III, %1K
154 LR JARDIN AKOLAIB.
que peut l'être un spectacle de société. » Madame Campan, d'accord avec l'aiûbassadeur, remarque aussi que « le rôle de Colette fut réellement très bien joué par la reine. » « J'observais, » continue Mercy , « que le Roi s'en occupait avec une attention et un plaisir qui se manifestaient dans toute sa contenance ; pendant les entr'actes, il montait sur le théâtre et allait à la toilette de la Reine. Il n'y avait d'autres spectateurs dans la salle que Monsieur, Madame, la comtesse d'Artois, madame Elisabeth; les loges et balcons étaient occupés par des gens de service en sous-ordre, sans qu'il y eût une seule personne de la cour. »
« La reine, » dit de son côté madame Campan\ « riait beaucoup de la voix de M. d'Adhémar, belle anciennement, mais devenue très chevrotante : l'habit de berger, dans le rôle de Colin du Devin de village, rendait son âge fort ridicule, et la reine se plaisait à dire qu'il était difficile que la malveillance pût trouver quelque chose à critiquer dans le choix d'un pareil amoureux. » Quoi qu'en dise Mercy, il est probable que le Devin de village fut médiocrement interprété, car on le remit en répétition, au mois d'octobre, avec le Roi et le Fermier^ pour une représentation qui eut lieu le 12*. Ce fut la dernière. Mercy en parle ainsi : « Le voyage de Choisy* a eu lieu du 1" de ce mois jusqu'au 6... Leurs Majestés sont revenues à Versailles... d'où le Roi a été passer trois jours à Compiègne* pour y chasser. » Avant le départ pour Marly (il eut lieu le 13, d'après le journal de Louis XVI), « il y a encore eu une pièce de théâtre représentée à Trianon. Ce sera sans doute la clôture de ces petits spectacles de société qui ne pourraient avoir lieu dans la saison plus
2. Mémoires de Bellocq et Duvergé^ garçons de chapelle à qui on paie, pour avoir transporté les instruments à Trianon ; le 9 octobre, pour la répétition de la pièce le Roi et le Fermier, 18 liv. ; le 10 et le H, pour la répétition du Devin de village, 36 livres; elle 12, pour la représentation, 18 livres. 0 * 3057.
4. Du 8 au 1 1 • C'est pendant ce temps qu*on fit les répétitions*
LA RBINB AGTRICB 155
avancée, à cause du froid et de rhumidité auxquels le local est exposé*. »
En fait d'acteurs, madame Campan ne nomme que le comte d'Artois et le comte d'Adhémar. « Il fut convenu », dit-elle, (c qu'aucun jeune homme ne serait admis dans la troupe. » Mercy, malgré sa préoccupation de ne pas charger la reine, est plus explicite et il cite le comte de Polignac, le duc de Guiche, le comte de Vaudreuil, le bailli de Crussol, capitaine des gardes du comte d'Artois, et le comte Esterhazy*. D'après les Mémoires secrets*, il faudrait y joindre « M. Dillon et M. de Beuzenvald » (Besenval).
Quels furent maintenant les conséquences de ces spectacles et les jugements qu'on en porta en Autriche, dans la famille royale, à Versailles, à Paris? L'empereur manifesta hautement sa désapprobation, mais, remarque Mercy, « il ne m'a pas paru que cet avis fît beaucoup d'effet. La Reine », écrit-ir à l'impératrice, « était fort empressée de savoir ce que pouvait penser Votre Majesté sur cet article. J'ai répondu que cet amusement n'était pas de nature à obtenir approbation , mais que peut-être Votre Majesté n'en témoignerait rien, dans l'attente très vraisemblable qu'il ne pouvait être que passager et de fort peu de durée. » Quant à Marie-Thérèse, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, elle n'y attacha pas une grande importance. « Je ne regarde que comme passagers », écrit-elle à Mercy, le 30 septembre*, « les amusements de Trianon, sans m'en inquiéter, tant qu'il n'y aura pas quelque inconvénient majeur; » et, le 3 novembre*, elle revient encore sur ce sujet avec beaucoup de
i . On retrouve dans les comptes Tindication de travaux, pendant le quartier d'octobre, pour les décors de la Fée Urgèle, mais aucune trace de représentation de cette pièce. 0 * 3053.