‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 224 sur 355 · U, 24 et · texte numérisé non relu

U, 24 et

304 LB HAMBAU.

a gnalurc, vient d'être pleinement acquitté. Mais, ajouta-t-elle a avec force, comme française, recevez aussi mon compliment de a condoléance. Un peuple est bien malheureux d'avoir pour tri- « bunal suprême un ramas de gens qui ne consultent que leurs « passions, et dont les uns sont susceptibles de corruption, et les a autres d'une audace qu'ils ont toujours manifestée contre l'au- « torité et qu'ils viennent de faire éclater contre ceux qui en sont <c revêtus. »

Il est certain, que dans cette affaire, les juges et le public commirent une lourde et cruelle méprise ; mais faut-il en imputer la faute à eux seuls, et peut-on dire que la reine ne fut pour rien dans cet égarement de l'opinion? Marie-Antoinette avait pensé faire condamner le cardinal comme escroc. « Il a pris mon nom, » écrivait- elle h son frère*, « comme un vil et maladroit fauxmonnayeur. » Mais, à l'instruction, l'affaire prit une tournure inattendue. Il devint évident que le cardinal avait été dupe el non voleur. Sur ce chef, il devait être déclaré innocent ; il avait cru réellement acheter le collier pour Marie-Antoinette. Mais lui était-il permis d'admettre que la reini» de France l'avait chargé, par l'intermédiaire de madame de Lamotte d'une semblable commission, et qu'elle lui avait donné un rendez-vous dans le parc de Versailles? Et, en le croyant, n'avait-il pas fait à sa souveraine un outrage méritant d'être assimilé au crime de lèsemajesté et puni selon toute la rigueur des lois? Cette question mettait Marie-Antoinette directement en cause, et le procès du cardinal devenait le procès de la reine.

C'est alors que toutes les apparences fâcheuses de la conduite de cette princesse* auxquelles, malgré les avis de sa mère et de Mercy, elle n'avait pas voulu prendre garde, déposèrent contre elle avec plus de gravité que, pour d'autres, n'ont fait de véritables crimes. Puisque, sans autre raison que l'engouement, elle avait élevé madame de Polignac au plus haut degré de la faveur,

{ . Lettre du i 9 septembre.

Page 1