Voyez plus haut, p
L*AFFAIRB DU COLLIER BT TRIANOX. 305
un caprice ne pouvait-il aussi avoir gagné ses bonnes grâces à la comtesse de Lamotte, qui était jeune, jolie, spirituelle, et descendait de la race des Valois? N'avail-elle pas supprimé toute étiquette et ne s'était-elle pas donné mille libertés interdites aux autres reines? Est-ce que la rencontre nocturne* dans le parc de Versailles était beaucoup plus étrange que les descampativos dont on avait parlé dans toute l'Europe? Et quant à la commission d'acquérir les diamants à Tinsu du roi, la reine n'avait-elle pas déjà traité dans les mêmes conditions avec Boehmer, pour des girandoles de plus de cent mille écus, par l'intermédiaire d'une femme de chambre*?
Il ne manquait pas de gens pour commenter tout cela et y
i , Les Essais historiques sur la vie de Marie- Antoinette, dont nous avons parlé plus haut, page 160^ note 1, donnent sur ces (iesram;)f(/tro.s des détails curieux que je suis loin de garantir, mais qui étaient alors répandus dans le public. Ils racontent qu^après souper on faisait illuminer un bosquet où l'on établissait un trône de fougère. On élisait alors un roi, qui était presque toujours le comte de Vaudreuil. Celui-ci, ordonnant aux assistants d'approcher du trône, formait des couples. Les mariages faits, il prononçait : « Descampativos! » On fuyait alors deux à deux dans le parc, avec défense du roi de la fougère aux couples qui se rencontreraient, de se regarder, de se parler, de se nuire et de rentrer avant deux heures. Ce jeu, prétend l'auteur du pamphlet, amusait fort le roi.
2. Campan, I, 94. — D'après Mercy (II, 418), ces girandoles coûtèrent 460,000 francs. Une diminution faite au bijou réduisit la somme, suivant madame Campan, à 360,000 francs. Tous deux assurent que la reine les paya sursa cassette. Louis XVI a laissé, sur ce fait, dans son livre de dépenses particulières, des renseignements qu'on n'a pas encore relevés. En réalité, les boucles d'oreilles ne coûtèrent que 348,000 livres, sur lesquelles la reine n'en paya que 48,000. Ce fut le roi qui lui remit le reste de la main à la main , pour qu'elle pût remplir son engagement : « Décembre 1776, à la reine, Î5,000 livres. Ces 25,000 livres sont le premier paiement d'une somme de 300,000 livres que je me suis engagé à payer à Boehmer, en six ans, avec les intérêts, pour des boucles d'oreilles de 348,000 livres que la reine a achetées et dont elle a déjà payé 48,000 livres. » Boehmer fut totalement désintéressé en vingt-quatre paiments. Le dernier eut lieu le 3 décembre 1782. On trouve, à cette dale^dans le compte du roi : « A la reine, pour solde décompte avec Boehmer, 12,000 Hvres. » En même temps, la reine achetait des bracelets. On lit dans le compte particulier du roi, à la date du 18 janvier 4777 : « J'ai payé à la reine 24,000 livres en acompte des 162,000 qu'elle doit à Boehmer pour des bracelets de diamants. »
chercher des motifs justificatifs pour le cardinal. Sans parler de sa nombreuse parenté qui comptait parmi ses alliés des princes du sang, les grands ordres de TÉtat, clergé et noblesse, étaient portés à prendre la défense d'un des leurs, et trouvaient exorbitant de voir un prince, un évêque, abbé de plusieurs abbayes, proviseur de Sorbonne, grand aumônier de France, décoré de la pourpre romaine, confondu sans ménagement, dans une même accusation, avec une intrigante, une fille entretenue, un charlatan et des comparses obscurs. Le parlement, qui avait à se plaindre du ministère, était peu favorable à la cour. La cour ellemême, détachée de la reine par sa partialité envers quelques personnes, après lesquelles il semblait qu'il n'existât plus rien pour elle en France, était médiocrement disposée. Tous les vieux courtisans du temps de Louis XV, laissés de côté pour une génération nouvelle, boudaient. Les dames âgées, dont la reine, toute jeune encore, avait ri, ne lui pardonnaient pas cette raillerie enfantine.
L'abbé Soulayie a remarqué avec justesse que, dès son arrivée à Versailles, Marie-Antoinette avait trouvé une puissante coterie montée contre elle : le parti français, détestant dans sa personne le gage de l'alliance autrichienne et prêt à tout exploiter pour la rendre odieuse à la nation*. Celle-ci, d'abord enthousiaste, on peut le dire, de sa souveraine, bientôt choquée de ses allures si différentes de celles des reines qui l'avaient précédée, s'était peu à peu désaffectionnée, et, sous cette mauvaise impression, avait fini par prêter l'oreille à tous les bruits semés par la calomnie. La calomnie! jamais elle ne se déchaîna plus implacable, plus infâme, plus effrénée qu'à la fin du xvHi'* siècle. Il y avait à peine dix ans que Beaumarchais en avait tracé cet effrayant portrait, qui jette une ombre lugubre sur les gaietés du Barbier de Séville; et, sous ce rapport, les mœurs ne s'étaient pas améliorées depuis. « Croyez, » dit dom Basile, <( qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreur, pas