‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 46 sur 355 · STTLB LOUIS XVI BT JARDINS ANGLO-CHINOIS · texte numérisé non relu

STTLB LOUIS XVI BT JARDINS ANGLO-CHINOIS

reste à lui-même. Là, s'étendaient de vastes prairies à travers lesquelles les eaux suivaient librement leur cours; là, le lierre jetait spontanément sa parure sur les vieilles murailles des donjons et des chapelles en ruine; là, croissaient des arbres, vierges de la serpe du jardinier, avec des grâces naturelles dont on avait fini par sentir le charme.

L'Europe apprit alors, par les relations des missionnaires* et des voyageurs, que, depuis des siècles, les Chinois avaient érigé en système réglé ce qui n'était encore, en Angleterre, qu'une pratique non raisonnée. Ils admettaient, dans le voisinage des maisons, des jardins symétriques; mais ils avaient, pour les grands espaces, une manière plus large qui utilisait les accidents naturels, en vue de ménager une série de tableaux riants, sévères, terribles même. A la suite de la publication, en 1756, du Traité des édifices chinois^ par l'ingénieur Chambers', l'engouement pour la méthode chinoise devint général chez les Anglais. Horace Walpole a retracé, dans un charmant petit livre plein d'érudition et d'esprit', l'histoire des progrès du jardinage chez ses compatriotes. Se fondant sur la nature du terrain, l'exiguïté des propriétés et la perversion du goût en France, il y exprime l'opinion que cet art exotique n'a aucune chance de réussir dans notre pays *.

i . Le premier qui ait envoyé une description des jardins chinois est le frère jésuite Attiret, d^origine franc-comtoise, peintre de Tempereur de la Chine, dans une lettre datée de Pékin (i«' novembre 1743), publiée dans les Lettres édifiantes,

2. lia été traduit en français et publié, en 1776, dans la collection Lerou(;e, dont il forme le 5" cahier.

3. Essay on modetTi gardening. Publié en anglais en 17T0, il a été traduit en français par le duc de Nivernais : Essai sur l'art des jardins modernes; Strawbeiry-Hill, i785, in-4%

4. On trouve répété partout, sans preuve d'ailleurs, que la première idée du jardin dit anglais est d*un français, Tauteur comique Dufresny, sieur de La Rivière, dessinateur des jardins du roi, sous Louis XIV. L'auteur de la vie placée en tête de ses œuvres (Paris, i747, 4 v. in-8*) dit de lui : • Il ne travaillait avec plaisir que sur un terrain inégal et irrégulier. 11 lui fallait des obstacles à vaincre, et quand la nature ne lui en offrait pas, il s'en donnait à lui-même, c'est-à-dire que, d'un emplacement régulier et d'un terrain uni,

Son pronostic, pas plus que celui de Jean-Jacques Rousseau^ ne devait être justifié par les faits. Le livre de Walpole n'était point encore traduit en français, que les jardins anglo-chinois couvraient les environs de Paris et que la mode nouvelle gagnait les provinces les plus éloignées*; et presque au lendemain de la première édition de la Nouvelle Héloîse^ un grand propriétaire entreprenait la plantation de ce parc célèbre, où le philosophe devait trouver une retraite et un tombeau. L'heure était propice, au contraire, en France, à une transformation de ce genre. « Les discours sont épuisés, » dit le créateur même des jardins « paysagers » d'Ermenonville', « l'esprit est devenu moins rare que le sens commun; il n'y a plus que la nouveauté qui puisse frapper les hommes. Le moment où, à force de s'en écarter, ce qu'il y a de plus nouveau pour eux, cest la nature^ est le moment de les y ramener, en les conduisant à en connaître et à en sentir tous les charmes. » Assurément, avant celte époque, on n'était pas étranger à Timpression que produisent sur tout être pensant les spectacles sublimes ou gracieux de la création'; et les idées, les appétits, les sensations qui forment le fonds primitif de l'âme humaine vivaient toujours cachés sous l'écorce dont l'éducation religieuse et sociale les avait enveloppés; mais c'était à l'état

il en faisait un montueux, afin, disail-il, de varier les objets en les multipliant ; et pour se garantir des vues voisines, il leur opposait des élévations de terre qui formaient en même temps des belvédèi^s. » On voit que c'est tout le contraire d'un jardin naturel. Le biographe cite diverses créations de Dufresny : les jardins de Tabbé Pajot, près de Vincennes ; de Mignaux, près de Poissy ; du Moulin et du Chemin-Creux, au faubourg Saint-Antoine. Lerougenous a conservé le plan de celui de Tabbé Pajot (cah. I, pi. i2). C*est un jardin d'un genre tellement français que Lerouge Tatlribue à Le Nôtre.

i. Baronne d'Oberkirch. Mémoires; Paris i853, 2 v. in- 18, I, 39.

2. De la composition des paysages ou des moyens d'embellir la nature autour des habitations, etc., par R. L. Gérardin, mestre de camp de dragons, vicomte d'Ermenonville; Genève, 1877, in-8". Voy. les plans et vues de ces jardins dans ta collection Lerouge, cah. lU, pi. 18-22; cah. IX, pi. 45 ; cah. XII, pi. 13 ; —dans la Description delà France {Pa.nSj 1786, in-folio, fîg.) ; — dans la Description des nouveaux jardins de la France, par Alex, de Laborde (Paris, 1808, in-folio, fig.). D'Argenville en parle aussi dans son édition du Voyage pittoresque des environs de Paris, de 1779.

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