Mercy, II
madame de Polignac refusa parce que sa fortune n'était pas en état de suffire aux dépenses qu'entraînait la représentation de cette charge. La reine se décida alors à l'établir auprès d'elle en qualité d' « amie » et lui donna un appartement au château de Versailles, à proximité du sien*. Jusque-là, les deux amies se voyaient aux soirées de la princesse de Guéménée*. La comtesse Jules ouvrit désormais un salon à des réunions intimes que fréquenta assidûment la reine. Cette compagnie était composée, dit le prince de Montbarey ', des parentes de madame de Polignac. « Les femmes y attirèrent les hommes qui leur étaient attachés. » D'anciens amis de la reine s'y joignirent : Esterhazy, les Coigny, Besenval. « De ce concours, » ajoute le ministre de Louis XVI, « se forma, sous les yeux du Roi et contre son vœu » (il se laissa cependant conduire chez madame de Polignac) \ « une société dont les membres commencèrent par désirer d'accaparer toutes les gr&ces et finirent par se mêler de toutes les affaires de l'État. » C'est de ce cercle rétréci que s'entoura exclusivement Marie-Antoinette au Petit-Trianon.
Tous les contemporains s'accordent à faire de madame Jules de Polignac" le portrait le plus charmant. « Je n'essaierai point de dépeindre sa figure, » dit madame Lebrun, « cette figure était céleste. » « Son visage était ravissant, » répète madame de Genlis. C'était « la plus céleste figure que l'on pût voir, » dit à son tour le duc de Lé vis, « son regard, son sourire, tous ses traits étaient angéliques. » Tilly n'oublia jamais l'impression qu'elle lui fit, alors qu'il était page, un matin qu'elle lui apparut, venant
{. Dussieux. Histoire du Château de Versailles. On ne sait pas au juste à quelle époque madame de Polignac vint demeurer au palais. C'est au plus tard à la un de 1779.