II
LA BIBLIOTHÈQUB. 137
On conçoit que, dans celte disposition d'esprit, elle ait pris peu de goût à son bibliothécaire en titre, l'historiographe Moreau, qui lui avait tracé tout un cours d'histoire et d'étude dans un ouvrage imprimé à son intention*. « La bibliothèque de madame la Dauphine, » dit-il au début de ce travail, « est devenue mon asile. Là, viendra quelquefois jouir, en repos, de ses pensées une princesse dont l'âme est élevée, l'imagination gaie et le caractère solide. » Il ne garda pas longtemps cette illusion. A peine arrivée, à l'instigation de l'abbé de Vermond qui voyait dans l'historiographe un rival, « la dauphine lui fît notifier de remettre les clefs de sa bibliothèque à M. Campan'. M A partir de 1778, ce dernier figure à l'almanach royal comme bibliothécaire, après le titulaire qui n'est plus nommé que ad honores. C'est donc M. Campan qui a composé les bibliothèques de Versailles et de Trianon, et il faut que MM. Paul Lacroix et Louis Lacour aient complètement perdu de vue le passage que nous venons de citer des Mémoires de sa belle-fille pour attribuer leur formation, l'un à l'abbé de Vermond, l'autre au libraire Moutard.
M. Campan était un homme de plaisir, lettré, aimable, complaisant surtout. La reine connaissait bien sa légèreté, car elle lui disait, en le voyant causer ^vcc son frère de lait, venu d'Autriche en 1782 : « N'allez pas me gâter mon Wéber", » Il avait toutes les qualités et les défauts nécessaires pour
{, L'ouvrage de Moreau est divisé en trois parties : 1« objet moral de Tétude de l'hisloire ; 2** carte générale des empires dont Thistoire offre la succession (c'est un tableau rapide des principales dominations qui se sont suivies dans Thisloire ancienne et moderne); 3° plan de lecture et suite de livres français qui peuvent instruire de Thisloire. A la fin, dans un supplément, se trouve Ténumération bibliographique d*un « triage » ou choix des meilleurs livres français qui peuvent composer une bibliothèque historique. Une gravure d*Eisen, représentant la dauphine entourée des allégories des sciences, des arts et des lettres, et éclairée par le génie d'Apollon, sert de frontispice. Bibliothèque de madame la Dauphine y n^ \, Histoire; Paris, 1770. C'est le seul fascicule qui ait paru.