‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 48 sur 355 · STTLB LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS · texte numérisé non relu

STTLB LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS

revînt à Trianon vers cinq heures et demie, s'enferma chez^ madame Du Barry, où il prit plusieurs lavements. » Il ne mangea rien à souper, se coucha de fort bonne heure ; mais le mal s'aggrava pendant la nuit. On appela le premier médecin ordinaire, Lemonnier, qui lui trouva de la fièvre. « L'inquiétude et la peur prirent au Roi ; il fit éveiller madame Du Barry. » Cependant ni la favorite ni le médecin, « qui connaissaient sa disposition naturelle à s'effrayer d'un rien, » ne crurent à une maladie sérieuse. Le duc de La Rochefoucauld, grand maître en survivance de la garde-robe, qui a laissé une relation des derniers moments de Louis XV, écrite avec un parti pris évident de dénigrement contre les amis du duc d'Aiguillon*, prétend que madame Du Barry, sur le conseil du premier ministre, se proposait de séquestrer son royal amant pour tirer avantage des soins qu'elle lui rendrait seule, et qu'elle fut aidée dans ce dessein par la « bassesse » du duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, qui, « au mépris de son devoir, renonça au droit qu'il avait d'entrer chez le Roi, d'en savoir des nouvelles lui-même, de le servir, pour empêcher d'entrer ceux qui avaient le même droit que lui, et pour laisser le Roi malade passer honteusement la journée à un quart de lieue de ses enfants, entre sa maîtresse et son valet de chambre. »

A trois heures, personne n'avait encore pu pénétrer chez le roi. La nouvelle de son indisposition avait néanmoins transpiré jusqu'à Versailles. Mais la famille royale n'osait pas aller à Trianon sans y être mandée. Lemonnier, incertain de la suite que pouvait avoir cette incommodité, n'avait pas le courage, malgré l'embarras du service dans une chambre aussi petite, de s'opposer à la volonté de madame Du Barry. Il fallut, toujours d'après le duc de La Rochefoucauld, l'intervention de La Marti-

I . On y sent aussi un levain de rancune de la gàrde-robe contre la chambre du roi. M. de la Rochefoucauld n*était pas présent à Trianon ; il ne vint, de son aveu, que fort tard dans la soirée à Versailles. — Mémoire sur ladenûère maladie de l^ouis XV, fragment publié par Sainte-Beuve dans les Derniers poHraUs littéraires; Paris, 4852, in-18.

nière, premier chirurgien, qui avait pris sur Tesprit du roi un grand ascendant et s'était habitué à lui parler a avec une liberté tenant de la familiarité et même de Tindécence. » La Martiniëre décida facilement le roi, « qui n'avait jamais eu dans sa vie que la volonté des autres, à quitter Trianon. » Dans la conversation qu'il eut avec lui à ce sujet, ce prince lui dit, « en lui parlant de sa maladie et de la diminution journalière de ses forces : « Je « sens qu'il faut enrayer. — Sentez plutôt, » lui répliqua le chirurgien, « qu'il faut dételer. » La vérité est que tout le monde crut Louis XY atteint seulement d'une forte indigestion, et que dès qu'on s'aperçut que le mal, non encore défini, prenait une mauvaise tournure, ce fut Lemonnier lui-même qui demanda au roi de rentrer à Versailles \ On appela auprès de lui les grands officiers de sa maison : le prince de Condé, grand maître, le prince de Beauvau, capitaine des gardes du corps de service pendant le quartier d'avril, et le comte de Boisgelin, maître de la garderobe, qui furent introduits dans sa chambre à quatre heures. Ils le trouvèrent « très affaissé, très inquiet et très plaignant; mais ils jugèrent son état moins inquiétant et moins douloureux qu'il ne le disait, par la connaissance qu'ils avaient de sa pusillanimité. » Cependant on avait envoyé chercher les carrosses. Le roi, en robe de chambre, se laissa porter dans sa voiture, « se plaignant beaucoup de mal de tête, de maux de reins, de maux de cœur. » On le conduisit au pas à Versailles, où il se coucha en arrivant. « Ses plaintes continuelles, ses inquiétudes, sa profonde tristesse confirmèrent M. de Beauvau et les autres dans l'opinion qu'ils avaient de sa faiblesse et de sa peur; et il n'y avait personne à Trianon ou à Versailles qui imaginât encore que l'incommodité du Roi pût être le commencement d'une maladie. » On se trompait : le lendemain, se déclara une petite vérole confluente qui l'emporta, le 10 mai 1774*.

i. Hardy. Journal des événements tels qu'ils parviennent à ma connaissance, 2 mai. Bibliot. nat. Mss. S. F. 2886.

2. Voy. la suite du récit de la mort de Louis XV, dans les Dermers portraits de Sainte-Beuve et ÏHistoire de madame Du Barry, par Vatel.

DEUXIÈME PAHTIE

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