CHAMBRE DE MADAME
Deux premières femmes de chambre.
Deux valets de chambre.
Deux garçons de la chambre.
Un portefaix.
La présence de ses enfants fit diversion aux habitudes de la reine qui, tout entière aux plaisirs et aux soins de la maternité, négligea ses divertissements favoris : de tout le reste de Tannée, elle ne joua plus la comédie. Le boute-en-train ordinaire des parties de la cour, le comte d'Artois, manquait d*ailkurs à Trianon : il était allé en Espagne assister au siège de Gilbraltar avec le comte de Vaudreuil. Rentrée à Versailles, le 21 juillet, la reine retourna à son château, du 13 au 2i août*. Le journal du roi ne mentionne, pour ces deux séjours, ni fête ni spectacle. Il y eut seulement des concerts : quatre grands et plusieurs pctits.ll est probable que les symphonies d'Haydn firent partie du programme, car on les acheta, cette année, pour la reine*. Entre les deux
1. Du 15 au 21, il fit beau; un peu de pluie seulement le 18. Les journées du t6, du 20^ du 21 et du 24 surtout furent magnifiques.
voyages, le 1" août, Dazincourt, acteur de la comédie française, vint, selon les comptes*, jouer des proverbes, et, après la représentation, on éclaira le temple de T Amour; mais Tillumination fut courte, car on ne brûla que 200 fagots*.
La cour alla s'établir à la Muette le 9 septembre'. On y emmenait Madame royale pour la faire inoculer*, laissant le daupbin à Trianon jusque dans les premiers jours d'octobre. Pendant ce temps, survint un scandale qui obligea la princesse de Guéménée à se démettre de la cliarge de gouvernante des enfants de France. Son mari, qui menait l'existence la plus dissipée, avait imaginé, pour satisfaire ses créanciers, de leur donner, au lieu d'argent, des contrats de revenus viagers. La gouvernante perfectionna ce procédé ingénieux : gardant pour elle les espèces que lui versait le trésor royal à l'effet de faire face aux dépenses des enfants royaux, elle soldait les fournisseurs avec des constitutions de rentes. Le passif des deux époux prit de telles proportions qu'ils furent déclarés en faillite. Le total de lem*s dettes s'éleva à un capital fabuleux : trente-trois millions. Le cardinal en tira gloire : « Il n'y a qu'un roi ou un Roban, » dit-il avec orgueil, « qui puisse faire une pareille banqueroute". »
Qui allait remplacer la princesse dans ses fonctions de gouvernante des enfants de France? On parla tout de suite, à la cour et dans le public, de madame de Polignac, qui continuait, ainsi que toute sa famille, à être l'objet de la faveur la plus marquée. « La tendre amitié, » disent les Mémoires secrets^ à la date du 14 octobre, « la tendre amitié dont la Reine lionore madame la ducliesse de Polignac se porte jusque sur la fille, madame la ducbesse de Guiclie, qui vient d'accoucber à quatorze ans et un