Campan, II, c. xii, et Eclaircissemenls historiques
i80 LB HAMKAU.
tous les cas, je désire que cette horreur et tous ses détails soient bien éclaircis aux yeux de tout le monde. »
Tandis qu'on embastillait le prince de Rohan, la reine, revenue au Petit-Trianon, y jouait le Barbier de Séville devant Beaumarchais lui-même, à qui, dit la Correspondance de Grimm, « Ton avait daigné accorder la faveur très distinguée d'assister à cette représentation. » Étrange tableau que celui de la fille de Marie-Thérèse, descendue au rôle d'actrice et se soumettant, en cette qualité, au jugement d*un homme qui avait été jadis, sur l'ordre de sa mère, emprisonné en Autriche comme auteur d'un libelle calomnieux contre la reine de France *, et que, tout récemment encore, le gouvernement avait enfermé à Saint-Lazare à cause de son insolence' ! C'était à Vaudreuil qu'il devait cet honneur insigne, à Vaudreuil qui, deux ans auparavant, était allé chercher Garât dans une voiture de la cour pour le faire chanter devant la reine *.
Dans la pièce de Beaumarchais, Marie-Antoinette « jouait le rôle de Rosine, M. le comte d'Artois celui de Figaro, M. de Vaudreuil celui du comte Almaviva ; les rôles de Bartholo et de Basile ont été rendus, le premier par M. le duc de Guiche * et le second par M. de Crussol.Le petit nombre des spectateurs admis à cette représentation y a trouvé un accord, un ensemble qu'il est bien rare de voir dans les pièces jouée» par des acteurs de société ; on a remarqué surtout que la Reine avait répandu dans la scène du qua* trième acte une grâce et une vérité qui n'auraient pu manquer de faire applaudir avec transport l'actrice même la plus obscure. Nous tenons ces détails, » dit, en terminant ce compte rendu, le
i. Au jugemenl de BIM.d'Ameth et GeiTroj, il est aussi difficile d*élablir qu'il a composé ce libelle que de prouver le contraire. Mercy, II, 283.