BIENTOT APRÈS PAUL
( On entend crier dans la coulisse : Nous voilà! nous voilà! Bientôt les villageois accourent et se jettent dans les bras de leurs femmes. Ils précèdent un peloton de soldats commandés par Moustache. )
moustache , aux soldats.
Halte , front.
Mad. bohtems, allant à lui .
Bonjour, M. Moustache.
MOUSTACHE
Pardon, z'excuse, mam' Bontems, mais on îe parle pas sous les armes.
BOBERT.
C'est juste; ainsi yoisine, motus, si e'est possible.
moustache, aux soldats.
Présentez arme. . . haut armes. . . rompez les rangs
allez faire la soupe, et à tantôt l'exercice à feu, vu qu'il est bon d'se tenir toujours en haleine, et de n'pas oublier i'métier. Maintenant, belle fermière, que l'devoir z'est rempli, on sera tout à vous et à l'amour, si j'en suis capable .
Mad. BONTEMS.
Toujours aimable , M. Moustache.
MOUSTACHE
C'est mon fort , z'adorable veuve , et comme vous savez. . .
Georges, imitant ses manières.
Galant z'et troupier, c'est l'épithète z'ihdispensable. {Bas à Madame Bontemps) S'il y avait moyen, dans la journée , d'pouvoir vous dire deux mots. . .
moustache, de même.
S'il m'était permis d'cooverser z'avec vous en particulier Mais, on nous écoute, suffécit. ( A Robert. ) Eh
ben! mon ancien, tu Pvois, nous en v'ià encore un' fois r'venus ( Ils se prennent la main. )
paul, accourant.
Eh! les amis!. . . me voilà! me voilà! (Il embrasse Mad. Bontems. ) Ma bonne petite sœur !. . . . Bonjour , M. Robert, [allant à Angéline.) vous permettez. . .
ROBERT
Oui, oui, mon garçon. ( Paul baise la main d3 Angéline, )
simplet, s' avançant.
Doucement, doucement, je ne permets pas, moi.
GEORGES
Tune permets pas? Oh! alors, c'est différent. Paul, embrasse encore une fois ma cousine, mais, pas la main,
entends-tu. ( retenant Simplet. ) Ne bouge pas, ou sinon. . (Paul embrasse Àngêline^ et Georges essuie la bouche de Simplet avec sa manche. )
moustache, riant.
Comment, conscrit, tu te laisses insulter z'ainsi?
simplet.
Pardine, qu'est-ce que vous voulez que j'fasse, puisqu'y m'tient.
MOUSTACHE
Lâche!
simplet, d Georges.
Lâche donc, t'entends ben qu'ton sergent te dit : lâche.
Mad. BONTEMS.
Le nigaud! il n'aurait pas seulement le cœur de défendre sa maîtresse !
SIMPLET
Ah! ça, c'est une autre affaire; si on lui fsait quéqu'chose. . . . Mais j'réserve mon courage pour une meilleure occasion.
moustache, vivement.
Une meilleure occasion, dis-tu? Mille pelotons! la plus belle n'était-elle pas d'imiter ces braves gens, qui ont quitté leur charrue pour venir faire le coup d'feu z'avec nous? Ils se sont tous couverts de gloire; aussi, chacune de ces jolies petites femmes les accueille, les embrasse; voilà c'que tu aurais gagné, tandis qu'si elles faisaient bien, pour te punir de ta lâcheté, z'elîes ne t'parleraient jamais.
ANGELINE
Oh! vous avez bien raison, M. Moustache. Pour moi, je n'I'aimais pas déjà trop, mais j'rous assure que sa poltronnerie me l'fait encore haïr davantage.
SIMPLET
Là! j'étais sûr que l'mauvais exemple la perdrait! Vous verrez que, par légèreté, elle va donner aussi dans les voltigeurs.
GEORGES
Ah ! dam, c'est qu'avec ceux-là, n'y a pas d'affront, aii moins; tandis que j'ai ben dans l'idée qu'avec un pékin d'ton espèce. . .
simplet, s' impatientant.
Tambour, fais atientiou à tes paroles, tu sais qu'nous n'sommes pas cousins, nous deux, et. . . Georges , l'interrompant.
Et j'espère que nous ne Tserons jamais.
simplet.
Ah! ça, par exemple!. . .
GEORGES
Eh! non, morbleu! d'ailleurs, Paul est depuis longtemps amoureux d'ma cousine, elle lui rend l'réciproque, c'est un bon enfant, qu'nous chérissons tous, et j'suis certain qu'inon oncle n'sacrifiera pas à une promesse ridicule, le bonheur de sa fille.
ROBERT
Mais, mon ami, tu sais quel est l'engagement qui me lie, et il m'est impossible. » .
SIMPLET
Oui, oui, impossible; nous ayons heureusement un certain p'tit écrit. . .
Georges, le repoussant.
C'est bon; on n'te parle pas, à toi.
SIMPLET
Tambour, finis. . .
ANGÉLINE
Mon bon p'tit père, je tous en prie, ne r'fusez pas d'nous rendre heureux.
PAUL
Voyons, M. Robert, vous qui m'avez toujours montré tant d'intérêt, vous qui répétiez si souvent à ma bonne mère, que vous voudriez avoir un fils qui me ressemblât, consentez à combler tous mes vœux.
simplet, à part.
Voyez-vous, voyez-vous comme ils Tenjolent,
Georges, lui marchant sur le pied.
Allons tais-toi, tu n'a pas la parole.
simplet.
Tambour, ça s' gâtera/. . j'aime pas qu'on ait un air de m'marcher sur l'pied.
moustache , à Robert. .
Et tu pourrais résisterz'a leur prières ? je sais tout , maintenant; ce pauvre Paul, il voulait s'faire tuer c'matin, et situ l'avais vu comme moi. .. . milles bombes! j'aurais vingt filles, que j'ies lui donnerais plutôt toutes, que d'iui en refuser une.
ROBERT
Encore une fois je ne suis plus maître de la main d'Angéline. Georges sait que j'ai fait une promesse au père de Simplet; lui seul maintenant pourrait la rendre nulle, et ces chers enfans doivent comprendre combien il m'en coûte de les affliger. [Tirant un papier de son porte feuille.) Tenez, le voilà ce maudit écrit, depuis que je l'ai signé, je n'ai pas eu le courage d'y jeter les yeux, lisez et voyez si je puis manquer aux obligations qu'il m'impose.
MOUSTACHE
Peste soit du chiffon d'papier, va!... ah! s'il m'était tombé sous k main, comme j'en aura is ben vite allumé ma pipe !
SIMPLET
Ah! vot pipe , c'est parc'que vous fumez qu'vous dites ça.
MOUSTACHE
Insolent!. . . .
Georges, fixant le papier que vient de lui remettre Robert.
Ainsi donc leur sort va dépendre du contenu de ce billet!
MOUSTACHE
Allons p'tit, faut se résigner. C'qu'est z'écrit est z'écrit, va , rompis l'cachet.
simplet , gaiement.
C'est ça, rompts le cachet, tambour, parc'que ça fait qu'au moins j' vas voir.. .
Georges, le repoussant.
Tu vas voir que tu ne verras rien ; c'est entre nous seuls, qu'il va être décidé s'il y a lieu à c'que mon oncle tienne sa promesse; par ainsi un quart de conversion à gauche, et en route.
Oh ! mais non , je n'consens pas à ça , moi.
GEORGES
Tais-toi conscrit, tais-toi, ou si je nie mets après ton, individu. . . . [il le frappe.)
SIMPLET
Veux-tu bien finir , méchant crâne !
ROBERT
Quelle étourderie ! Georges. . .
GEORGES
Au contraire, mon oncle, il s'agit ici d'une affaire de la plus haute importance; nous nous intéressons tous au bonheur de ces deux amans; et le parti qu'il est indispensable de prendre, ne saurait être mieux discuté qu'au milieu de leurs amis et des vôtres ; ainsi le conseil sera composé du sergent Moustache, de vous,de Paul,d'Angéline,de madame Rontems,et de moi.Quantaux autres, [U montre les paysans). Libre àeuxde s'en aller,ou d'servir d'auditoire. (A quelques soldats.)Et vous, camarades, emmenez celui-ci jusqu'à c'que Ptribunal le rappelle.
tous, excepté Robert.
Adopté ! adopté !
SIMPLET
C'est une injustice, j'dois être présent.
MOUSTACHE
Emparez-vous d'iui, z'et la schlagt s'il raisonne.
simplet, se débattant.
C'est une horreur! c'est un arbitraire, entendez-vousi . . mon bon petit parrain, j'vous en prie. ..
MOUSTACHE
Allons, allons, trêve de gérémiade,eten avant marche !
[Les soldats l'entraînent.)