‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 134 sur 355 · ir, 83; m · texte numérisé non relu

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vités dans cette nouvelle résidence que pour grossir le nombre des témoins de ses préférences pour les Polignac. La reine, dit Tambassadeur, tenait tous les matins une longue séance chez la duchesse, où un choix très restreint des personnes les plus favorisées était seul admis. On voit d'ici à quoi pouvaient passer le temps ceux qui se morfondaient au dehors de ce cercle privilégié. Quoique Mercy assure que tout le monde fut « très content du voyage de Marly, » ce serait bien peu connaître la nature humaine que de croire qu'il n'y eut ni froissements, ni murmures, ni médisances.

On était d'autant moins disposé à l'indulgence pour les favoris qu'eux-mêmes ne gardaient aucun ménagement envers les autres. « En tout, » écrit madame de Bombelles* à son mari, « cette fameuse société est composée de personnes bien méchantes et montée sur un ton de morgue et de médisance incroyable. Ils se croient faits pour juger tout le reste de la terre... Ils ont si peur que quelqu'un puisse s'insinuer dans la faveur qu'ils ne font guère d'éloges, mais ils déchirent bien à leur aise. Il faut cependant voir tout cela et ne rien dire : c'est impatientant. » Dans cette guerre de mauvais propos, la reine elle-même ne fut pas épargnée. « Ceux qui approchent les souverains, » remarque Mercy', « ont toujours quelque plan formé d'ambition ou de vues quelconques, soit pour eux ou pour les leurs, et en mesure du plus petit nombre des gens qui obtiennent un accès presque exclusif, les intrigues en deviennent plus pressantes, plus difficiles à éclairer, par conséquent infiniment plus dangereuses. Une grande cour doit être accessible à beaucoup de monde; sans cela les haines et les jalousies exaltent toutes les têtes et font naître les plaintes, les dégoûts et une sorte d'aliénation. » Les effets de cette désaffection ne se feront pas longtemps attendre.

1. Dame pour accompagner madame Élisabelli — Lettre des 18 décembre 1781. Beauchesne, I, 196. — M"» de Bombelles^ parlant du romte de Coigny, dit qu'il 0 est méchant comme la gale >> (I, 195).

A la fin de Tannée 1780, les amusements de la reine furent brusquement interrompus par une nouvelle qui la surprit douloureusement. Sa mère expira, le 29 novembre, après une courte maladie. L'événement fut connu à Versailles huit jours après. L'impression qu'il fit sur la reine fut si vive* que Louis XVI, qui réserve exclusivement les pages de son journal à la mention de ses déplacements, de ses chasses, des cérémonies auxquelles il prend part, a, par exception, noté le fait : « 7 décembre : nouvelle de la mort de Timpératrice. » La cour prit le deuil pour six mois, à partir du 20 décembre. Cette mort tarit la source si précieuse et si abondante des informations de Mercy qui nous permettaient de suivre Texistence de Marie-Antoinette au jour le jour pour ainsi dire. Les comptes heureusement nous restent et nous fournissent les éléments nécessaires pour préciser, compléter et rectifier les mémoires relatifs à cette époque.

i. Vo\'ez la lettre qu'elle écrivit à son frère, le 10 décembre 1780. Marie- Antoinette, Joseph II, etc.

Communs âous Louis XV. — Arrrandissements. — Ordinaire du roi et de la reine.

Garde-meuble de lu reine.

iNouvellc distribution des appartements. — Mobilier. — Maisons de bois.

On a vu que, au printemps de 1780, Marie- Anioinelle ordonna des agrandissements dans les communs du Petit-Trianon. L*enceinte de ces dépendances, sous Louis XV, avait la même étendue qu'aujourd'hui, mais les bâtiments n'en occupaient que la moitié. Les cuisines et offices donnaient du côté du jardin; et, sur le devant, il n'existait qu'un corps de logis destiné au logement du suisse, à gauche de la porte cochère qui donne entrée dans la cour des cuisines; tout le reste, vers le salon frais, était occupé par des potagers'. Mique proposa de supprimer ces derniers et d'élever des constructions à la place". D'après son plan, les communs se trouvèrent divisés en trois parties [pL XII') : 1° un , premier groupe près du château (a à i), comprenant la chapelle (h), la sacristie (g), le corps de garde des ouvriers pompiers (d) et le logement du suisse (f) ; 2** les cuisines et offices dans une cour allongée, avec le garde-meuble et l'appartement

\, Plan manuscrit du Petit-Trianon, vers i 780,cité plus haut, p. 165, note 1,

2. Le devis s'élevait à 61,538 livres, 6 sous, 8 deniers. L'arcbilecte prévoit, en outre, qu'il y aura des dépenses accessoires dont il ne peut indiquer le montant. Arch. nat G' 1878, 1884, 188G.

3. Ce plan est une réduction du plan dressé par Mique. 0^ 1886.

APPARTKMBNTS, OARDS-MEUBLE, CUISINES ET DÉPENDANCES. ÎM

du concierge (j à n) ; 3"^ dans la portion la plus éloignée de Thabitaiion, des écuries pour les chevaux de la reine et des remises {a à m).

On remarquera Timmense développement des cuisines. Il y en a une pour les viandes froides (k); une autre pour les potages et entremets, avec^unc cheminée, un four et seize réchauds (l) ; une troisième, très vaste, pour les grandes et moyennes entrées avec un four, une cheminée et vingt-huit réchauds (m) ; une quatrième, plus petite, pour la pâtisserie spéciale aux entremets, avec four et cheminée (n); une cinquième, de grande dimension, pour la rôtiss(»rie, avec un four, une cheminée et seize réchauds (o); une sixième pour la pâtisserie proprement dite, avec cheminée et four (p). Suivaient : un garde-manger (y), un office pour le gobelet-vin, avec une cheminée et quatre réchauds (t); la paneterie avec four et cheminée (i ); une pièce pour la distribution du vin ( v); une autre pour Targonterie, divisée en deux compartiments : h.' premier destiné à là garde (x), le second au lavage (y); venaient ensuite : le lavoir de toute la batterie de cuisine (z), et enfin une salle à manger pour les officiers de la bouche (a). Le iibmbre total des cheminées à manteau s'élevait à sept, celui des fours à six, celui des réchauds à soixante-quatre.

L'ordinaire de la reine, comme celui du roi', se composait, pour le dîner, de deux potages et vingt plats différents, répartis en trois servic(»s : entrées, rôts* et entremets; et, pour le souper, de deux potages et dix plats, en trois services également". La règle était de mettre sur la table, au dîner : huit entrées, quatre rôts et huit entremets; au souper : deux entrées, trois rôts et

\. Madame Elisabeth éluil servie de même.

2. Les salades se servaient avec les rcMs. Traitfl hisiorif/ue et pratique de la ruisine ; Paris, 1758, 2 v. in- 12, fîg.

3. Si Ion veut se faire une idée des vins et liqueurs qu'on servait aloi-s, voici un aperçu d'une cave de ce temps-là, celle du duc de Guiche ; Bordeaux, Jurançon, Bourgogne (Pomart), Champagne (Sillery), Malaga, muscat^ Lunel, via de cerises, liqueur des Iles, Chypre, Pacaret, Cap, Porto, porter, cidre, bière, elc. E. \ 187, arch. de Seine-et-Oise.

cinq entremets. Quelquefois, cependant, il y avait des variations dans le nombre des entrées, des entremets ou des rôts; mais, quand on ajoutait une entrée, on supprimait un entremets ou un rôt, et vice versâ^ de manière à ne pas changer le total des plats. Pour les repas maigres, le nombre des mets était moindre. Voici, au hasard, les menus* de deux dîners, l'un gras et l'autre maigre, et d'un souper gras.

DINER DU ROI, DE LA REINE (g'rfls/. LE 8 AOUT*.

Potages le potage aux nouilles,

les petits choux.

Grande entrée, . la selle de mouton au bouillon de racines.

Entrées .... le vol au vent,

, la petite pièce de bœuf,

les filets de lapereau aux navets, les ailes de poularde panées, le carré de veau à la crème, la blanquette de dindonneau, attelettes de foies de lapereaux, le salmis de perdreaux.

Rôts campine,

cailles cul blanc,

poulets,

halbrans.

Entremets ... le poupelin,

la tourte à la cerise,

les œufs au jus,

les beignets de blanc-manger,

les épinards,

le jambon à la gelée,

cr6quignoles.

Le dîner maigre n'a qu'un potage, huit entrées, deux rôts et cinq entremets.

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