‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 120 sur 362 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

l'iS LB JAHDIN ANQLATS.

bcth avait un petit rôle de comparse. Tout le monde connaît le sujet de cette comédie. C'est une marquise ennuyée dans son château, un jour de pluie , qui fait monter chez elle un officier qu'elle voit passer à cheval sur la route, Tinvite à diner et, sur le point d'être surprise avec lui à table par le marquis rentré inopinément de la chasse, Tenferme dans un cabinet. Jouant alors avec la jalousie de son mari qu'elle excite et apaise à son gré, elle l'amène à refuser lui-même la clef de ce cabinet qu'il avait d'abord réclamée impérieusement, et à se mettre à ses genoux pour lui demander pardon. Ce n'était pas ce rôle difficile, même pour une comédienne de profession, que jouait la reine, mais celui d'une soubrette au service de madame de Clainville , non pas de ces soubrettes éveillées qui ont de l'esprit comme quatre et qui tiennent les fils de tous les imbroglios, mais d'une petite suivante ingénue, très effrayée de l'audace de sa maîtresse et en admiration devant son esprit. Le spectateur devait éprouver une impression de surprise en entendant la reine de France débuter par ces mots : « Nous nous plaignons, nous autres domestiques..; » puis en la voyant, quelques moments après, brodant des manchettes pour le valet Lafleur, qui entre une serviette sur le bras. Il est vrai que Lafleur était M. le comte d'Artois, laquais fourbe d'ailleurs, « qui reporte chez madame ce qui se passe chez monsieur, » et qu'on finit par mettre dehors.

Le Roi et le Fermier, comédie mêlée d'ariettes, est assez faible. Jouée cependant dans ce lieu et par des courtisans, cette pièce offrait un spectacle piquant. Il s'agit, en effet, d'un roi égaré à la chasse et recueilli par un fermier qui, ne reconnaissant point son hôte, fait devant lui la satire de la cour : « Qui peut vous « en avoir tant appris, » lui dit le roi. — « Ma foi, » répond Ri- « chard, « j'ai un peu couru, j'ai vu. Tenez, nous parlions d'un « roi ; j'ai vu ce qu'un roi n'est pas toujours à portée de voir. — « Quoi? — Des hommes. » Jenny, amoureuse de Richard, est une petite bergère qu'un seigneur libertin a tenté d'enlever et qui s'est tirée de ses griffes. Quant à Rustaut, dont le comte d'Ar-

LA RBINB ACTRICB. 149

lois tenait le rôle, c'est un simple garde-chasse qui prend les chasseurs pour des braconniers et les arrête.

En rendant compte du spectacle du i"aoùl, Grimm annonce que « les mêmes acteurs ont joué depuis (cVst-à-dire le 10) sur le même théâtre sans y avoir admis beaucoup plus de spectateurs : On ne s avise jamais de tout*, et les Fausses infidélités*, de M. Barthe. » On trouve dans la première de ces pièces Tébauche du personnage de Bartholo du Barbier de Séville. Sedaine met en scène un vieux médecin ridicule, M. Tue, amoureux de la jeune Lise dont il est le tuteur. Comme Bartholo, il la tient sous les verrous et la fait garder par une mégère. Naturellement, un amoureux rôde à Tentour, cherchant par tous les moyens à approcher de sa maîtresse. Celui qu'il imagine pour éloigner la duègne n'est pas des plus galants. Il verse par une fenêtre, sur Lise qui passe, une boîte d'ordures, et la fait entrer dans sa maison pendant que la suivante est allée quérir des vêtements de rechange. Le roi, qui aimait les grosses plaisanteries, devait s'amuser de voir la reine, si c'était elle qui jouait Lise, toute couverte de poussière.

Les Fausses infidélités sont d'un goût plus fin. Dorimène, jeune veuve, et Angélique, sa cousine, ont des amants dont elles voudraient changer le caractère. Angélique, fille douce, tranquille, modeste, souffre de l'humeur inquiète de Dormilly qui éclate à tout propos en emportements jaloux. Le comte de Vaudreuil devait, comme disait le roi, remplir ce rôle « au naturel. » Dorimène, au contraire, trouve Valsain trop calme et trop uni; quelques stimulants de temps à autre ne lui déplairaient point. Elle imagine de corriger l'un de sa vivacité, l'autre de sa froideur, en leur faisant croire à tous deux qu'elle et sa compagne se sont subitement engouées de Mondor, bellâtre sur le retour, d'une fatuité divertissante. Mais Valsain, dont le sang-froid ne se démonte pas facilement, évente le complot; et l'intrigue se dénoue par la sincérité et la tendresse d'Angélique, qui ne peut soutenir

\ . Opéra-comique de Sedaine.

Page 1