Archiv. nat. OM
tk LK JARDIN ANQLAIS.
goûté que le premier. « Si l'oa veut faire d'ua jardin pittoresque un pays d'illusions, » dit Carmontelle*,« pourquoi s'y refuser? On ne s'amuse que d'illusions... Transportons dans nos jardins les changements de scène des opéras; faisons-y voir en réalité ce que les plus habiles peintres pourraient y offrir en décorations : tous les temps, tous les lieux. » Un tliéoricien de jardinage, Whately, dont le livre venait d'être traduit en français, formulait à la vérité des préceptes assez sages; mais on avait joint au volume, à titre de modèle, un plan qui était de nature à fausser complètement le goût. C'était celui de Stowe, où, non content d'accumuler tous les accidents pittoresques de la nature, le créateur de ce parc célèbre avait placé des spécimens de l'architecture de toutes les époques et do tous les pays, sans compter les obélisques, les colonnes, les statues, élevés en l'honneur de divinités des panthéons grec, romain, chrétien, saxon, d'hommes illustres, depuis saint Augustin jusqu'à lord Gubdham, et même d'idées morales ou d'entités philosophiques, véritable encyclopédie mise en jardin*.
Richard est de celte école : dans le petit espace qui lui est réservé (pi. X), il imagine de loger un théiltre de verdure, deux
I. Jardin de Monceau. Préface. On ppul ciler, comme leclmr-irœuvre en ce genre, un projet de jardin, publié par I-iniuge. <ah. Xll, pi. I, Il avait été demandé par le chevalier Delphino, >inib:issaileur de Venise en (''l'iince, à l'italien Bettini, artiste « réellement pti'iji <le génie », dit Lerouge, et dont plus loin il regrette le départ (cah. XX, |>l. 4). ■ M. le nonce nous l'a enlevé pour faire un jai-dio anglais à Rome. " lli'llitii va Jusqu'il pioposci- lu construction d'un volcan » àl'imitaliondu Vi-uve, i^t quijettiiii d'v ll.iniiiies par le moyen du charbon de terre. »
S. Whately, traduit par Lalapie. L'art de tarmer des jardiné modernes; Paris, I^TI, in-6*, pi. — Lerouge a publié un grand nombre de paysages et d'édifices de ce jardin : cah. Il, pi. I-S: cah. IV, pi. I, 18-21. — La plupart des jardins anglais de celte époque sont dans le mSme goût, notamment ceux de Kew qui n'avaient pas moins de réputation que ceux de Slowe. Voy. lerouge, cah. Il, pi. 1-7, 13, 15 ; cab. III, pi. 30 ; cah. IV, pi. 22-26 : cah. VI, pi. i et S, cah. VIII, pi. 2S. — Citons une des curiosités bizarres des jardins anglais du xvm* siècle. Le propriétaire de Wanslead avait fait construire dans son parc un fort gothique, doublé de remparts, fossés et bastions à la Vauban. Lerouge, cah. III, pi. 26.
PLAN DU JABDINIBR ANTOINB RICHARD. 65
kiosques, un temple de Diane à la romaine, une pagode et une volière chinoises, une autre volière et des bains à la turque, une vacherie et une bergerie. Deux rivières, Tune partant du mur, élevé au milieu du grand fleuriste qui s'étend devant la maison de Richard, l'autre du coin sud du même fleuriste, près des poulaillers, devaient se réunir au nord et redescendre vers l'est, après avoir formé trois petites îles et une grande. Des rochers en marquaient les sources, des rochers en faisaient dévier le cours. Une multitude de petits bosquets, disséminés çà et là, cacliaient des surprises, assez médiocres, si l'on en juge par les dessins de Richard. Le petit lac pointu devant la pagode (10) n'avait rien de bien séduisant, pas plus que le théâtre de verdure, vieille machine empruntée à la plus mauvaise tradition des jardins français : figurez-vous une vaste scène de charmille dont le fond était décoré d'une niche, avec une suite de panneaux de feuillage tondu, disposés comme des portants de coulisses*. Un lacis de chemins en zigzag, où chaque pas nécessitait une pirouette, couvrait le jardin. On reconnaît cependant le botaniste au soin avec lequel il conserve les serres b&ties par Louis XV, et à l'importance qu'il donne aux plantations d'arbres; des salles de tulipiers et de mélèzes sont indiquées sur son plan, et même on y voit numérotés des arbres isolés : saules de Babylone, arbres de Judée, bouleaux du Canada, micocouliers, qui devaient faire l'ornement des pelouses. Mais le grand défaut de son projet, c'est la monotonie des arrangements sur les trois faces du château. De tous côtés, la perspective y est bornée à des parterres réguliers, ornés de bassins et de jets d'eau, genre suranné que condamnait le goût nouveau. Or, ce que la jeune reine voulait, c'était avant tout un jardin à la mode : le projet de Richard ne la satisfit donc que médiocrement.
Sur ces entrefaites, la princesse de Beauvau lui vanta le talent
i. Antoine Richard a publié dans la collection Lerouge les plans et élévations de ces fabriques. Gah. VI, pi. 19, 22, 23.
d'un amateur, le comte de Caraman, officier général', « plein de connaissances et d'activité, » suivant le duc de Lauzun; ce qui n'excluait pas chez lui les qualités aimables. Madame de Genlis, dans ses Mémoires*^ le représente comme un boute-en- train, ingénieux à organiser des divertissements. Il avait planté, à Roissy, un parc anglais dont on parlait beaucoup', et dessiné dans le même goût un assez joli jardin derrière son hôtel de la rue Saint- Dominique*. Marie-Antoinette voulut voir ce dernier. Elle s'y rendit, le samedi 23 juillet', accompagnée des princesses Clotilde et Elisabeth, de Mademoiselle (la future duchesse de Bourbon) et de mesdames de Marsan, de Bourdcilles et de Bonac. Madame de Beauvau, qui avait inspiré cette curiosité, l'attendait dans la maison avec son mari. Madame de Caraman, entourée de trois de ses filles, accueillit Marie-Antoinette. La plus jeune qui avait dix ans, habillée en paysanne, comme fille du jardinier, présenta des bouquets aux visiteuses. « La reine combla le père, la mère et les enfants de toutes les marques de bonté et de toutes les grâces imaginables. Elle y resta une heure et demie, y fit la collation et charma tout le monde. » Elle permit à M. de Caraman de lui soumettre un plan pour son jardin de Trianon. Quelque temps après, elle alla à Moulin-Joli, jardin chinois, remarquable surtout par un pont chargé de pots de fleurs, d'où on avait une vue délicieuse sur la vallée de la Seine. Son possesseur, M. Watelet, peintre et poète, revendiquait pour les paysa-
1. Prince de Monlbarey. Mémoires autographes ;PAns, i825,3 v, in-ï®, II, 78. — Comte de Tilly. Mémoires; Paris, 1830, 3 v. in-8«, I, 251, 311.