Bruxelles, 1860, in
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quelques détails intéressants. « Je ne connais rien, » continue le prince, « de plus beau et de mieux travaillé que le temple et le pavillon. La colonnade de Tune et l'intérieur de l'autre sont le comble de la perfection, du goût et de la ciselure. Le rocher et les chutes d'eau feront un superbe effet dans quelque temps, car je parie que les arbres vont se presser de grandir pour faire valoir tous les contrastes de bâtisse, d'eau et de gazon. La rivière se présente à merveille dans un petit moment de ligne droite vers le temple ; le reste de son cours est caché ou vu à propos. Les massifs sont bien distribués et séparent les objets qui seraient trop rapprochés. Il y a une grotte parfaite, bien placée et bien naturelle. Les montagnes ne sont pas des pains de sucre ni de ridicules amphithéâtres; il n'y en a pas une qu'on ne croirait avoir été là du temps de Pharamond. Les plates-bandes de fleurs y sont placées partout agréablement. Il y en avait une à qui je trouvais l'air un peu trop ruban : on doit, je crois, la changer; c'était le seul défaut que j'eusse remarqué. » Il avoue qu'il fut un instant tenté de faire une autre critique, et « comme la louange est fade, » dit-il, « je comptais me permettre cette petite gaieté. » Il avait trouvé, dans une visite précédente, que la rivière coulait avec une trop paresseuse lenteur. « Elle avait de la peine à s'y mettre; si Ton n'y eut employé la force, il semblait qu'elle n'aurait pu se résoudre à quitter ce jardin enchanté. » Mais il se corrige aussitôt : « Je viens de Trianon. Pour mon malheur, l'eau y arrive en abondance et se fait entendre à merveille. Son murmure, auquel je ne m'attendais pas, vient donc de ne pouvoir plus s'arrêter dans cet asile heureux qu'on ne peut abandonner sans regret. » Le reproche, quoiqu'il en dise, était juste : l'eau dort; et le lit de la rivière s'emplit de vase, tandis que la surface se couvre d'une sorte de crasse blanchâtre qu'on enlevait, du temps de Marie- Antoinette, avec des ccumoires en toile et en futaine*. La rivière avait été remplie de poissons : carpes, tan-
1.0^ 1875, 1884. On ne cessa de faire des travaux, mais sans grand succès, pour obtenir des eaux plus abondantes et plus pures. 0* 1876-78, 1880-81, 1883, 1886.
302 LE JARDIN ÀNaLAIS.
chcs, perches, barbillons, afin qu'on pût so livrer au plaisir do la pêche*. Le lac, au pied du belvédère, et les bassins devant le château étaient animés par des bateaux* et par d'élégantes g"oiidoles auxquelles flottait le pavillon de la reine, rayé de bleu ol de blanc*.
A la fin du volume dont on vient d(» lire quelques extraits, le prince de Ligne a inséré des vers de sa composition, assez bien tournés, en l'honneur de l'abbé Delille qu'il appelle : c< nouveau dieu des jardins. » (lie poète, dont les œuvres obtenaient alors du public une faveur qu'elles ont bien perdue depuis, composait, en ce moment même, son poème des Jardins. L'auteur l'a, plus tard, avec la prétention d'en faire un traité complet sur la matière, singulièrement alourdi par des additions qui en ont un peu dénaturé le caractère primitif. Dans sa première forme, c'était un livre de circonstance, écrit pour célébrer ta grande passion du jour qui transformait les princes, les grands seigneurs, les financiers, les bourgeois, tous ceux qui possédaient un palais, un château ou une modeste maison de plaisance, en jardiniers. Le poème doï^ Jarflifis ne parut que Tannée suivante, mais l'auteur en lisait les cliants, au fur et à mesure que les enfantait sa verve, dans les salons et dans les sociétés littéraires. Nous trouvons ces v«»rs un peu froids aujourd'hui : on dit cependant qu'ils furent inspirés par l'amour. C'est pour plaire à la belle madame Le Coulleux du Moley, qui faisait planter le délicieux parc de la Malmaison, que Delille entreprit de traduire les préceptes de Morel dans la langue d'Apolhm*. Son œuvre eut un grand succès. On en trouve trois éditions dès la première année : l'une in-12 pour le public, l'autre dans la collection du comte d'Artois (le prince
3. Voypz la planche XIII. Ces couleurs sont indiquées dans des gouaches conservées au cabinel dos estampes de la bibl. nat. : Topographie, album de ïrianon.
4. Mcm. sec, 22 février, 7juinel23 décembre 1782. —Madame Lebrun, Souvenirs, I, 102.
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paya d'une abbaye Thonneur de Ty insérer)*, la troisième iri-i", magnifiquement imprimée aux frais de Tauteur pour être offerte à ses nobles patrons*. Il y chante les nouveaux jardins du prince de Condé à (ihantilly, du prince de Ligne à BelœiP, du financier Boutin à Tivo]i\ de madame Elisabeth à Montreuil, du marquis de Montosquiou à Maupertuis", de M. de Monvilleau Désert", du duc d'Orléans au Raincy', de la comtesse de Brionne h Limours, de madame de Boufflers à Auteuil, du comte d'Artois à Bagatelle, de M. de Girardin à Ermenonville', du duc de Chartres à Monceaux, de M. de Lamoignon à Bàville, de M. de Malesherbes à Malesherbes, de Watelet à Moulin-Joli, etc. Dans celte énumération, ïrianon ne pouvait être oublié :
Semblable à son auguste et jeune déité,
Trianon joint la grâce avec la majesté.
Pour elle il s'embellit, et s'embellit par elle •.
Si Ton se rappelle ce que Walpole disait, en 1770, du peu de
4. Lettre du chevalier de Vlsle au prince de Ligne, 15 mai^ tT8l, dans les Tableatix de genre et d* histoire, de Barrière: Paris, 1828.
2. «Celte édition, dont on n'a tiré que 200 exemplaires, a été imprimée auï frais de l'auteur avec les nouveaux caractères de François- A m broise Didot, Tainé, avec du papier de France, de la fabri(jue de Mathieu Johannol d'Annonay. Les caractères des notes ont été gravés sous François l*'»', par Claude Garamond. »
3. Lerouge a publié ceux de Boudour qui peut donner une idée de Belœil, cah. vu, pi. 15-18 ; VIII, 16-21. — Voyez aussi : Drfirription des jardins de la France,