‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 163 sur 362 · Marie- Antoinette, Joseph II, etc., Vir BrieftvechseL · texte numérisé non relu

Marie- Antoinette, Joseph II, etc., Vir BrieftvechseL

FÂTES NOCTURNES. Si 3

niable et honnête. » Mais Marie-Antoinette était, en 1781, trop eng-ouée de son amie et de sa société pour écouter de si sages conseils ; il semble même que l'opposition qu'elle trouva contre son penchant dans ceux qui lui étaient le plus sincèrement attachés n'ait eu d'autre résultat que de Taccroître, comme on va le voir dans les chapitres suivants. Le départ de son frère, qui la quitta le 5 août, ne lui causa pas moins de chagrin que la première fois. <c Madame Elisabeth. » rapporte la marquise de Bombelles, « avait soupe la veille avec lui et toute la famille royale ; la Reine se cachait sous son chapeau pour pleurer'... »

Au moment où l'empereur vint en France, la reine était dans le septième mois d'une seconde grossesse. Elle accoucha, le 22 octobre, d'un fils, cette fois. Cet heureux événement, tant souhaité par Timpéralrice sa mère, allait enfin assurer à Marie- Antoinette, pour son malheur, hélas! la situation prépondérante dans l'État que Mercy rêvait pour elle depuis les premiers jours du règne. Quand le dauphin naquit, l'abbé Delille mettait la dernière main au poème des Jardins. Désireux de joindre sa voix aux chants d'allégresse qui s'élevèrent de toutes parts, tandis qu'il décrivait un usage des Lapons qui consiste à attacher le souvenir d'un ami, d'un fils, d'un père, à un arbre planté en son honneur, il s'interrompit pour s'écrier:

Mais landis que tu chantes,

Muse, quels cris dans Tair s'élancent à la fois? U est né, Ftiéritier du sceptre de nos rois. Il est né

Et s'adressant à l'heureuse mère : enfin, lui dit-il.

Enfin, la destinée

Joint au deuil du trépas les fruits de Thyménée, Et mêlant dans tes yeux les larmes et les ris, Quand tu perds une mère, elle te donne un fils.

\. 6 août 1781. Arch. de Seine-et-Oise, E, 433.

214 LE JARDIN ANaLAIS.

D*aulres, dans les transports que ce beau jour inspire.

Animeront la toile ou le marbre, ou la lyre ;

Moi, Thumble ami des champs, j'irai dans ce séjour

Où Flore et les Zéphyrs composent seuls ta cour,

J'irai dans Trianon : là, pour unique hommage.

Je consacre à ton fils des arbres de son âge,

Un bosquet de son nom. Ce simple monument.

Ces liges, de les bois le plus doux ornement,

Tes yeux les verront croître, et, croissant avec elles.

Ton fils viendra chercher leurs ombres fraternelles.

Je ne sais s*ii fut donné suite au vœu exprimé par le poète. Si on le fit, Tenfant ne devait pas voir grandir les arbres consacrés à la mémoire de sa naissance.

Son deuil d'abord , sa grossesse ensuite avaient obligé Marie- Antoinette à renoncer à la comédie de société. Délivrée de celle double entrave, elle revint à son goût favori dès la fin de l'hiver suivaul (1782). La troupe de Trianon mit à l'élude, pendant le carême, une comédie de Boissy, le Sage étourdi^ et une pièce à ariettes de Piis et Barré, la Matinée et la Veillée villageoises ou le Sabot pe7'du. Le chevalier de Flsle, dans une lettre au prince de Ligne, du 13 avril, nous indique la distribution des rôles de celle dernière pièce : « (Vest la Reine, » dit-il, « qui joue Babel, » et plus loin, il assure qu'elle fait à ravir ce personnage ; « madame la comtesse Diane : la mère Thomas ; mesdames de Guiche, de Polignac, de Polastron : les jeimes filles ; le comte d'Eslerhazy : le bailli » (il n'y a point de bailli dans la pièce, mais un magister dont le chevalier de l'Lsle veut sans doute parler ici), « et puis loules les vieilles sont : le baron do Besenval, le comte de Coigny, etc.. M. le comte *** serait un (îolin aussi parfait qu'il est joli, si la voix était toujours l'organe fidèle de l'âme, car vous savez que Tâmo du jeune comte *** n'est pas fausse, et si je prétendais lui faire un crime de ce que sa voix l'est, ce ne serait pas à votre tribunal que je porterais cette accusation. » Il paraît que le prince de Ligne chantait mal, car, dans une lettre antérieure', le chevalier, lui envoyant un couplet, assez mauvais du reste, à l'éloge de la

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