‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 175 sur 362 · Je ne parle pas de Gallot qui n*a retracé que des gueux · texte numérisé non relu

Je ne parle pas de Gallot qui n*a retracé que des gueux

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trouve sur les paysans, les ouvriers, « ces croquants » qui ne comptent pas parmi ce qu'on appelle « les honnêtes gens. » De la bourgeoisie elle-même, que peint-on? Les ridicules. Mais quand il s'agit d'exprimer les grands mouvements de l'âme humaine, c'est seulement chez les héros de l'antiquité ou chez les gens bien nés des temps modernes que les auteurs choisissent leurs personnages. Rousseau écarta cet appareil, et ne voulut voir que l'homme, tel qu'il sort des mains de la nature, abstraction faite de tout rang. Diderot alla encore plus loin, et il prétendit nous intéresser aux idées, aux sentiments, à la condition de ces manants, de ces vilains, si dédaignés jusque-là, et chez lesquels il ne craignit pas d'aller chercher même des héros tragiques. Il fit bientôt école dans le roman, au théâtre, en peinture ; et il s'établit dans le monde artistique et littéraire deux courants contraires. Tandis que les uns, d'un vigoureux coup d'aile, essaieront de remonter aux sources élevées où les grands génies de TantiquiLé ont puisé leurs plus nobles inspirations, les autres prennent leurs modèles tout près d'eux, terre à terre, dans la vie commune; et au moment où débutent Vien et David, nous voyons fleurir Greuze.

Greuze ne nous peint plus, comme Lancret et Van Loo, des bergers et des bergères de convention. Ce sont de vrais villageois, un peu idéalisés sans doute, mais c'est le costume, l'habitation, l'ameublement qu'on a au village. Il veut nous prouver que, dans les conditions les plus humbles, on peut rencontrer la grandeur, la grâce, l'émotion poignante ou les sentiments aimables, et il réussit. Ce père maudissant son fils, ce fils prodigue devant le lit de mort de son père, sont aussi dramatiques et aussi nobles que les personnages de la Grèce et de Rome; et trouvat-on jamais, sous les atours des grandes dames, rien de plus frais, de plus élégant, de plus désirable, que la savonneuse qui appartient à madame la comtesse de La Ferronnays, ou la pelotonneuse que possède madame la duchesse de Sesto, ou l'accordée de village du Louvre, avec son simple bonnet, son tablier blanc, et sa robe de toile grossière. La mode qui, à la fin du

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xviif siècle, eut toutes les fantaisies, s'éprit des mœurs bourgeoises et campagnardes. Le mépris des grandeurs, Tamour de la simplicité, la condescendance des grands pour les petits, devinrent le thème favori des écrits et des conversations. Les grands seigneurs, que la diminution progressive de la représentation à la cour, depuis le commencement du règne, reléguait dans leurs châteaux, vécurent davantage avec leur curé, leur bailli, leurs tenanciers dont ils voulurent devenir la providence. On imita partout M. Élie de Beaumont qui, dans son domaine de Canon, avait, en 1777*, institué une fête des bonnes gens, où s'étaient publiquement distribuées des récompenses à un vieillard béni par sa famille, à un bon père entouré de ses enfants, à la fille la plus dévouée à ses parents. On en frappa une médaille*; et, que ne peut faire la mode ? la fête des bonnes gens fut placée sous le patronage du comte d'Artois'! Le Mariage de Figaro^ que Beaumarchais écrivait en 1782, nous a laissé de ce moment un tableau fidèle. Le comte Almaviva vit dans ses terres : le loup est devenu berger. Il se fait bénir par ses vassaux en supprimant le plus odieux des droits de la féodalité ; et nous voyons défiler un bailli grotesque, comme dans les proverbes de Collé, et des chœurs de villageois et de villageoises, comme dans les opérascomiques de Sedaine.

De là, à comprendre les bâtiments rustiques dans les motifs de décoration des jardins « paysagers, » il n'y a qu'un pas. Duchesne, le botaniste que nous avons cité à propos des potagers de Louis XY, expose la théorie de ces fantaisies nouvelles. Il nous décrit « une ferme ornée, dont la laiterie et la basse-cour

\. Mercure de France^ novembre 1777. — Le volume du mois d'août nSO contient la description d'une fêle céréale y établie par Guenot, curé de Ghevannay. Elle se terminait par un repas où les laboureurs couronnés avaient les premières places.

2. On en trouve plusieurs exemplaires mentionnés dans l'inventaire de Mique.

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