‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 259 sur 355 · décembre 1781 et 19 avril · texte numérisé non relu

décembre 1781 et 19 avril

nouveaux couplets, plus odieux encore, parurent àlamême époque et coururent Paris durant les premiers mois de 1783. C'est peu après que la femme Lamotte entra en relations avec le cardinal. Elle put voir au salon de la même année le portrait de la reine, vêtue de ce cette chemise ou gauUe » blanche dont elle habilla la fille Oliva pourTentrevue des bosquets. Voilà le fond et les moyens de toute son intrigue. L'idée de voler le collier par l'entremise du cardinal fut une inspiration soudaine, dont le succès lui parut facile lorsqu'elle eut apprécié la crédulité de sa dupe.

Si l'on pensait que c'est gratuitement que j'ai attribué ces écrits diffamatoires aux courtisans, qu'on lise les Mémoires secrets, à la date du 24 février 1783. cr On ne conçoit pas quel génie infernal souffle sur les courtisans : il parait encore des couplets affreux et calomnieux sur la reine, et cependant quelle princesse mérita moins cette audace vsacrilège,'fut plus digne des hommages et de l'amour de tous les ordres de l'État? Aux charmes de la figure, à la noblesse du maintien, aux grâces répandues sur sa personne, elle joint les qualités les plus précieuses : la bienfaisance, la bonté, l'humanité, l'amitié, vertu si rare chez ses pareilles; elle oublie ses injures personnelles; elle n'a jamais fait de mal à qui que ce soit. On ne cite personne dont elle ait exigé le châtiment. Si elle a quelques défauts inséparables de notre nature, ils sont aimables en quelque sorte comme elle, ils tiennent à son sexe, au goût national, et venue extrêmement jeune en France, elle en a sans doute contracté ici le plus grand nombre. Elle aime excessivement la parure, les frivolités, les spectacles, les dépenses; elle prodigue souvent ses dons à des gens qui en sont indignes ; elle est quelquefois légère dans ses affections; elle plaisante de la mauvaise tournure, des gaucheries des femmes présentées; mais ces sarcasmes partent de sa gaité et non pas de son cœur, dont se louent tous ceux qui ont l'honneur d'approcher de Sa Majesté et d'en voir l'intérieur. »

C'est bien là, tracé par la plume d'un contemporain, le portrait fidèle de Marie-Antoinette en 1783, de ses qualités, de se

défauts, telle que Mercy nous Ta montrée, telle qu elle était au moment où les fantaisies succédaient aux fantaisies, où, comme elle l'avoue elle-même, « on se laissait entraîner », où le jardin anglais à pcâne terminé, on entreprenait par son ordre la construction du hameau. Elle comptait alors sur Tavenir et remettait à un autre temps les affaires sérieuses*. Quand elle commença à comprendre les d(»voirs de la royauté et la terrible responsabilité qui pèse sur les têtes couronnées, il était trop tard.

La guerre des chansons et des pamphlets, commencée en 1781 , continua. En 1785*, au moment de l'intrigue du collier, on arrêtait une madame de Sainl-Elen, coupable « d'infâmes couplets au sujet de la naissance du duc de Normandie... C'est, » dit la Correspondance secrète, « une femme de qualité, jolie et remplie de grâces, âgée d'environ vingt-deux ans. Il est incroyable qu'elle ait prostitué des talents rares parmi son sexe à des calomnies aussi atroces que celles qu'on lui impute, o Nous avons vu la société intime faire elle-même sa partie dans ce concert de diffamations'. Un témoin oculaire, le comte de La Marck, ne craint pas de le dire* : o Gest dans les méchancetés et les mensonges, répandus de 1785 à 1788 par la cour contre la reine qu'il faut aller chercher les prétextes des accusations du tribunal révolutionnaire, en 1793, contre Marie- Antoinette. »

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