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4. Un genre nouveau, le proverbe, avait été créé pour ces théâtres de société. Carmontelle en publia 8 volumes in-8*, en 1783. Il fut imité par Dazincourt, madame de Genlis, le vicomte de Ségur et un grand nombre d'auteurs et d amateurs.
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elle s'attendait à des amusements plus gais. Après avoir un peu joui de sa déconvenue, on la conduisit enfin à un petit théâtre où rattendaient le roi, Monsieur, Madame, le comte et la comtesse d'Artois, le duc et la duchesse de Chartres, et où elle vit une parodie de l'opéra-comique de Sedaine, Aucassin et Nicolette^ composée par le comte de Linières*.
L'idée lui revint alors déjouer elle-même la comédie. La scène était toute prête S Trianon ; on y avait relié le théâtre au château par un corridor en toile bise, montée sur une armature de bois vert, et que des réverbères éclairaient'. Quant aux acteurs, la société de la reine , dont nous parlerons plus amplement au chapitre suivant, pouvait lui en fournir des meilleurs et des plus appréciés dans les salons de la capitale'. On mit des pièces à l'étude, on les répéta en secret pendant le mois de juillet, et enfin, le 1®' août, la troupe de Trianon fut en état de faire montre de ses talents au roi et à un cercle restreint de spectateurs.
Mais laissons la parole à Mercy. Remarquez avec quelle précaution il entre en matière pour ne pas offusquer tout d'abord la cour de Vienne : « Dans cette saison où tout le monde habile la campagne, joint à ce que la guerre tient presque tous les militaires absents, les objets d'amusement deviennent plus rares, et c'est pour y suppléer que la Reine vient de penser à un moyen nouveau, qui est d'exécuter des petits spectacles de société sur le théâtre de Trianon. » Il continue, parlant au futur : « Les spectacles seront représentés par la Reine, la comtesse Jules de Polignac, la comtesse de Châlons; si les pièces comportent plus de rôles de femmes, il s'en trouvera parmi les dames de la cour. Les acteurs actuellement désignés sont : le comte de Polignac, le comte d'Adhémar, ministre du Roi à Bruxelles, et le comte Esterhazy ; il en sera encore choisi
i. Mémoires secrets, 18 avril 1780.
2. 0* 1878, 3064. Ce corridor fut vendu pendant la Révolution, sous le
3. M. de Vaudreuil surtout. — Du DefFand, II, 452; Griinm, XII, 427; Oberkirch, II, 243.
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d'autres au besoin. La Reine est jusqu'à présent fort décidée à ^'admettre à ces amusements d'autres spectateurs que le Roi, les princes et princesses royales sans aucune personne de leur suite. Les dames du palais , pas même les grandes charges chez la Reine, ne seront exceptées de cette exclusion; il n'y aura dans le parterre du théâtre que les gens de service en sous-ordre, comme femmes de chambre, valets de chambre, huissiers, qui se trouveront alors à Trianon à raison de leur service momentané. Si cette règle est strictement maintenue, elle écartera sans doute la majeure partie des inconvénients. La Reine a daigné m'en parler fort au long, et j'ai tâché de la fortifier contre toutes les demandes et sollicitations contraires à son plan, en lui exposant différentes remarques qui en établissent la nécessité. J'ai quelque regret au projet dont il s'agit; mais ne pouvant pas en détourner l'exécution, j'ai dû me borner à tâcher de faire adopter les modifications les moins nuisibles. Je ne prévois pas d'ailleurs que cet amusement puisse être de longue durée; entre temps, le Roi, qui semble y prendre un peu de goût, aura ce motif de plus pour être avec la Reine. Le temps nécessaire pour apprendre les rôles, pour les répéter, deviendra une forte diversion contre le jeu, et les représentations mettront obstacle aux promenades du soir*. » Que dites-vous de l'exactitude et de la fidélité du correspondant? Sa dépêche est du 16 août. A la lire, on en est aux préparatifs, au projet; il n'y a encore rien d'exécuté. Eh bien! quand il écrit, la reine a déjà joué la comédie deux fois, le 1" et le 10 août.
Voici ce que dit Grimm de la première représentation : « Les spectacles donnés, ces jours passés, dans la jolie salle de Trianon, intéressent trop l'honneur et la gloire de M. Sedaine pour ne pas nous permettre d'en conserver le souvenir dans nos fastes littéraires. On n'a jamais vu, on ne verra sans doute jamais le Roi et le Fermier, ni la Gageure imprévue^ joués par de plus augustes acteurs , ni devant un auditoire plus imposant et
i. IU,456.
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mieux choisi. La Reine, à qui aucune grâce n'est étrangère et qui sait les adopter toutes sans perdre jamais celle qui lui est propre, jouait dans la première pièce le rôle de Jenny ; dans la seconde, celui de la soubrette. Tous les autres rôles étaient remplis par des personnes de la société intime de Leurs Majestés et la famille royale. M. le comte d'Artois a joué le rôle d'un garde-chasse dans la première pièce et celui du valet dans la seconde. C'est Caillot et Richer qui ont eu l'honneur de former cette illustre troupe. M. le comte de Vaudreuil, le meilleur acteur de société qu'il y ait peut-être à Paris, faisait le rôle de Richard; madame la duchesse de Guiche (la fille de madame la comtesse Jules de Polignac), dont Horace aurait bien pu dire : Matre pulchra filia pulchrior, celui de la petite Betzi ; madame la comtesse Diane de Polignac celui de la mère, et le comte d'Adhémar celui du Roi*. »
D'après madame Campan", Dazincourt donna aussi à la reine des leçons de comédie. Caillot était depuis longtemps retiré du théâtre, où il avait joué l'opéra-comique. Richer avait le privilège de dresser les chanteurs de haut parage ; une lettre de madame de Bombelles' nous le montre à Chantilly, en 1781, conduisant les répétitions des comédiens volontaires, au théâtre du prince de Condé*. Si l'on en croit les Mémoires s€crets\ on lui adjoignit Michu, de la comédie italienne.
Dans la Gageure imprévue, la reine, dit madame Campan*, « jouait le rôle de Gotte, la comtesse Diane celui de madame de Oainville, et le comte d'Artois un des rôles d'homme; » nous savons par Grimm que c'était celui de Laileur. Madame Elisa-