Madame Campan
3. Mémoires de Wéber; Paris, coll. Barrière. 2 v, in-8<>, 1, 6i.
138 LB JABDIN ANGLAIS.
remplir ses fonctions au gré de sa maîtresse. Tandis que Tabbé de Ycrmond, son mentor officiel, tentait de vains efforts pour fixer son attention sur des sujets de piété, d'histoire ou de morale, M. Campan meublait ses cabinets de productions plus frivoles, avec lesquelles sa belle-fille savait la divertir en dépit du lecteur en titre. Il dut y avoir à ce sujet, entre l'abbé et les Campan, des querelles dont la première fenune de chambre lui garda rancune, car elle le drape de la belle façon dans ses Mémoires.
Le nom de madame Campan éveille aujourd'hui l'idée d'une respectable éducatrice de la jeunesse, embéguinée dans un bonnet de grand'mère*. Elle n'était pas si grave au temps qui nous occupe. Son mari venait d'être nommé maître de la garde-robe de la comtesse d'Artois. C'était un de ces saints que personne n'invoque, comme dit Molière : sa femme en parle à peine*. Quant à madame Campan, « non moins distinguée par l'étendue et les grâces de son esprit que par la bonté de son cœur », elle avait des manières aisées et agréables qui plaisaient à Marie-Antoinette. « Elle allait au-devant de ses désirs pour sa toilette qui ne fut jamais plus brillante que de son temps, et c'est alors, » dit mademoiselle Rose, marchande de modes de la reine, « qu'il n'y eut plus de bornes dans les dépenses'. » D'après madame Campan, les lectrices en charge ne remplirent jamais leurs fonctions, les fetnmes de la reine les remplaçaient; elle-même « avait habituellement cet honneur* ». Ce que la première femme de chambre dit des lectrices peut être exact pour la comtesse de Neuilly; mais les gazettes du temps ont trop parlé de l'extrême faveur
i. Il y a, au musée de Versailles, un porlrait d'elle, en chapeau bleu, lorsqu'elle était directrice de la maison d*Écoueu, sous Tempire, qui donne un peu ridée de ce qu'elle pouvait être dans sa jeunesse.
2. Madame Lebrun rappelle garçon de la chambre et dit qu'il avait une voix de stentor, a Ce M. Campan parlait toujours de la reine. Un jour qu'il dînait chez moi, ma fille qui avait alors sept ans me dit tout bas : « Maman, ce monsieur, est-ce le Roi ? » Souvenirs, I, 47.
3. Conversatiom pour servir à l'histoire d'une grande reine; Paris, 1 807, in-8«.
LA BIBI^IOTHÂQUE. 139
de madame de La Borde \ pour que cette assertion soit complètement vraie en ce qui la concerne. Son rôle n'a pas dû être aussi effacé que veut bien le laisser croire madame Campan, qui me parait la rejeter un peu trop dans Tombre pour se mettre ellemême plus en lumière.
La bibliothèque du Petit-Trianon était uniformément reliée en veau écaille, aux armes de la reine sur les plats, avec les
jfl^fr
lettres C. T (château de Trianon), surmontées d'une couronne,
sur le dos. La reliure est médiocrement soignée, les
livres ne sont pas dorés sur tranche, et le dessin des
fers est lourd'. On voit que cela a été fait vite. ^^
Madame Du Barry avait plus de goût. La bibliotlièque fVW^
de Versailles conserve plusieurs spécimens provenant ^Jt JL
de sa collection, admirablement soignés et très remarquables.
\ . Femme du premier valet de chambre de Louis XV. Les nouvellistes disent qu'on créa pour elle une charge de dame de lit « dont les fonctions étaient d'ouvrir et de fermer les rideaux de S. M. » Nougaret, dans ses Anecdotes du règne de Louis X7I (Paris, 1791, 6 v. in-i2, 1, 286), a pris au sérieux cette méchante plaisanterie.
2. Il n'en est pas de même de ceux de la bibliothèque de Versailles transportés aux Tuileries, qui sont très élégants. Le type que M. Quentin-Baucbart a fait reproduire en tête du Catalogue de la bibliothèque de Marie-
Leurs fers sont d'un style tout à fait nouveau : le style Louis XVI, appliqué à la reliure. Elle possédait un magnifique exemplaire des idylles de Gessner dont j'ai parlé plus haut*.
Il n'est entré dans la bibliothèque du Petit-Trianon qu'un très petit nombre d'ouvrages après 1780*; on a cessé de relier les volumes à partir de 1784. Deux livres allemands seulement y figurent : Werther, de Goethe, et Sigevart^ dédié aux âmes sensibles; encore est-ce sous forme de traduction en français. Un catalogue de cette collection fut dressé et imprimé, en 1781, par Ballard, «imprimeur de la musique de la Chambre et Menus-Plaisirs du Roi, sur une feuille in-folio en réglets et encadrée, le tout par lettres alphabétiques*. » C'est sans doute un répertoire alphabétique dans le genre de celui des livres du boudoir, qui indique seulement le titre abrégé, avec l'armoire et le rayon où le volume est placé. Il y a loin de là à ces splendides catalogues manuscrits*, rédigés pour les bibliothèques de Mesdames, filles de Louis XV, notamment de madame Adélaïde, qui s'est fait représenter, en tête, dans une magnifique vignette, souslafigure de Minerve.
Mais Marie-Antoinette ne s'intéressait guère aux choses de l'esprit. De tous les arts, elle ne s'entendait qu'à la musique. En cette matière, du moins, elle sut faire preuve de goût et de discernement, protégeant à la fois les compositeurs allemands, italiens, français, pensionnant les deux adversaires Gluck etPiccini, et ne ménageant pas les encouragements et les éloges à Grétry,
Antoinette (Voy. plus haut, p. 133, n. 4) n'est pas, comme on pourrait le croire, celui qui appartient en propre à la collection des Tuileries. 11 est emprunté à un volume offert en hommage et relié avec une autre marque que celle dont se servait le relieur ordinaire de la reine. — On parait avoir pris pour les livres du boudoir un fer semblable à celui de Trianon. Mais ces derniers n'ont pas le chiffre C. T.