LA SOCIÉTÉ DE LA REIMS
de se lever, dans un déshabillé blanc comme la neige, avec une rose dans les cheveux. « Sa démarche, » dit-il, « portait l'empreinte d'un abandon séduisant. » Besenval avoue cependant que « sa taille ne répondait pas à tant de perfections; » et madame d'Oberkirch se rencontre avec madame de Genlis pour reconnaître que son front était brun et mal conformé, mais que ce défaut disparut quand la mode permit de porter les cheveux rabattus. Suivant le comte de Ségur, « on ne saurait trouver une personne qui réunît plus d'agréments dans la figure, plus de douceur dans les regards, plus de charme dans la voix*, plus d'aimables qualités de cœur et d'esprit. » Plus sensée que spirituelle, sans prétention, un peu nonchalante, d'une humeur bienveillante et égale, elle avait, dit madame Campan, « dans tous ses mouvements, je ne sais quelle grâce négligée qui la faisait remarquer au milieu des plus belles, » et l'on préférait la naïveté de sa conversation h toutes les recherches du bel esprit. « Sa faveur, » ajoute madame de Genlis, « ne lui ôta rien de sa douceur et de sa simplicité naturelle*. » Les deux portraits que j'ai vus d'elle ne me paraissent pas entièrement répondre à ces descriptions enthousiastes*. Mercy la soupçonnait de n'être ni sincère ni sûre, et il ne lui trouvait « ni l'esprit, ni le jugement, ni même le caractère nécessaire à jouir de la confiance d'une grande
i . EJle chantait très agréablement. Diane de Polignac, Mémoires sitr la vie et le caractère de madame la duchesse de Polignac; Hambourg, i796, in-18.
2. Lebrun. Souvenirs, U, 318. — Genlis, Mémoires, H, 34,345. — Lévis, Portraits, 329. — Tilly, Mémoires, I, c. vi. — Ségur, Mémoires, ï, 49, 52. — Besenval, Mémoires, II, 175. — Oberkirch, Mémoires, l, 280. — Campan, Mémoires, I, 140.
3. 1® Portrait par M"« Vigée-Lebrun, qui la représente vêtue d'une robe blanche et d'une écharpe de soie noire, avec un chapeau de paille orné d'un bouquet d'épis, de marguerites, de coquelicots et d une plume noire ; à la main, une rose. Il appartient à M. le duc de Polignac et a été publié dans le t. II de la bizarre compilation que M. le comte de Reiset vient de consacrera « la pauvre Reine. » Livre-journal de madame Eloffe; Paris, 1885, 2 v. in-8^ flg. — 2« Julien, la Comédie à la Cour, p. 288. Autre portrait peint par M"»« Lebrun, à Vienne, en 1794.
princesse. » Il ne la considérait d'ailleurs que comme un instrument de l'ambition de ses entours, plus dangereux qu'elle-même*.
Ce n'était pas, en tous cas, son mari qui la gouvernait. Il n'avait ni le goût ni l'intelligence de l'intrigue : il laissa faire sa fortune. Fersen l'a peint d'un mot. J'ai rencontré, dit-il, dans son journal de l'année 1791, M. de Polignac « qui veut aussi parler affaires, ce gui ne lui va pas*. » Il était, remarque Tilly, « plus ami qu'amant de sa femme » et se contentait de ce rôle'.
Celui qui régnait dans le salon de la comtesse Jules, c'était le comte Rigaud de Yaudreuir, l'homme le plus séduisant de la cour. Il avait fait la guerre de Sept-Ans'et montré sur le champ de bataille une bravoure fougueuse. Il était brigadier de dragons depuis 1770etmestre de camp du régiment de dragons-Dauphin. Grand, bien fait, élégant, il avait une figure charmante*, une physionomie mobile comme ses idées, un sourire obligeant, un maintien noble avec les manières les plus attrayantes. Son caractère chevaleresque, sa franchise, sa loyauté, sa magnificence, sa probité, poussée, dit Besenval, jusqu'à « une sorte de férocité, » lui conciliaient l'estime et l'admiration; c'était l'ami le plus chaud et le plus constant. Dans la conversation, sérieux ou plaisant à propos, il avait le mot juste, contait à ravir et savait écouter. Il avait surtout un excellent ton. La princesse d'Hénin disait qu'elle ne connaissait que deux hommes qui sussent parler aux femmes : Le Kain sur le théâtre, et le comte de Vaudreuil dans un salon'. Toutes ces qualités se trouvaient