TTLB LOUIS XVI BT JARDINS ANGLO-CHINOIS
de fniits sculptées dans la partie inférieure s'inspirent de l'élégance sobre de l'antique. Rien surtout n'est plus remarquable que les soubassements du salon de compagnie, avec ce fonds de tournesols en demi-relief et ces branches de lis sous des couronnes de roses*; et encore les cheminées de cette pièce et de la grande salle à manger, toutes deux coupées carrément : celle-ci, reposant sur deux têtes de bélier et couverte de pommes, de poires, de raisins; l'autre, ornée d'une fleur de lis au milieu d un entourage d'asters et de lauriers, avec de grosses guirlandes de feuilles retombant le long des montants*. Que l'on compare toute cette décoration {pi. VIII), avec celle du salon frais [pL V), et l'on appréciera l'originalité de la seconde manière de Gabriel.
D'où pouvait venir ce changement dans les idées du premier architecte du roi? Le voici : depuis plusieurs années, un groupe d^artistes essayait de réagir contre les méhodes de D'Aviler et d'Oppenord, en étudiant de plus près les beaux modèles de l'antiquité classique. François Blondel, professeur à l'académie royale d'architecture, était à la tête de ce mouvement. Un de ses élèves, Jean-David Le Roy*, voulut remonter à la source même de l'art et, laissant Rome qui, seule jusque-là, avait donné matière aux observations des architectes, il alla en Grèce étudier les œuvres des maîtres. Il en rapporta, au moment où se préparaient les projets de l'École militaire et du Garde-meuble, une importante collection de dessins*. Leur vue donna sans doute une im-
\, Toute celle admirable menuiserie a été exécutée par Guesnon et Clicot. 3. Ces sculptures sont de Guibert.
3. Fils de rhorloger Julien Le Roy. Il eut deux frères qui se distinguèrent : Tun, chimiste et médecin 1res en vogue, se nommait Charles; Tautre, Pierre, sui\it la carrière paternelle et perfectionna les chronomètres marins.
4. Le Roy les publia avec un texte explicatif sous ce titre : Les ruines des plus beaux monumens de la Grèce; Paris, 1758, m-f^ max. fig. Une seconde édition, corrigée et augmentée, parut en i770. — L'année précédente, on avait édité à Londres, en français, un ouvrage du même genre : Les ruines de Balbec, autrement dite HéliopoliSf dans la Cœlosyrie, par Robert Wood, in-folio,
pulsion nouvelle au talent de Gabriel, qui se mit à suivre plus directement l'antiquité, comme on faisait auxvi° siècle, sans la copier servilement. Les formes qu'il lui emprunta passèrent bientôt de la façade extérieure aux appartements, et des lambris au mobilier. C'est alors qu'on vit naître, dans toutes les branches de la décoration, ces ouvrages d'un goût si fin et si délicat que les amateurs se disputent aujourd'hui. On put croire, un moment, qu'un rameau vigoureux allait repousser et fleurir sur le vieux tronc de la Renaissance ; malheureusement la sève manqua. Dans ce retour à l'antiquité, l'archéologue étouffa l'artiste.
Les générations qui se succédèrent de François I" à Louis XV se nourriront, à la vérité, constamment des œuvres classiques, dont l'influence sur les lettres et les arts est sensible durant ces trois siècles; mais cet aliment, elles le digéraient pour l'identifier, en le transformant, avec les idées et le goût dominants. C'est encore là ce que firent Gabriel et son école. Mais Le Roy lui-même ne saura se tenir dans de si sages limites. Professeur adjoint à l'académie royale d'architecture, puis titulaire à la mort de BlondeP, il en viendra, dans son enseignement, à proscrire tout ce qui n'est pas exclusivement grec ou romain*. La diffusion des théories de Winkelmann* achèvera cette révolution du goût, et le culte de l'antiquité sera poussé jusqu'au fanatisme. Il ne s'agira plus de s'en inspirer, il faudra la reproduire scrupuleusement. L'exhumation d'Herculanum et la publication des peintures et des bronzes retrouvés sous ses ruines viennent à point* pour fournir des modèles que l'on copiera partout. Les artistes acquerront peu à peu, pour l'interprétation des styles étrangers, l'aptitude qui leur manquait, mais ce sera aux dépens de l'origi-
i. Il en était en même temps rhisloriographe. 0* 1084.
2. Il osera plus tard prendre Tinitiative d*une reconstruction complète du château de Versailles, du côté de la ville, dans le goût greco-romain. Dussieux, Le chttteau (le Versailles; Versailles, L. Bernard, 1881, 2 v. in-8°, II, 70.
3. Une première traduction de L'art dans Vnniiquitéy à la vérité très défectueuse, parut dès 1764.