‹ Le Petit-Trianon (volume 2)Chapitre 58 sur 362 · PLANS DU JARDINIER ANTOINE RICHARD ET DU COMTE DE CARAMAN · texte numérisé non relu

PLANS DU JARDINIER ANTOINE RICHARD ET DU COMTE DE CARAMAN

Jardin pittoresque ou paysager. — Rejet du pian de Richard. — Le

comte de Caraman. — L'architecte Mique.

Résistance de Turgot. — Jardins anglais en coiffure.

La reine, pour le jardin qu'elle projetait, demanda d'abord un plan à Antoine Richard \ Le jardinier-botaniste-adjoint de Trianon avait été, on s'en souvient, sous Louis XV, visiter l'Angleterre, au moment même où l'imitation de la méthode chinoise y faisait fureur. Il semblait donc tout préparé à l'œuvre que Marie-Antoinette lui demandait. Aussi ne se fit-il pas attendre, et, peu de jours après, il lui apporta un tracé que nous mettons sous les yeux du lecteur (pi. X).

Il y a deux manières d'entendre la formation d'un jardin « pittoresque ou paysager. » La première, et la seule qui soit judicieuse, consiste à profiter des éléments que le terrain, le site, le climat mettent spontanément à la disposition de l'artiste, dont la tâche se borne à faire ressortir les beautés, en masquant les défauts. L'autre a la prétention de réunir en un espace donné tout ce qu'il y a dans la nature : montagnes, rochers, rivières, cascades, îles, lacs, etc., sans s'inquiéter seulement de la vraisemblance. Ce dernier système, il faut le dire, était alors plus

i. Archiv. nat.OH879.

goûté que le premier. « Si Ton veut faire d'un jardin pittoresque un pays d'illusions, »dit Carmontelle*, « pourquoi s'y refuser? On ne s'amuse que d'illusions... Transportons dans nos jardins les changements de scène des opéras ; faisons-y voir en réalité ce que les plus habiles peintres pourraient y offrir en décorations : tous les temps, tous les lieux. » Un théoricien de jardinage, Whately, dont le livre venait d'être traduit en français, formulait à la vérité des préceptes assez sages; mais on avait joint au volume, à titre de modèle, un plan qui était de nature à fausser complètement le goût. C'était celui de Stowe, où, non content d'accumuler tous les accidents pittoresques de la nature, le créateur de ce parc célèbre avait placé des spécimens de l'architecture de toutes les époques et de tous les pays, sans compter les obélisques, les colonnes, les statues, élevés on l'honneur de divinités des panthéons grec, romain, chrétien, saxon, d'hommes illustres, depuis saint Augustin jusqu'à lord Gobdham, et même d'idées morales ou d'entités philosophiques, véritable encyclopédie mise en jardin'.

Richard est de cette école : dans le petit espace qui lui est réservé {pL X), il imagine de loger un théâtre de verdure, deux

1. Jardin de Monceau. Préface. On peut citer, comme le chef-d'œuvre en ce genre, un projet de jardin, publié par Lerouge, cah. XH, pi. \. Il avait été demandé par Je chevalier Delphine, ambassadeur de Venise en France, à ritalien Bettini, artiste u réellement plein de génie », dit Lerouge, et dont plus loin il regrette le départ (cah. XX, pi. 4). « M. le nonce nous Ta enlevé pour faire un jardin anglais à Rome. )> Bettini va jusqu'à proposer la construction d'un volcan « à l'imitation du Vésuve, et qui jettera des flammes par le moyen du charbon de terre. »

2. Whately, traduit par Latapie. L'art de former des jardins modernes; Paris, 1771, in-8<>, pi. — Lerouge a publié un grand nombre de paysages et d'édifices de ce jardin : cah. II, pi. <-5; cah. IV, pi. i, 18-21. — La plupart des jardins anglais de cette époque sont dans le même goût, notamment ceux de Kew qui n'avaient pas moins de réputation qu« ceux de Stowe. Voy, Lerouge, cah. II, pi. 1-7, 13, 15; cah. III, pi. 30; cah. IV, pi. 22-26; cah. VI, pi. 4 et 5, cah. VllI, pi. 28. — Citons une des curiosités bizarres des jardins anglais du xvni* siècle. Le propriétaire de Wanstead avait fait construire dans son parc un fort gothique, doublé de remparts, fossés et bastions à la Vauban. Lerouge, cah. III, pL 28.

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