‹ Le petit tambour; tableau en un acteChapitre 15 sur 20 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les mêmes, SIMPLET, en uniforme, ROBERT, ANGÉ- LINE, Mad. BONTEMS, soldats, villageois, villageoises, simplet , aux villageois qui le suivent en se moquant de lui , et en poussant des éclats de rire.

Ah ça! mais sont-y bêtes de rire comme ça! J'nai p't'être pas aussi bonne tournure qu'un autre, n'est-ce pas? Y sont là qui crient et qui m'suivent, comme si j'étais une curiosité ! J'suis du même régiment que l'sergent Moustache, entendez-vous, et y m'semble que c'n'est pas déjà un si drôle de corps ? ( Les villageois rient de nouveau. ) moustache, d tout le monde.

Silence, morbleu!^

simplet.

Ah ! à la bonne heure, ça les fera finir, ça.

moustache , continuant.

Vous allez tous assister z'à la réception d'un brave , car Simplet s'est enrôlé parmi nous, et je me plais à le dire, sa conduite mérite maintenant l'approbation z'et l'estime générale.

Hein? z'et l'estime générale! C'est ça qu'est ronflant! J'espère, mon parrain, qu'yous n'pourrez plus me refuser. . . .

MOUSTACHE

Silence !. . . . Georges, avance ici. Comme ami du quidam, c'est toi que je charge de l'initier, de le baptiser et de le décorer. ( Aux soldats. ) Attention, vous autres. (Les soldats se rangent, et portent tous les armes d Simplet.) Toi, conscrit, songe à te taire, et à ne pas bouger de là. simplet , restant immobile.

Oui, sergent.

moustache, aux soldats.

Garde â vous ! Par flanc droit et par file à gauche,

marche. . . Changement de conversion, halte, front. Tous entourent Simplet, qui n'ose parler , mais qui les regarde avec étonnementet inquiétude. Les villageois témoins de cette plaisanterie , font tous leurs efforts pour ne pas rire. Georges s'avance gravement ; il lui met une giberne, unsabre, un schakos , et tirant ensuite son briquet , il lui en donne trois coups sur les reins et le ventre. )

GEORGES

Au nom de tous les camarades qui m'entourent, je te nomme Lavaleur, et tu es reçu dans nos rangs. simplet, avec fierté.

Lavaleur! c'est ça qui s'appelle un nom? (Tous les soldats redéfilent devant lui, remontent un peu la scène et se placent en demi-cercle.)

moustache, à Simplet.

Maintenant, tu donnes une poignée de main z'a chacun, z'en signe de fraternité, tu paies ce soir du vin pour tout le monde, z'et yoilà c'que c'est.

Oui, sergent. Dieu, que c'est agréable d'être soldat! (// fait le tour et donne la main à chaque soldat qui la lui serre de manière à lui faire jeter un cri. ) Corbleu ! nous voilà joliment amis, à présent. ( à part.) Je ne peux plus remuer les doigts.

SCESE XII.

Les mêmes, PAUL.

pabl, accourant.

Aux armes ! aux armes !

moustache, vivement.

Serions-nous surpris? Soldats, à vos rangs.

PAUL

L'ennemi que nous avons repoussé ce matin s'est rallié dans la plaine, et va bientôt nous attaquer, si nous ne volons, à sa rencontre.

simplet, à part.

J'suis sûr que j'nai pas une goutte de sang dans les veines!

Georges, à part, à Robert.

V'Ià que ça commence : notre ruse fait son effet. moustache , aux soldats et aux villageois. Mes amis, marchons au combat.

ROBERT

Que les femmes rentrent dans leurs maisons , qu'elles préparent leurs effets les plus précieux, et qu'elles soient prêtes à fuir.

simplet 9 à part.

Ah ! si j'avais des jambes!

GEORGES

Jurons de nous faire tuer tous, et de brûler le village , si nous ne pouvons l'défendre.

simplet, toujours à part.

Brûler l'village!... C'est qu'il vous dit ça avec un feu!...

MOUSTACHE

Allons, Lavaleur, voici l'occasion de te montrer.

SIMPLET

Oui, oui, sergent, (à part. ) Si j'pouvais me cacher!...

MOUSTACHE

Je te confie la garde du village. Si l'ennemi se présente, fais feu sur lui, et meurs plutôt que de te rendre, simplet, à part.

Oui» prends garde de l'perdre.

( Les femmes jouent le désespoir et se jettent dans les bras de leurs maris. Angéline cherche à retenir son frère qui l'embrasse et remonte la scèue. )

ROBERT

Partons. ( Tous font un mouvement vers le fond. )

paul, regardant dans la coulisse.

Les voilà, ils débusquent près du bois. . .

moustache, à tous les hommes.

En avant, marche!

(Ils sortent tous précipitamment, et les femmes rentrent ou se sauvent et jetant des cris. )

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