STYLE LOUIS XVI BT JARDINS ANGLO-CHINOIS
nalilé : la France se couvrira de pastiches. En transportant dans notre pays, sans les modifier par un travail d'assimilation, les formes créées par des peuples qui vivaient dans d'autres temps et sous d'autres climats, avec des lois, des usages, des besoins différents, on rompra cette harmonie que nous signalions tout à l'heure, à tous les degrés de l'échelle, dans le domaine de l'art et de l'industrie. Nous avons vu, à Trianon, naître le style nouveau et briller d'un vif éclat; nous ne tarderons pas à y constater les premiers symptômes de sa décadence.
Cependant, en faisant revivre les traditions artistiques de l'antiquité, la mode se sépara d'elle sur un point où jusque-là elle lui était demeurée fidèlement attachée. Si, dans les peintures d'Herculanum*, on examine les jardins qui entourent les édifices, on remarque, que, conformément à la description de Pline le jeune, ils sont ornés de berceaux, de statues, de jets d'eau, d'arbres taillés, absolument semblables à ceux qui décoraient les alentours des résidences royales et seigneuriales, au temps de Louis XIY. La France avait pris cet art à l'Italie qui le tenait de l'ancienne Home. Il s'agissait avant tout, dans ce système, de dompter la nature : le constructeur trouvait, dans les bosquets et les parterres, un prétexte à des dessins d'architecture ; le jardinier traitait les arbres comme le coiffeur accommode la barbe et les cheveux ; et l'eau n'existait que pour mettre en valeur les talents du fontainier, qui la faisait tomber en nappe sur des buffets de marbre, en dais sur la tète des statues, en gouttes des cheveux tordus d'une Vénus dans sa coquille', ou jaillir en coup de feu du canon d'un fusil braqué sur le spectateur'. Les Hollandais imaginèrent même une sorte de jardin qu'on pourrait appeler minéralogique, où il n'entrait pas un atome de feuillage : ce n'étaient que pans de murs garnis de rocailles, parterres de cailloux blancs.
2, Voy. à la bibliothèque nationale, au cabinet des estampes, un Irès curieux recueil factice in-folio, coté H d 84.
3. Le père Rapin. Hortorum libri IV; Amsterdam, 1782, in-8<^.
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rouges, jaunes, noirs, vases de faïence, oiseaux dorés, statues d'hommes et d'animaux en coquillage, jets d'eau de verre dans dca bassins d'écaillé, et, parmi, quelques carrés de tulipes au de jacinthes'. Sans aller si loin en France, il y avait souvent dans tes bosquets .plus de treillages que d'arbres, et la perspective d'un paysage peint sur une muraille au bout d'une allée de charmille passait [Kiur une in vciiliinimiTVi-lMi'iisi''. <' .le suis |ici'snii(li',"i''iTivail Ji'!in-Jafiiu('s-R()ussfau,eii Hlit, « (jm'li'IriiipR appruclu' m'i l'on ne voudra plus dans les jardina rien de ce qui se trouve dans la campagne : nn n'y souffrira plus ni plantes, ni arbrisseaux ; on n'y mpttra que des fleurs de porcelaine, des magots, du sable de Inutos couleurs et de beaus vases pleins de rien'. »
Remarquez que la lettre de la Nouvelle Néloïse, d'ofi esl extrait ce passage, est adressée il milord Edouard qui joue dans le roman le rôle d'homme supérieur. A ce moment, il n'est pas. ù Paris, de société qui n'ait son observateur anglais, jugeant de liant tout ce qu'il voit et eu imposant par son flegme h la légèreté française. Le plus célèbre, Uorace Walpole, du cercle de madame Du Deffand, critique, entre autres clinses, le jardin frani;ais. el sa monotone symétrie, et son enceinte murée, tlérobant au promeneur l'aspect lie la campagne'. Il lui oppose le pananglais qui, depuis quelques années, s'était dégagé des entraves de la règle et du compas pour prendre des allures moins uniformes. Les Anglais, dont les habitations seigneuriales étaient entourées de terrains immenses, n'avaient pu comprendre dans une clôture la campagne tout entière, el, après avoir régularisé Ce qui se Irouvaîl Ji proximité du chftteau, ils iivaieiil du laisser le
1. Jardins de H. Oeck près de Rollerdam, et de I*into. Coup d'œil sur Be((pi/, par le prince de Ligne; 1781, in-8".
2. Collection l.erouge. Cali. I, pi. 6, jardin de H. de La Bossière, rue de Clichy : cah. XII, page i el pi. t.