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calme : « Je ne saurais qu'approuver remprcssement de ma fille de vous faire assister, à Fincognilo, à une des représentations à Trianon. Si même des inconvénients ne s'y sont pas mêlés jusqu'à présent, je n'en serai pas moins bien aise de les voir finir, et je trouve très fondées les observations que vous avez faites à cet effet à ma fille. »
Si l'ambassadeur l'avait plus complètement renseignée, elle se fût montrée moins tranquille. Mercy ne parle pas de la brouille qui survint à ce sujet entre Marie-Antoinette et sa belle-sœur, la comtesse de Provence. Les Mémoires secrets la racontent et, si Ton peut élever des doutes sur l'exactitude des détails, la chose est trop vraisemblable pour que le fond du récit ne présente pas quelque vérité. « La Reine aurait désiré, pour mieux s'autoriser à prendre le divertissement dont cUq a la passion aujourd'hui, que Madame eût joué la comédie avec elle. » Elle se rendit chez cette princesse avec le comte d'Artois pour Vy déterminer. Mais Madame, qui avait volontiers consenti à réciter des rôles dans un cabinet du château de Versailles, en famille, ne put se résoudre au personnage d'actrice sur les planches d'un vrai théâtre, devant des spectateurs , et rejeta bien loin la proposition comme indigne d'elle. « Mais dès que moi, reine de France, je la « joue, vous ne devriez pas avoir de scrupule. — Si je ne suis pas « reine, je suis du bois dont on les fait. » Marie- Antoinette, trouvant le parallèle mauvais, fit sentir à sa belle-sœur qu'elle regardait la maison de Savoie comme fort au-dessous de la maison d'Autriche qui, suivant elle, ne le cédait pas même à celle de Bourbon. Sur quoi, le comte d'Artois, qui était demeuré muet jusqu'alors, intervint et dit en riant à la reine : « Je crai- « gnais. Madame, de me mêler à la conversation, vous croyant « fâchée; mais pour le coup, je vois bien que vous plaisantez.' »
Mercy nous a fait connaître Tes précautions* prises au début
i. Mémoires secretSy 28 septembre et iO novembre i780. 2. On en trouve la trace dans les dossiers des archives nationales. « La Reine, » écrit Bonnefoy à Mique, « défendant très expressément que qui que
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pour écarter des représentations intimes les spectateurs indiscrets. Ses indications sont confirmées par madame Campan. Il fut convenu, dit-elle*, « qu'on n'aurait pour spectateurs que le roi. Monsieur et les princesses qui ne jouaient pas; mais que, pour animer un peu les acteurs, on ferait occuper les premières loges par les lectrices, les femmes de la reine, leurs sœurs et leurs filles : cela composait une quarantaine de personnes. » Ajoulons-y l'architecte Mique*. « Louis XVI », continue madame Campan, « assistait h toutes les répétitions; on l'attendait souvent pour les commencer. » Ceci n'est pas tout à fait exact. Les répétitions du Devin de village dont il a été question plus haut ont eu lieu pendant que le roi était allé chasser à Compiègne. « L'emploi de répétiteur, de souffleur et d'ordonnateur pour tous les détails du théâtre », dit toujours madame Campan, « fut donné à mon beau-père. Le premier gentilhomme de la chambre, M. le duc de Fronsac, en fut très blessé. Il crut devoir faire des représentations sérieuses à ce sujet : il écrivit des lettres à la reine qui se borna toujours à cette réponse : « Vous ne pouvez « être premier gentilhomme quand nous sommes les acteurs; « d'ailleurs je vous ai déjà fait connaître mes volontés sur M Trianon; je n'y tiens point de cour; j'y vis en particulière, et « M. Campan y sera toujours chargé des ordres relatifs aux fêtes « intérieures que je veux y donner. » Les représentations du duc ne s'étant point terminées, le roi fut obligé de s'en mêler; le duc s'obstina et soutint que ses droits de premier gentilhomme de la chambre n'admettaient aucun remplaçant, qu'il devait se mêler des plaisirs intérieurs comme de ceux qui étaient publics. Il fallut terminer les débats par une brusquerie. Le petit duc de Fronsac ne manquait jamais, à la toilette de la
ce soit entre, mardi prochain, à son spectacle, S. M. m'ordonne d'assurer l'exécution de ses volontés en faisant mettre des cadenas à toutes les portes quelconques, autres que celles de la conciergerie. » 31 juillet 1780. OM883.
2. « La Reine me charge de vous dire qu'elle vous accorde une place de parquet. » Lettre de Bonnefoy, citée à la note 2 de la page 156.
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reine, lorsqu'il venait lui faire sa cour, d'amener quelque entretien sur Trianon, pour placer avec ironie une phrase sur M. Campan qu'il appela depuis ce moment : « mon collègue Campan. » La reine haussait les épaules et disait lorsqu'il était retiré : « Il est affligeant de trouver un si petit homme dans le fils du « maréchal de Richelieu. »
Mercy de son côté, après avoir conseillé lui-même de tenir autant que possible ces spectacles secrets, se voyait contraint de reconnaître que ce système d'exclusion présentait les plus graves inconvénients. « Une manière d'amusement, » dit-il*, « qui se borne à un si petit nombre de personnes devient un indice d'autant plus marqué de faveur pour ceux qui y sont admis, et par conséquent un motif de jalousie et de réclamation pour les exclus. La princesse de Lamballe, en raison de sa charge de surintendante, a cru pouvoir prétendre à une exception qu'elle n'a point obtenue. Les grandes charges et les dames du palais de semaine ont représenté que, d'après les usages établis, aucune circonstance ne devait les priver de l'avantage de faire leur service, lequel se trouvait réduit à paraître, les jours de dimanche et fête, à la toilette de la Reine et aux offices de l'église : toutes pareilles instances, qui sont restées sans effet, ont causé des dégoûts et ont donné lieu à quelques propos qui, de Versailles, se sont répandus à Paris. »
D'autre part, il n'y avait pas moins de danger à étendre le cercle des spectateurs. « Tant qu'on n'admit personne à ces représentations, » remarque madame Campan, « elles furent peu blâmées; mais l'exagération des compliments augmenta l'idée que les acteurs avaient de leurs talents et donna le désir d'obtenir plus de suffrages. La reine permit aux officiers des gardes du corps et aux écuyers du roi et de ses frères d'entrer à ce spectacle. On donna des loges grillées à des gens de la cour; on invita quelques dames de plus ; des prétentions s'élevèrent de toutes parts pour obtenir la faveur d'être admis. La reine refusa d'y
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recevoir les officiers des gardes des princes, ceux des cent-suisses du roi et beaucoup d'autres personnes qui en furent très mortifiées. »
On pourrait croire, en lisant la correspondance de Mercy, que cette extension d'invitations ne dut se produire que plus tard. Mais les nouvelles à la main contemporaines nous montrent qu'elle commença dès 1780. La Correspondance secrète^ à la date du 8 septembre, dit, en parlant de la représentation de l'avantveille : « On a refusé, cette fois, l'entrée à beaucoup de courtisans qui avaient été admis aux autres représentations, entre autres au marquis de Crussol, capitaine des gardes du comte d'Artois, quoiqu'il fût de service ce jour-là. La raison en est qu'on s'était permis de critiquer un peu vivement les acteurs, sans épargner les premiers rôles*. » D'après \q% Mémoires secrets* ^ la reine, un jour, lasse de jouer devant les banquettes, aurait « fait entrer les gardes du corps de service, en exigeant que les Suisses prissent leur place dans cet intervalle. » Après le spectacle, S. M., s'adressant à l'auditoire, aurait dit : « Messieurs, « j'ai fait ce que j'ai pu pour vous amuser; j'aurais voulu mieux « jouer, afin de vous donner plus de plaisir*. » Le fait* peut être faux, mais on l'a nié sans preuves. S'il a eu lieu, c'est évidemment à une répétition; l'on sait qu'alors il s'établit entre la scène et la salle un échange de communications qui a pu amener ce petit discours. Il convient de remarquer d'ailleurs que les gardes du corps étaient des gentilshommes appartenant aux meilleures maisons de France.
Mercy parait compter pour rien la présence aux représentations des gens de service en sous-ordre. Il ne trouve rien d'é-