‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 2 sur 355 · RUE SATORY · texte numérisé non relu

RUE SATORY

Voici, semblera- t-il, un bien gros livre pour un tout petit sujet, et peut-être s*étonnera-t-on de voir, sur la première page, à côté du nom du Petit-Trianon qui appelle toutes lesileurs de la littérature et de la poésie, celui d'un archiviste paléographe, destiné par état à figurer sur des titres plus rébarbatifs. La paléographie, à vrai dire, n'a rien à faire ici; quant aux archives, c'est différent.

Si l'utilité des documents, conservés dans nos dépôts publics, pour l'histoire même la plus moderne, avait besoin d'une démonstration, le travail que nous offrons au public pourrait servir à l'établir. Les événements sont d'hier; ceux qui y ont pris part viennent à peine de disparaître ; on a sur les hommes et les choses de ce temps, si rapproché de nous, des mémoires, des correspondances, des journaux, des livres, des brochures de tous genres en si grande abondance qu'on en formerait presque une bibliothèque ; la tradition elle-même est comme vivante ; tout paraît connu, ressassé, usé... On va voir comment les registres et liasses des archives nationales et départementales ont permis de renouveler une matière qui semblait complètement épuisée,

VI PHEPACB.

quelle quantité de détails ignorés ils font connaître, quelles erreurs ils fournissent le moyen de rectifier*.

Aux divers motifs qui peuvent pousser les rédacteurs de souvenirs à altérer la vérité, se joint, pour ceux qui ont traversé la Révolution, une cause générale et involontaire, c'est Timpression profonde qu'ont produite sur leur esprit l'effondrement de l'Ancien Régime et la Terreur : leur mémoire en a été troublée. Lorsque, après avoir repris pied sur un monde nouveau, ils ont voulu jeter un regard en arrière vers la rive qu'ils avaient quittée, la distance entre le présent et le passé était devenue telle que tout, dans ce lointain, leur est apparu avec des contours vagues et confus. Leurs récits ont gardé quelque chose de cette indécision ; on y chercherait vainement l'exactitude et la netteté des mémoires sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Grâce aux indications certaines des dossiers des archives, nous avons rétabli d'une façon rigoureuse l'ordre des dates ainsi que la succession et la physionomie des faits.

On aurait pu, au cours de cet ouvrage, relever Terreur toutes les fois qu'on la remplace par la vérité. Mais il eût fallu, sans intérêt pour le lecteur, augmenter démesurément les proportions du livre, et cet appareil pédantesque aurait juré avec la nature même du sujet. On a dû cependant s'arrêter quelquefois pour écarter des autographes supposés qui ont acquis une autorité imméritée.

(1) Je serais ingrat si je ne remerciais de leur concours M. Delerol, bibliothécaire de la ville de Versailles, ainsi que mes confrères des archives nationales et des archives départementales de Seine-et-Oise , principalement M. Fernand Gerbaux, et si je n'accordais un souvenir reconnaissant à M. Boutade, sous les auspices duquel j'ai commencé ce travail.

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