LB JARDIN DB LA RBINB
sible à ce cadeau.... Elle a répondu au Roi en riant qu'elle accep-i lait le Petit-Trianon^ à condition qu'il n'y viendrait que lorsqu'il y serait invité. » Quelque étrange que puisse paraître une telle condition , elle n*est cependant pas éloignée de toute vraisemblance. Mercy remarque que la reine « se formait une trop mince idée du caractère et des facultés morales de son époux '. » Dévoué au bien public, économe jusqu'à la minutie, réglé dans ses habitudes, laborieux et appliqué, sérieusement instruit, ses qualités mêmes n'étaient pas de nature à être appréciées par une petite tète frivole et dissipée. Ce n'étaient pas ses goûts qui pouvaient le rendre attrayant : il n'aimait que la chasse et les travaux mécaniques. « Le Roi, » disait le marquis de Créquy, « est un serrurier. » Gauche dans ses manières, avec une démarche lourde et comme titubante, d'un embonpoint précoce; d'ailleurs irrésolu, débonnaire jusqu'à la faiblesse, malgré des coups de boutoir parfois désobligeants, absolument nul alors au point de vue conjugal, il n'avait rien qui pût inspirer à une jeune femme l'amour ou le respect. Marie-Antoinette l'appelait « le pauvre homme » dans le cercle de ses intimes, où, quand il gênait, on avançait la pendule pour le faire aller coucher plus tôt*. Il n'est donc pas étpnnant qu'elle ne voulût pas en être embarrassée, dans la retraite où elle rêvait d'échapper à tout ce qui l'ennuyait à la cour. Exprimée ou non, la condition dont parlent les Mémoires secrets ' sera tenue : en fait, jamais Louis XYI ne partagera l'appartement de la reine au Petit-Trîanon. Il viendra se promener dans le jardin, dînera, soupera au château, puis il rentrera régulièrement à Versailles'.
En parlant du don fait à Marie- Antoinette, les Mémoires secrets notent que celte résidence « a changé de nom et s'appelle aujourd'hui le Petit- Vienne. » A ce sujet, madame Campan raconte
2. Voy. Madame Campan, Besenval, le comte d'Hézecques, le prince de Ligne, Mercy, etc.