PLAN DU JARDINIER ANTOINE RICHARD
kiosques, un temple de Diane à la romaine, mie pagode et mie volière chinoises, une autre volière et des bains à la turque, une vacherie et une bergerie. Deux rivières. Tune partant du mur, élevé au milieu du grand fleuriste qui s*étend devant la maison de Richard, l'autre du coin sud du même fleuriste, près des poulaillers, devaient se réunir au nord et redescendre vers Test, après avoir formé trois petites îles et une grande. Des rochers on marquaient les sources, des rochers en faisaient dévier le cours. Une multitude de petits bosquets, disséminés çà et là, cachaient des surprises, assez médiocres, si Ton en juge par les dessins do Richard. Le petit lac pointu devant la pagode (10) n'avait rien de bien séduisant, pas plus que le théâtre de verdure, vieille machine empruntée à la plus mauvaise tradition des jardins français : figurez-vous une vaste scène de charmille dont le fond était décoré d'une niche, avec une suite de panneaux de feuillage tondu, disposés comme des portants de coulisses*. Un lacis de chemins en zigzag, où chaque pas néc;3ssitait une pirouette, couvrait le jardin. On reconnaît cependant le botaniste au soin avec lequel il conserve les serres bâties par Louis XV, et à l'imporlance qu'il donne aux plantations d'arbres; des salles de tulipiers et de mélèzes sont indiquées sur son plan, et même on y voit numérotés des arbres isolés : saules de Babylone, arbres de Judée, bouleaux du Canada, micocouliers, qui devaient faire l'ornement des pelouses. Mais le grand défaut de son projet, c'est la monotonie des arrangements sur les trois faces du château. De tous côtés, la perspective y est bornée à des parterres réguliers, ornés de bassins et de jets d'eau, genre suranné que condamnait le goût nouveau. Or, ce que la jeune reine voulait, c'était avant tout un jardin à la mode : le projet de Richard ne la satisfit donc que médiocrement.
Sur ces entrefaites, la princesse de Beauvau lui vanta le talent
1. Antoine Richard a publié dans la collection Lerouge les plans et élévations de ces fabriques. Cah. VI, pi. 19, 22^ 23.
d*un amateur, le comte de Garaman, oflficier général', « plein de connaissances et d'activité, » suivant le duc de Lauzun; ce qui n'excluait pas chez lui les qualités aimables. Madame de Genlis, dans ses Mémoires*^ le représente comme un boute-en-train, ingénieux à organiser des divertissements. Il avait planté, à Roissy, un parc anglais dont on parlait beaucoup', et dessiné dans le même goût un assez joli jardin derrière son hôtel de la rue Saint- ^ Dominique*. Marie- Antoinette voulut voir ce dernier. Elle s'y rendit, le samedi 23 juillet', accompagnée des princesses Clotilde et Elisabeth, de Mademoiselle (la future duchesse de Bourbon) et de mesdames de Marsan, de Bourdeilles et de Bonac. Madame de Beauvau, qui avait inspiré cette curiosité, l'attendait dans la maison avec son mari. Madame de Garaman, entourée de trois de ses filles, accueillit Marie-Antoinette. La plus jeune qui avait dix ans, habillée en paysanne, comme fille du jardinier, présenta des bouquets aux visiteuses. « La reine combla le përe, la mère et les enfants de toutes les marques de bonté et de toutes les grâces imaginables. Elle y resta une heure et demie, y fit la collation et charma tout le monde. » Elle permit à M. de Garaman de lui soumettre un plan pour son jardin de Trianon. Quelque temps après, elle alla à Moulin-Joli, jardin chinois, remarquable surtout par un pont chargé de pots de fleurs, d'où on avait une vue délicieuse sur la vallée de la Seine. Son possesseur, M. Watelet, peintre et poète, revendiquait pour les paysa-
4. Prince de Montbarey. Mémoires au^ogrqp^s; Paris, 1825,3 v. in-8»,U,78. — Comte de Tilly. Mémoires; Paris, 1830, 3 v. in-8^ I, 251, 311.