STYLE LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS
Styles Louis XIV et Louis XV. — L'architecte Gabriel. — Essai de renaissance.
Jnrdiu antique, jardin français, jardin hollandais.
Parc anglais. — Jardin chinois. — L'homme sensible et le Jardin de la nature.
Gessner. — Mort de Louis XV.
Le xvii* siècle avait laissé un corps de traditions et de doctrines où tout se tenait : dogmes religieux et théories philosophiques, organisation sociale, principes littéraires, productions «le Tart et de l'industrie, tout, dis-je, jusqu'aux fantaisies de la mode. L'esprit, les opinions, les manières, le costume, l'habitation, l'ameublement d'un Français de ce temps-là constituent un ensemble où vous ne trouvez pas une disparate; il va jusqu'à se faire une tête de convention qui s'adapte au cadre dans lequel il se meut en cadence, et jusqu'à prétendre imprimerie même cachet au paysage qui l'entoure. L'écrivain ou l'artiste s'est tellement imprégné des influences de ce milieu qu'il est devenu incapable de traduire la littérature ou l'art des peuples étrangers sous d'autres formes que celles dont son intelligence et sa main ont contracté l'habitude. Les Grecs et les Romains de ('orneille et de Racine ont, sur le théâtre, les panaches et la perruque du grand roi et parlent en héros gentilshommes. Regardez, dans les gravures de cette époque, les représentations des monuments gothiques: vous les y trouverez rajeunis à la mode de Bcrnin; et quand le père Kirscher voudra faire reproduire , dans son livre sur l'Egypte, les illustrations des sarcophages et des cercueils de
momies, le dessinateur ne pourra s'empêcher de donner aux visages la physionomie de ses contemporains.
Au xvni" siècle, les formes littéraires et artistiques sont à peine modifiées, et dans cet ensemble harmonieux on ne constate encore, en 1760, Tintrusion d'aucun élément étranger, (je ne parle pas de la philosophie, de la religion et de la politique, qui n'ont rien à voir avec le sujet de ce livre). On ne sait pas davantage, dans les deux premiers tiers du xvni'* siècle, traduire fidèlement, et sans y mettre du sien, les monuments d'une civilisation différente, témoin le grand ouvrage de dom Bernard de Montfaucon sur l'antiquité, aux nombreuses figures duquel ce qui manque surtout, c'est le style antique.
Vers 1760, dans le domaine de l'architecture, apparaît une nouveauté. Deux édifices bâtis par Gabriel, l'École militaire et le Garde-meuble, au lieu des contours alourdis et prétentieusement tourmentés de l'école du Bernin, offrent aux yeux des lignes droites, simples, élégantes. A Trianon, ces deux systèmes sont en présence et, ce qui rend la comparaison piquante, c'est dans deux constructions dirigées par un même architecte. De 1749 à 1752, Gabriel, qui ne s'est pas encore affranchi de l'influence de D'Aviler, élève le pavillon de conversation et le décore suivant le goût du jour. Qu'on jette un coup d'œil aussi sur les dessins des lambris du salon frais (/?/. Y), et qu'on dise si la signature d'Oppcnord n'y figurerait pas à merveille. Dix ans après, le même Gabriel a transformé sa manière, et il bâtit le château dans un style nouveau auquel l'histoire de l'art donnera le nom de style Louis XVI y parce que c'est sous le règne du successeur de Louis XV qu'il est arrivé à son entier épanouissement.
Le château du Petit-Trianon est d'autant plus intéressant à étudier sous ce rapport qu'il marque, surtout dans la décoration intérieure, la transition entre les deux genres. Dans les salles à manger, dans le cabinet du roi et le salon de compagnie, se voient les trophées, les attributs chers à l'ancienne école; mais, si la coquille traditionnelle et son entourage ordinaire, au sommet des panneaux rappellent le style Pompadour, les chaînes de fleurs et