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Sa bouche était décidément désagréable; cette lèvre épaisse, avancée et quelquefois tombante, a été citée comme donnant à sa physionomie un signe noble et distinctif ; elle n'eût pu servir qu'à peindre la colère et l'indignation, et ce n'est pas là l'expression habituelle de la beauté. Sa peau était admirable; ses épaules et son cou Tétaient aussi; la poitrine un peu trop pleine, et la taille eût pu être plus élégante. Je n'ai jamais revu d'aussi beaux bras et d'aussi belles mains. Elle avait deux espèces de démarches : l'une ferme, un peu pressée et toujours noble ; l'autre plus molle et plus balancée, je dirais presque caressante, mais n'inspirant pas toujours l'oubli du respect. On n'a jamais fait la révérence avec tant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une seule fois, et donnant de la tête et du regard à chacun ce qui lui revenait. » J'ajouterai qu'on est frappé du caractère étranger de son visage. Rien n'est moins français que ce type, et l'on comprend, quand on l'a vu, ce mot des Parisiens qui disaient, en allant à Saint-Cloud : <t Nous allons voir les eaux et l'Autrichienne*. »
M Le caractère de Marie- Antoinette, » dit de son côté le baron de Besenval*, « était doux et prévenant. Facilement touchée par les malheureux, aimant à les protéger, à les secourir en toute occasion, elle montrait une âme sensible et bienfaisante..., se plaisait à rendre service, et jouissait du bien qu'elle avait fait. Un grand attrait pour le plaisir, beaucoup de coquetterie et de légèreté, peu de gaîté naturelle l'empêchaient d'être aussi bien dans la société que ses qualités essentielles et son extérieur l'annonçaient. Sa familiarité nuisait à sa considération; et le maintien que les circonstances et les conseils lui faisaient souvent prendre choquaient dans la femme aimable : acception sous laquelle elle avait accoutumé à la considérer. De là venait que chacun en était quelquefois mécontent, et qu'on en disait souvent
i . Soulavie, t. VI.
2. I, 318, 3i9; II, 309, 310. —Voyez Mercy qui confirme ses appréciations (à la table, article Mane- Antoinette), madame Campan^ etc.
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du mal, en s'éionnant d'en dire... Facile, point exigeante, mais peu faite pour le sentiment, sans sa liaison et sa conduite avec madame de Polignac, on aurait pu dire quelle ne connaissait point Tamitié... Elle s'occupait peu des gens qu'elle avait rapprochés d'elle, et s'en détachait aisément... Elle n'aimait ni les jolies personnes, ni les amants;... des droits pour plaire, mieux fondés que les siens, l'inquiétaient ; mais, à cet égard, elle était femme. On l'a taxée d'un peu de dissimulation : il était difRcile que sa position lui permit une extrême franchise. »
Comme je l'ai dit plus haut, la reine se rendit àSaint-Cloud avec le roi et la cour, quelques jours après la Saint-Louis, pour y passer le mois de septembre*. Profitant de la facilité du contrôleur général des finances qui trouvait de l'argent pour toutes ses fantaisies, elle y faisait alors exécuter des ameublements splendides dont tous les curieux iront dans la suite admirer la richesse. « On en peut juger par ce trait, » dit la Correspondance secrète ': « les bordures des tapisseries sont de bronze et sculptées par les plus habiles artistes; elles représentent des bas-reliefs antiques et coûtent six cents livres le pied. » La reine, dans cette résidence, donna à toute la cour des fêtes, à l'occasion desquelles on construisit un grand théâtre portatif pour les jardins*. L'affluence était telle à Saint-Cloud que l'on dut loger à la craie la plus grande partie de la suite dans les maisons du village. Une foule énorme remplissait journellement le parc, où les marchands eurent la permission de s'établir comme d'habitude. La reine aimait à se mêler aux plaisirs du peuple. « Personne n'a oublié, » rapporte Soulavie, « qu'elle se plaçait, dans les joutes et autres jeux des bateliers, comme simple spectatrice à côté de la bourgeoisie. » Elle n'en devenait pas pour cela plus populaire, ce M. Lenoir seul, » dit le même auteur, « sait ce qu'il en coûtait à la police pour payer le cri banal de : Vive la Reine! s>
\, Du 30 août au 10 octobre. Journal de Louis XVI.