour lui... merci pour vous... Loin d'avoir encouru votre disgrâce, j'avais reçu la marque de la plus grande confiance qui puisse honorer un fidèle serviteur... Je le sais maintenant... c'est bien... je sais aussi que ma désobéissance n'a pas eu les suiies fatales qu'elle pouvait avoir... c'est bien encore... Merci donc et pardonnez-moi !
— Mes amis, secourez-le! s'écria la reine enle voyant chanceler.— Le malheureux î c'est donc lui qui commandait noire escorte? c'est lui qui le premier est tombé sous les coups des rebelles... Mais, alors, celui qui nous a conservé Amboise, qui est venu avec toi, Margaret, quel est-il donc ?
•» Chastelard , madame , répondit te gentilhomme en découvrant sa ligure.
PerdailliUi, au sou de celle voix, se sou-
leva dans les bras des gardes qui le soutenaient.
— Chastelard ! s'ècria-l-il en allongeant la lête de son côté; oui, c'est lui... lui que mon épée... Ali'- je comprends I... Cette pâleur... ce sang qui lui sort par la bouche, ces yeux éteins... C'est une vision du tombeau, ajouta-t-il d'un air égaré. Je ne regarderai pas de l'autre côté, car bien sur J'apercevrais aussi mon cousin La Renaudie, que j'ai vu tuer après qu'il m'eût donné ce bon coup d'épée. ~ Pas encore les spectres! — Rien que la vue de ma dame, dans ce moment suprême, atin que je m'en souvienne toute l'éternité.
Il attacha sur la jeune reine des regards dans lesquels, et pour la première fois, on eût pu lire un autre sentiment que le zèle, le dévoûment et la lidélite.
— Dieu prenuc en pilic, ajoutu-t-ii dou-
cément et en fermant les yeux, ceux qui ont souffert en silence et qui meurent avec joie !
— il expire! et cet autre... cet autre, s'écria le petit roi en désignant Ghasielard, vient aussi de tomber sans mouve ment... Madame, où m'avez-vous amené?
Sonl-ce là les doux loisirs et les félicités de la solitude que vous m'aviez promis?... Voyez, Marie... nous sommes entourés de morts... Entendez-vous ces cris... et ce sang... ce sang... Ainsi, mon Dieu, je suis condamné à êlre roi partout et toujours!
— Mon ami, du courage... Reprenez vos sens, sire ! s'écria Marie Stuart en entourant de ses bras l'enfant qui cachait sa tcle dans son sein. H ne m'entend plus... il est sans connaissance... et pas de secours... En route, messieurs, cria-t-elle en
s'avançant à la portière j arrachons le roi à
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ce triste spectacle... Amboise nous attend : à Atnboise! à Amboise!
La voilure se remit en marche et s'éloigna rapidement du champ de bataille.^
Margaret Mac-Yvor resta avec quelques hommes pour prendre soin des blessés.
Chastelard respirait encore; Perdaillan était mort.
Pendant que les gardes, aidés de quelques villageois accourus, préparaient un brancard pour emporter le capitaine blessé, la vieille Écossaise, seule et. debout au milieu dç ces débris, l'œil égaré, les cheveux hérissés, la poitrine haletante , semblait une Pythonisse tourmentée par le besoin de mettre au dehors l'esprit prophétique qui l'obsède.
— Ainsi, dil-elie enfin après avoir arrêté ses rcigards sur Perdaillan tt sur Chas-
teiard, ainsi s'accomplissent déjà les menaces du génie tatal qui présida à la naissance, infortunée Marie!... Ainsi finiront tous ceux qui oseront l'aimer! Va, malheureuse fille des Stuarl, ajouta-l elle ensuivant des yeux ia litière qui s'éloignait, tu emportes avec toi l'influence mortellement enivrante de ton regard!... L'enfant royal que tu enlaces de tes bras l'éprouve déjà. .. déjà flotte sur ton front le voile noir. . . le voile des veuves. J'ai vainement tenté de maîtriser ton avenir... Catherine de Médicis i'a dit: tu appartiens à l'Ecosse! l'Ecosse te tend les bras, elle t'appelle... et sa voix est comme celle du bourreau qui se lasse d'attendre auprès de sa hache fraîchement aiguisée I... Malheur ! malheur! malheur! à Marie! tu déjoues aujourd'hui les espérances de l'Italienne! Mais la marâtre a renais su dette en des mains sûres, et
r Anglaise Elisabeth se chargera de la faire acquitter.
Pendant que cela se passait aux portes d'Amboise, un revirement inattendu s'opérait au château de Blois. Quand on était entré, le matin, dans la chambre du roi, l'on avait trouvé sur sa table la lettre qui conférait ;iu duc de Guise la lieutenancegénérale, et un édit de pacification pour les religionnaires.
La première de ces pièces coupa court aux prétentions de Condé et aux sourdes menées de la reine-mère; ils durent obéir : s'y refuser eût été se mettre en révolte ouverte, et Condé n'avait pas assez d'énergie et de résolution pour se jeter dans un parti aussi extrême.
Quant à l'édit de pacification , proraul-
gué à gran Jô hâte, il ôta aux révoltés tout prétexte pour continuer leur œuvre et eut pour résultat d'en détacher un grand nombre. Le changement de résidence de la cour contribua beaucoup aussi a les déconcerter: leur plan d'attaque se trouvait par cela même sans application possible, et ils n'avaient plus à leur tête l'esprit ingénieux et fertile qui eût pu renouer le fd ainsi brisé.
L'avocat des Avenelles, en apportant à Blois des renseignemens positifs sur le quartier -général de la conjuration, lui porta le dernier coup. Le duc de Guise , maître de disposer , comme il l'entendait , des troupes qu'il avait déjà réunies autour de lui, envoya cerner et forcer le lieu désigné. Les principaux chefs de l'entreprise , *' les armes et les munitions tombèrent au pouvoir des Lorrains...
On sait le reste. Une atlaque désespérée, . dirigée par un parti de huguenots contre le château d'Amboise, servit de prétexte, sinon d'excuse, aux actes d'une déplorable -sévérité. Le sang coula par torrens à Amboise, et l'horrible spectacle de ces supplices précipita, on peut le dire,^e terme de la triste et douloureuse vie du petit roi.
Ainsi Marie Stuart, qui avait cru sauver son époux, et rester plus longtemps reine de France en l'arrachant de Blois pour remmènera Amboise, hâta elle môme et sans le savoir, le moment fatal où la nef qui disjoignait ses amours dût l'arracher au plaisant pays de France qu'elle avait tant aimé... Les hommes s'agitent: Dieu les mène.