Lerouge, cah. III, pi. 16 et
4. On y voyait des parterres de fleurs devant la maison, avec des massifs d'arbres dans le fond; à gauche, une pelouse dans le genre anglais ; à droite, un bosquet régulièrement dessiné, au bout duquel étaient une grotte et un petit temple. Lerouge, cah. XII, pi. 18.
5. Lettre de madame Du DefTand du 26 juillet 1774, t. II de sa correspondance (édit de 1877), p. 319. — Mémoires secrets, 23 juillet 1774.— Il y a une erreur dans le récit de Mercy (II, p. 209), qui dit que la visite eut lieu le vendredi 29.
PLAN DU JARDINIBR ANTOINE RICHABD. 67
gistes le rôle de dessinateurs de jardins, laissé jusque-là aux architectes; mais il ne lui suffisait pas de parler aux yeux du spectateur par une suite de tableaux variés, il s'adressait à son âme, et, par des inscriptions en vers, mises à propos sur un vieux saule au tronc noueux, sur un cabinet de verdure propre à la méditation, près de la roue d'un moulin, sur des ormeaux marqués des traces d'une inondation, en face de la vue d'un monastère , il lui suggérait des réflexions philosophiques ou sentimentales*. U ne parait pas que ce jardin littéraire ait fait grande impression sur Marie- Antoinette, qui ne visait pas au bel esprit. Elle se contenta du projet de M. de Caraman, dont le motif principal était, comme à Roissy, une rivière descendant du point le plus élevé et faisant le tour de l'enceinte, avec de vastes pelouses ornées de fleurs sous les fenêtres du ch&teau, et trois groupes principaux de bosquets disposés de manière à former des points de vue. La supériorité de ce plan {pL XI) sur celui de Richard saute aux yeux. Ce n'est plus un fouillis d'objets de toutes sortes entassés sans idée pittoresque. Il y a dans le tracé de M. de Caraman un véritable sentiment de la perspective et du paysage. Nous l'étudierons plus loin avec détail.
Richard, paraît-il, supporta difficilement la concurrence du jardinier grand seigneur. Le sans-gêne avec lequel celui-ci traitait les potagers de son père, au beau milieu desquels il plantait une montagne et creusait un lac, n'était pas fait assurément pour lui plaire. Les deux pièces suivantes laissent deviner des froissements. « Je vous envoie, monsieur, » écrit le comte de Noailles à M. d'Angiviller, directeur général des bâtiments, « le billet du sieur Richard fils. Il sera très soumis à vos ordres et a assez d'intelligence pour les bien exécuter; aussi, je crois comme vous que le règlement est très inutUe. J'envoie la copie du billet à M. de Caraman : vous garderez l'original. Je suis avec beaucoup d'estime, de con-
1. Grimm. Correspondance littéraire, etc., édition Tourneux; Paris, 1877- 1882, i6 T. in-8«, X, 522. — Madame Lebrun, I, i02. — Watelet. Essai sur les jardins; Paris, 1774.
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sidération et d'amitié, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. No AILLES. )) Voici l'engagement souscrit par Richard : « Je n'ai présenté mon plan à la Reine que parce que Sa Majesté me Ta ordonné et demandé; mais, dès que la Reine a jugé à propos d'en adopter un et de le signer de sa main, je serai soumis à tous les ordres qui me seront donnés par M. le comte de Caraman et par M. Mique, et les exécuterai fidèlement et promptcment. Richard fils*. » A ce premier déboire se joignit bientôt une autre difficulté. On se rappelle que Belle ville, jardinier du Grand-Trianon, avait eu jusqu'à ce jour tout le service dans ses attributions, à l'exception des potagers et des collections botaniques. Il prétendit que l'établissement du jardin anglais était de son ressort, et Gabriel le chargea des plantations et terrassements nouveaux. Le jardin botanique étant supprimé, la situation des Richard allait être réduite presque à néant. La rivalité de Belleville était d'autant plus redoutable que son fils aussi avait été en Angleterre et en Hollande à l'école des jardiniers les plus célèbres*. L'intervention du comte de Noailles, protecteur des Richard, fit cesser le conflit et décider qu'à partir du 1*' janvier 1775 ces derniers auraient exclusivement le soin du Petit-Trianon'.
Au mois de septembre, Gabriel avait demandé sa mise à la retraite*, et l'on avait donné la direction des travaux à un autre architecte, Richard Mique". C'était un Lorrain, et l'on sait que Marie-Thérèse avait recommandé d'une manière spéciale tous les Lorrains à sa fille. Mique était né à Nancy, le 18 septembre 1728, de Simon Mique, architecte, et de Barbe Michel. Il étudia d'abord l'architecture à Strasbourg, puis il suivit, à Paris, les leçons de
i. OH879.
2. OM084. Congé accordé, le 4 mars 1766, à Belleville fils, adjoint à son père, « pour aller en Hollande et en Angleterre se perfectionner dans la culture des jardins ».