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il est assez singulier d'escalader les murs pendant la nuit pour demander justice ou solliciter des grftces. ))
Le roi rapporte dans son journal qu'on soupa au hameau le mercredi 22.
a Le voyage de Trianon devait durer jusque dans les premiers jours de septembre; la reine le termina vers le 25 d'août; on en donna pour raison que, vu la quantité d'affaires et leur instance, la présence du Roi était nécessaire à Versailles. Le véritable motif de ce changement ne tarda pas h se manifester. Peu de jours après, le Roi déclara qu'il avait choisi l'archevêque de Toulouse pour son ministre principal. Cette détermination du Roi, surtout pour un homme contre lequel il avait eu les plus fortes préventions, était une marque bien authentique du pouvoir de la Reine, disons mieux, du crédit de l'abbé de Vermond sur cette princesse. »
L'abbé de Vermond, qu'on voit, sur notre planche II, allant chercher la solitude des bosquets autour du salon frais pour réciter son bréviaire, a été jugé très différemment par madame Campan et par Mercy. La première femme de chambre attribue à l'imprudence de ses conseils toutes les fautes de la reine. J'ai indiqué plus haut qu'elle avait des raisons pour ne pas l'aimer. Mercy*, au contraire, en parle ainsi : « Personne ne connaît mieux la Reine que le digne et vertueux ecclésiastique qui est son lecteur. Cet homme , qui est un exemple unique de probité, de zèle et de lumières, ne respire que pour le service et la gloire de son auguste maîtresse. » L'opinion de l'ambassadeur n'est peut-être pas absolument désintéressée, car Vermond était son agent auprès de Marie- Antoinette.
Le comte de La Marck* nous a laissé de ce personnage un portrait qui a toute l'apparence de la vérité. « C'était, » dit-il, « un esprit médiocre , mais avec les qualités d'un bon homme et un cœur reconnaissant. Il était attaché à la Reine avec
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passion, très bavard, sans être indiscret cependant. Marie- Antoinette le regardait comme un homme fort ordinaire d'esprit, et comptait plus sur son dévouement que sur ses lumières. Elle ne Técoutait avec attention que lorsqu'il lui transmettait quelque message de Mercy, et alors elle ne prenait de ces messages que ce qui lui paraissait convenir, sans jamais permettre à Tabbé d'insister et de revenir à la charge. »
Assez mal noté à l'archevêché de Paris, où on ne lui pardonnait pas 'd'avoir fourni à Y Encyclopédie quelques articles ti'une orthodoxie douteuse*, l'abbé de Vermond avait eu longtemps une situation très effacée à la cour. Louis XVI fut dix ans sans lui adresser la parole*. Il paraît que, devenu faiseur de ministres, il se laissa un peu griser par l'importance de ce rôle. « La joie de l'abbé de Vermond, » dit madame Campan', « éclata lorsqu'il fut parvenu à faire nommer l'archevêque de Sens chef du conseil de finance. Je l'ai entendu dire, plus d'une fois, que dix-sept ans de patience n'étaient pas un terme trop long pour réussir dans une cour; qu'il avait employé tout ce temps pour arriver au but qu'il s'était proposé , mais qu'enfin M. l'archevêque était où il devait être pour le bien de rÉtat. Alors, l'abbé ne cachait plus, dans l'intérieur de la reine, son crédit et son influence; rien n'égalait la confiance avec laquelle il développait le genre de son ambition. Il demanda à la reine qu'elle voulût bien ordonner que son appartement au grand commun fût agrandi, lui disant qu'étant obligé de donner des audiences à des évêques, à des cardinaux, à des ministres, il lui fallait un logement convenable à sa position. La reine le traitait toujours comme avant l'arrivée de l'archevêque à la cour; l'intérieur remarqua une seule nuance qui indiquait plus d'égards : le mot monsieur précéda celui d'abbé ; et l'influence de la faveur est telle que, dès cet instant et par un mouvement
\. Mémoires secrets, 25 juin 1770.