‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 176 sur 362 · Mercure de France, février · texte numérisé non relu

Mercure de France, février

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procurent près du logis les jouissances qu'auparavant on prenait la peine d'aller chercher au loin. C'est vouloir, » dit-il, « ramener, au milieu du luxe, la vie rustique de nos vertueux ancêtres, en copiant du moins leurs habitations dont nous trouvons encore une vive image dans les masures cauchoises, si conformes à la description que le bolonais Grescenzi faisait, au xn" siècle*, d'un manoir de campagne. » Qui se serait attendu à voir citer, en cette occurrence, les Prouffits champestres et ruraux que Charles V avait, en 1373, fait translater du latin en langage français? « Un vaste enclos entouré de fossés sur lesquels sont plantés, au milieu d'une double haie, un rang d'arbres serrés, surtout de frênes, plus propres à rompre le vent; des barrières très légères, quoique souvent couvertes d'un porche ^rand et élevé ; — dans l'intérieur, le verger des pommiers et poiriers, destinés à fournir les fruits à couteau et la boisson de toute la famille, le dessous couvert d'une pelouse toujours habitée par des bestiaux et des volailles ; — les bâtiments placés au centre, mais séparés les uns des autres: le corps de logis du maître, celui des valets, les granges, la charrctlerie, le four ; — différents petits enclos de jardins pour les légumes ou pour quelques menus grains, le plus orné tenant à la maison principale, mais sans faste aussi bien qu'elle ; — toutes les cours ou masures d'une paroisse, rassemblées aux environs de l'église, mais le plus souvent séparées les unes des autres par des chemins, quelquefois par des ruisseaux, formant ainsi chacune un îlot, ou, comme on dit en Languedoc, une condamine, et présentant de loin, par leur réunion, l'image d'un bois plutôt que celle d'un village... — La seule innovation, en renouvelant les masures normandes, était d'incorporer dans cet enclos utile diverses plantations de pur agrément..., et de chercher par leur position à composer des perspectives intéressantes. On a même vu des

1. Duchesne commet ici un anachronisme : l'on vragc auquel il fait allusion a été écrit de 1304 à 1309.

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amateurs se faire un plaisir de construire dans ce dessein des ruines supposées d'anciens édifices, soit de composition, soit copiées fidèlement d'après quelque monument connu : un temple grec, une église gothique, une pagode. C'était modeler en relief les sujets ordinaires de nos tableaux de perspective ; et vraisemblablement, à ne considérer que le plaisir des yeux, ce qui est goûté mémo en peinture doit l'être également en réalité, » sans qu'on puisse se dissimuler pourtant que « les ruines factices sont privées du point principal qui produit l'intérêt dans l'examen dos ruines antiques, savoir : la vérité. »

Quand Duché sne écrivait son Traité sur la formation desjardim\ le prince de Condé venait de construire le hameau dont on voit encore les restes à Chantilly. Il se trouve, dit une description contemporaine, « sur les bords du canal, à l'extrémité du jardin anglais et sur un vaste lapis de gazon couvert de quelques arbres épars. Il est composé de sept bâtiments disposés sans symétrie, et laissant entre eux un espace en forme de place irrégulière, où l'on n'a pas oublié l'orme antique, sous lequel se réunissent l<?s habitants du lieu... Quatre de ces maisons représentent extérieurement une étable et une laiterie, un moulin, un cabaret de village et une grange ; les autres paraissent être de simples maisons de paysans... — Le bâtiment destiné à l'étable et à la laiterie sert réellement aux usages relatifs au nom qu'on lui a donné. — Il en est do même du moulin ; il renferme tous les instruments nécessaires à la moulure des grains ; une chute d'eau fait tourner la meule et le bluleau.Il est habité par une meunière qui préside, dans l'occasion, à la fabrication de la farine ; une pièce voisine contient un pétrin, un four et un bûcher, et, à côté, est le jardin du meunier. — Le cabaret a tout l'extérieur d'un cabaret de village : il est accosté d'un petit berceau destiné aux buveurs ; à côté, est un puits, et, plus loin, une palissade enferme un jardin planté de légumes et d'arbres fruitiers ; mais l'intérieur est une cuisine pourvue de tous les ustensiles nécessaires. — Deux

\, Paris, 4775, in-S*».

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autres de ces maisons renferment : l'une, un cabinet de lecture orné d'armoires en bibliothèques, remplies de livres, et l'autre, une salle de billard décorée de trophées de jardinage... » Toutes ces maisons, ainsi qu'une salle à manger et une grange dont nous parlerons tout à l'heure, avaient été élevées sur les dessins et sous la direction de Le Roi, architecte du prince. Elles étaient entourées d'un fossé d'eau vive qu'on traversait sur plusieurs petits ponts en bois.

Ces diverses fabriques étaient couvertes de chaume, et « présentaient l'extérieur d'une rustique simplicité, mais l'inlérieur offrait un contraste frappant ». Tous ces rois, ces empereurs qui se promenaient à travers l'Europe, sans suite, sans apparat, logeant dans des hôtels garnis, jouissant intérieurement de la pensée que leur majesté rayonnait à travers leur incognito comme le soleil dans un nuage, ne s'amusaient à ce jeu que parce qu'ils savaient n'avoir qu'un mot à dire pour se voir entourés tout à coup des pompes et des honneurs souverains. On raffolait alors de changements à vue, de surprises, d'enchantements, comme dans les féeries. Ces têtes en ébullition qui discutaient les problèmes les plus ardus de la philosophie et de la politique, qui se frayaient des voies nouvelles dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, qui se passionnaient pour les voyages de découvertes, qui exhumaient les souvenirs et les monuments des générations éteintes, qui brisaient les barrières de l'esprit latin pour s'ouvrir aux influences de la Germanie et de l'Angleterre, n'avaient pas encore assez de toute cette fermentation d'idées : il leur fallait le rêve, l'impossible, le merveilleux. On dévorait les contes de fées : contes de Perrault, de la comtesse d'Aulnoy, de la comtesse de Murât, de mademoiselle de La Force, de mademoiselle Lhéritier, d'Hamilton, contes arabes, contes persans. Et il ne faut pas croire que ce soient seulement des personnes frivoles qui s'en amusent: les hommes les plus sérieux ne dédaignent pas de les lire. Le duc de Choiseul, à Chanteloup, y cherchait une consolation à sa disgrâce ; l'abbé Barthélémy et madame Du Deffand étaient oc-

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cupés à en fournir sa bibliothèque*. « M. de Choiseul, » écrit la duchesse, sa femme, « se fait lire des contes de fées toute la journée. C'est une lecture à laquelle nous nous sommes tous mis ; nous la trouvons aussi vraisemblable que l'histoire moderne. » Les contes de fées ne manquaient pas dans la bibliothèque de la reine à Trianon*. L'engouement pour ces lectures devint tel que, en 1785, un libraire entreprit d'en publier une immense collection, avec de délicieuses gravures de Marillier, en quarante et un volumes in-8**, qui n épuisa pas la soif du public pour ce genre de fictions, car trente-neuf volumes de voyages imaginaires*, qui suivirent, trouvèrent encore des amateurs.

Les hameaux bâtis dans les parcs des grands seigneurs ménageaient aux visiteurs les surprises de la magie. On s'amusait bien, un instant, à la vacherie et au moulin, mais on n'entendait pas vivre soi-même en meunier ou en paysan. Quand on mettait le pied survie seuil d'une chaumière croulante, la fée, qui changea pour Cendrillon une citrouille en carrosse et des souris en chevaux magnifiquement caparaçonnés, la touchait de sa baguette, et, en ouvrant la porte, on se trouvait dans un palais enchanté. A Chaillot, chez le comte d'Harcourt", c'était l'intérieur d'une tente, décorée de trophées militaires, qui s'offrait tout à coup aux regards.

A Chantilly , les murs d'une grange délabrée, percés de mauvaises lucarnes aux vitres garnies de plomb, cachaient un salon superbe. « Des pilastres corinthiens accouplés, rouges, cannelés en argent, entourés de guirlandes de fleurs, en décorent le pourtour; ils supportent un entablement dont la frise est ornée de consoles et de guirlandes qui serpentent autour de la corniche. Le plafond représente un ciel où l'on

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