LES VILLAGEOISES
Simplet!
ROBERT
Que diantre fais-tu là?
SIMPLET
Pardine vous le voyez bien, j'rr/étrangîe, quoi: mon bon p^tit parrain, aidez-moi un peu, j'vous en prie, rien qu' pour passer la tête et le corps?
rorert, V aidant à sortir.
Misérable! comment te trouves-tu enfermé dans cette cave?
SIMPLET
C'est pas d'ma faute, la porte s'est refermée de d'sus moi.
ROBERT
îl fallait suivre nos amis lorsqu'ils ont pris les armes et se sont joints volontairement au peloton de braves qui étaient cantonnés dans ce village ; mais je te reconnais bien, tu as préféré te cacher.
Me cacher? ah! ben par exemple, vous m'rendez ben peu d'justice ; qui, moi le fils d'un ancien militaire, le filleul d'un vieux troupier comme vous, et Tcousin futur devot'neveu, qui, par parenthèse, est ben le petit tambour le plus crâne!. . . moi, me cacher? ah! ça mais vous croyez donc que je suis. . .
( A ce moment on entend un fort coup de canon , et Simplet saute en Fair. )
ANGÉLINE
Un poltron.
TOUTES LES FEMMES
Oui , oui, un poltron.
SIMPLET
Ah! i'suïs un poltron, parc'que j'nai pas eu la bêtise d'aller m'faire casser un bras ou une jambe comme les autres ? eb ! ben y sont gentils, vos maris et vos amoureux; y vous ont donné là une jolie preuve d'attache ! vous laisser sans égards et sans défense, toutes seules dans un village isolé et désert ousque l'ennemi peut entrer d'un moment à l'autre; et tout ça pour faire leus braves, leus embarras, car enfin qu'est-ce qui les y forçait ?
ROBERT
L'honneur, morbleu! quandla patrie esten danger, tout ce qui est français, tout ce qui a la force de porter une arme, doit se faire soldat, pour -combattre l'étranger, le repousser ou mourir.
SIMPLET
Laissez-moi donc, parrain, est-ce que c'est à des gens comme nous à se mêler d'ces ohoses-là! les militaires, leur état c'est de s'faire tuer, et nous, l'n'ôtreest de semer du bled pour les faire vivre.
ROBERT
Chacun de, nous ne doit-il pas payer la même dette à son pays ?
SIMPLET
Oui quand on est de la conscription, mais passé ça. . .
M ad. BOTSTEMS.
Peureux! si c'est comme çà que tu comptes plaire à Angéline. . . '
SIMPLET
Tiens, et pourquoi pas, donc? vous croyez p't'être qu'elle est comme vous, qu'elle n'aime que les soldats?
Mad. BONTEMS.
Malhonnête !
SIMPLET
Pardiue , j'ments n'est-ce pas? n'y en a qu'deux qui vous font les yeux doux; l'sergent Moustache et ce petit farceur de Georges.
ROBERT
Allons, allons, tais-toi , mauvaise langue, et vas plutôt voir si nos voisins reviennent.
SIMPLET
Où donc ça, îà bas ? oh ! que non , non : j'suis resté pour veiller sur ma p'tite femme , et je n'bouge pas d'ici.
ANGÉLINE
Votre femme , moi ?. . . oh! pas encore , par exemple!
Ma foi y nVen manque pas déjà tant. On nous a fiancés que vous n'aviez que neuf z'ans,et l'papa Robert sait bien.. .
ROBERT
Que j'ai fait une sottise, en disposant ainsi du sort de ma pauvre Angéline.
SIMPLET
Comment une sottise ?
ROBERT
Oui, j'étais intimement lié avec ton père; nous nous étions connus sur le champ de bataille, car c'était un homme de cœur, celui-là!. . . il voulait que nous unissions nos enfans: le pauvre ami ! cette idée faisait son bonheur, et pour ne pas l'affliger à ces derniers momens, je consentis à lui signer une promesse qui , depuis ce temps, a fait le chagrin de ma vie.
Mad. BONTEMS.
Eh! quoi, malgré la répugnance d' Angéline, vous pourriez. . .
SIMPLET
La répugnance ? ah ! ça mais dites donc mam' Bontems, si c'est parce que vous voulez protéger M. Paul vot'frère, c'est que. . .
rosert.
Que voulez-vous voisine, j'ai donné ma parole, et un honnête homme ne peut pas y manquer.
simplet, d Angéline.
Là vous voyez ben qu'vous serez ma femme.
angéline.
Oui, mais ça-n'sera pas d'bonne volonté, toujours, car je vous déclare que j'vous déteste, et qu'si ça n'dépendque d'moi, vous serez malheureux. . . malheureux !. . . Ah! je Pserai? eh! ben v'ia une profession de foi ben rassurante pour mon avenir!
( JJruit de. tambour et de trompette» )
ROBERT
Qu'enlend-je!. ... Ce bruit serait-il le présage. . . . ( Tous remontent la scène. A ce moment on entend crier dans la v coulisse : Victoire ! victoire !) robert, regardant toujours au fond.
Je ne me trompe pas, cette voix est celle de Georges. . . il accourt de ce côté.. . allons, allons femmes, réjouissezvous, il va nous donner des nouvelles de tous ceux qui nous sont chers, et j'ai un pressentiment que nous ne tarderons pas à les revoir.