c. VI
LBS BNFANTS ROYAUX A TRIANON. 269
D'après madame Gampan*, dont le témoignage ici est appuyé par le comte de La Mark, c'était la présence au ministère de M. de Galonné; sa nomination était l'ouvrage des amis de madame de Polignac, unis au comte d'Artois. « La reine en eut un déplaisir extrême, et son intimité avec la duchesse commença à en souffrir : c'est à celle époque qu'elle disait que, lorsque les souverains avaient des favoris, ils élevaient auprès d'eux des puissances qui, encensées d'abord pour leurs maîtres, finissaient par l'être pour elles-mêmes, avaient un parti dans l'État, agissaient seules, et faisaient retomber le blâme de leurs actions sur les souverains auxquels ils devaient leur crédit. Les inconvénients de la vie privée, pour une souveraine, frappaient alors la reine sous tous les rapports; elle m'en entretenait avec confiance, et m'a souvent dit que j'étais la seule personne instruite des chagrins que ses habitudes de société lui donnaient; mais qu'il fallait supporter des peines dont on était seul l'auteur; que l'inconstance dans une amitié telle que celle qui l'avait liée à la duchesse, et une rupture totale, avaient des inconvénients encore plus graves et ne pouvaient amener que de nouveaux torts. »
En 1784, la reine donna un rival à Trianon par l'acquisition de Saint-Cloud. Elle ne s'y établit pas encore cette année, mais, à partir de 1785, elle partagera pendant la belle saison son temps entre ces deux résidences. La première idée d'avoir Saint- Cloud « lui était venue un jour qu'elle s'y promenait en calèche avec la duchesse de Polignac et la comtesse Diane ; elle en parla au roi à qui cela convint très fort. » M""* Campan * a raconté en détail les circonstances de la donation de cette nouvelle propriété à la reine, et la recrudescence d'impopularité qui en fut la suite pour cette princesse, que n'éclairaient ni les bons conseils ni l'expérience, et le mot sanglant du conseiller d'Épresménil qui déclara « qu'il était également impolitique et immoral de voir des palais appartenir à une reine de France. » A peine en
possession de cette seconde résidence, elle résolut d'y faire exécuter de grands travaux ; les gazettes rapportent les bruits qui coururent à ce sujet : « La Reine, » dit la Correspondance secrète*, « va faire construire à Saint-Cloud des jardins anglais. Pour leur donner plus d'étendue, on a renvoyé les missionnaires desservant la chapelle du château qui sera convertie en salle de
spectacle. L'hôpital sera détruit et les Ursulines congédiées
Ainsi la manie des jardins anglais va recommencer, ù On parle aussi de reconstruire le château qui est insuffisant, et d'employer à cette dépense les fonds destinés au musée du Louvre. « Mique fait des plans d'agrandissement évalués à plusieurs millions*. » On n'eut pas le temps de réaliser ces beaux projets.
Un peu avant qu'on achetât Saint-Cloud pour la reine, le roi avait fait réunir à la couronne le domaine de Rambouillet, qu'il convoitait depuis longtemps à cause de ses magnifiques chasses. Cette double acquisition changea les habitudes de la cour de France. Les voyages périodiques dans les diverses résidences royales furent abandonnés. Le roi essaya d'attirer la reine à Rambouillet ; mais le château lui parut laid et triste, et elle n'y voulut pas retourner. La reine, de son côté, avait pensé tenir la cour à Saint-Cloud, qui lui plaisait à cause « de la facilité qu'elle y avait de venir aux spectacles de la capitale toutes les fois qu'elle en avait l'envie, » et elle décida le roi à l'y accompagner au mois de septembre 178S'. Mais Louis XVI ne trouva pas le séjour à son goût : « il n'y voyait, » dit-il, « que des croquants et des catins*, » et il refusa désormais de s'y établir. Il n'y eut plus que le voyage de Fontainebleau où la cour continuât à se rendre en octobre et novembre". Le roi allait fré-
i. Lescure, I, 573. — La correspondance de Métra reproduit la nouvelle en termes identiques, 16 juin ilS6.
2. 0. Métra, 31 août nSo.— Mique reçut, à cette occasion, une augmentation de traitement de 4,000 livres.
3. Pendant ce mois, tous les actes royaux sont datés de Saint-Cloud.