Paris, 1787-1789, in-S», (îg
o. Lerouge, cah. XI, pi. 10.
voit des Amours qui jouent enlr'eux et qui tiennent des guirlandes de fleurs. Les croisées et les entre-deux des pilastres sont décorés de glaces, dont des moitiés de candélabres couvrent les joints, et accompagnés de rideaux en taffetas rose, bordés d'une crépine et de glands en argent, relevés avec grâce ; la richesse et la beauté de T ameublement répondent à cette magnificence. Deux cabinets, dont un de tric-trac, accompagnent ce salon. » — Non loin de là, une maison de paysan ménage une autre surprise. On croit entrer dans une habitation rustique, et Ton se voit sous une épaisse voûte de verdure, telle qu'en pourrait former un bois touffu dont les arbres entrecroiseraient leurs rameaux. « Quelques ouvertures ménagées avec art entre les branches et fermées par des glaces, sur lesquelles sont peints des feuillages qui paraissent s'échapper des arbres voisins, lais.sent passer la lumière du jour d'une manière qui donne l'impression de la majesté et du mystère des forêts. Les sièges de cette salle sont formés de canapés de gazon et de troncs d'arbres ; elle est parsemée de groupes de fleurs plantées en terre, distribués irrégulièrement*. » La baronne d'Oberkirch y soupa, au mois de juin 1782. Après le repas, on la conduisit au milieu des bois dans un kiosque chinois surmonté d'une lanterne, où étaient cachés des musiciens faisant entendre un concert qui paraissait venir du ciel*.
C'est un hameau de ce genre que la reine voulait avoir à Trianon et que Mique étudiait pour elle. On répète partout que ce village d'opéra-comique a été dessiné par Hubert Robert. Je ne sais sur la foi de quel témoignage repose cette attribution ; mais le nom de cet artiste ne se trouve pas une seule fois mentionné dans les comptes. On trouve au contraire, dans les dossiers des bâtiments, des plans, coupes et élévations de la main de Mique, et l'on relève, dans les mémoires, des sommes payées
1. Voyage pittoresque de la France, l. VI. -- Description pittoresque de la France. — D'Argenville, Voyage pittoresque des environs de Pans, 1779. — Mém. scc.,2 juillet 1770.
2, Mémoires; f, 274.
PATSANNERIBS ET FÉERIES. 237
aux peintres Frérel et Châtelet * pour des croquis de paysages destinés au hameau. C'est Henry, inspecteur placé sous les ordres de Mique, qui exécute les modèles en relief*, où l'on s'amuse à placer jus^ju'à de microscopiques instruments de labourage et de pêche\ Nous allons suivre, pendant les années 1783, 1784 et 1785, les progrès de ces constructions, dont Tcusemble ne s'achèvera qu'en 1787.
\. Arch. nat. Oii879, 1884.
Jardinage. — Comédie de société : les Sabots^ les deux Chasseurs et la Laitière^
Isabelle et Gertrude, — Fête en l'honneur de la duchesse de Manchester.
Construction du hameau.
La ruine. — Chanson de Marlborough. — Madame Poitrine, nourrice du dauphin.
John Eggleton, jardinier anglais.
Plantation du nouveau jardin. — Travaux d'Antoine Richard.
Les Mémoires secrets rapportent, à la date du 1" mai 1783, que madame Elisabeth , « touchée depuis longtemps du bel exemple de sa tante, madame Louise, avait le désir de se faire religieuse. » Le roi s'y était opposé, en déclarant qu'il fallait que sa sœur, avant de prendre une décision si grave, eût atteint l'âge de vingt-cinq ans, et que, « alors même, il délibérerait s'il était de la sagesse d y consentir. » Devant cette opposition, madame Elisabeth aurait résolu de quitter furtivement la cour pour se réfugier chez les carmélites de Saint-Denis. Mais la reine, instruite du jour fixé pour la fuite, invita adroitement sa bellesœur à Trianon, et la garda auprès d'elle « jusqu'à ce qu'on eut rompu la chaîne de cette pieuse intrigue par l'expulsion de ses agents. » Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit? Le biographe de madame Elisabeth eût pu sans doute nous le dire ; il a préféré garder le silence sur la question. La nouvelle racontée par les Mémoires secrets ne doit pas être entièrement controuvée, car le
comte d'Hézecques dit dans ses Souvenirs* : « A mon arrivée à la cour, on ne parlait que du désir de madame Elisabeth d'entrer en religion et de prendre le voile à Saint-Cyr... Le Roi n'y voulut jamais consentir. » On croirait, d'après le texte des Mémoires secrets, que la reine était alors établie à Trianon. Mais le journal de Louis XVI nous apprend qu'il n'y eut pas de voyage à ce château avant le mois de juin. Si les faits racontés par le chroniqueur sont exacts, il s'agit, non d'un séjour, mais d'une promenade à Trianon.
Marie-Antoinette devait, dès les premiers jours du printemps, venir fréquemment passer la journée dans cette résidence qui, grâce aux soins d'Antoine Richard , était délicieuse à ce moment de Tannée. Claude avait pris sa retraite*, et son fils dirigeait seul les jardins depuis le mois de juillet 4782. Si la reine s'était montrée peu soucieuse de garder sous ses fenêtres les parterres botaniques méthodiquement ordonnés par Bernard de Jussieu, il ne fut pas du moins difficile de l'intéresser à la culture des plantes d'ornement. En 4779, un robinia avait fleuri dans les serres de Trianon'; sur son ordre, madame Regnault, auteur de la Botanique mise à la portée de tout le monde ^ fut chargée de le peindre et de le graver. La reine se fit envoyer par l'empereur, en 4782, plusieurs caisses de fleurs*. Richard obtint d'elle la construction de nouvelles serres autour du bassin du Trèfle, et peu à peu l'horticulture reprit à Trianon la place qu'elle y tenait du temps de Louis XV. En 4783, ces serres ne contenaient pas moins de deux mille trois cent cinquante arbustes à fleurs, sans parler de huit mille pots et d'un grand nombre d'arbres à fruits, parmi lesquels on comptait trois cent soixante-dix pêchers. Dans le jardin fleuriste, Richard réunissait de pré-
2. II mourut deux ans après, le 21 novembre 1784. Arch. nat., OM879. — Son fils ne fut plus, comme lui, payé directement par le roi. Voy. le livre des dépenses particulières de Louis XVI.