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APPLICATIONS DIVERSES A L'INDUSTRIE ET A LA SCIENCE

Nous avons rapporté, dans les premiers chapitres de ce petit volume, Thistoire des charlatans américains, qui faisaient du Pétrole une panacée universelle; sans partager ces illusions, on peut dire qu'il mérite réellement une place dans la pharmacopée.

Au moins, en matière d'affections cutanées et même de rhumatismes, son efficjacité parait fort sérieusement établie. On peut, s'il s'agit des brûlures qu'il occasionne malheureusement d'une façon si terrible et avec tant de facilité, le comparer à la lance d'Achille qui excellait pour guérir les plaies qu'elle avait faites. Son efficacité résulte de la perfection avec laquelle une couche mince empêche tout contact avec l'air, cet oxydant si actif de tous les tissus dénudés.

Mais il y a des cas où l'action du Pétrole semble provenir d'une sorte d'énergie spécifique, plus ou moins analogue à celle des simples, ou des médicaments innombrables que Flore compose dans son gracieux laboratoire.

C'est au moins la prétention d'une multitude de marchands de produits pharmaceutiques, revêtus de noms bizarres, qui sont plus ou moins en vogue en Angleterre aussi bien qu'en Amérique, et dont quelques-uns ont envahi les officines françaises. Nous nous dispenserons d'en faire icil'énumération, que l'on ne trouvera que trop, en feuilletant les quatrièmes pages des journaux.

Si l'on en croit le Scientific American, feuille quelquefois fort intéressante, mais dont les indications ne peuvent jamais être accueillies que sous bénéfice d'inventaire, les fumées qui sortent du Pétrole jouissent de la propriété du protoxyde d'azote que sir Ilumphry Davy a appelé le gaz hilarant. On raconte dans le numéro du 17 octobre 1885, l'histoire d'un grand nombre de jeunes filles, employées de la compagnie India Rubber de Cambridge Massachusetts. Ces intéressantes demoiselles auraient été mises dans un état complet d'hystérie par les vapeurs de Pétrole provenant de vêtements en caoutchouc entassés dans le magasin où elles étaient employées comme vendeuses. Ces jeunes filles se seraient livrées à toute espèce d'extravagances et de danses bruyantes jusqu'au moment où l'ouverture des fenêtres aurait chassé le mauvais gaz, nous serions tenté de dire l'esprit malin, qui prenait plaisir à les piquer de la tarentule.

Nous trouvons dans un journal scientifique une note qui nous apprend que cette propriété singulière du Pétrole, découverte ainsi par le hasard, n'aurait pas été dédaignée; des médecins ont proposé très

sérieusement de l'utiliser à des insensibilisations. Il donnerait une nouvelle substance venant s'ajouter au nombre déjà si grand des anesthésiques, dont quelques personnes font malheureusement usage, pour se donner des jouissances dangereuses et coupables d'un nouveau genre d'ébriété.

La préparation du Pétrole comme dissolvant est une des spécialités les plus intéressantes, à cause de la grande extension que prend chaque jour l'industrie importante du caoutchouc. A côté de cet emploi majeur, nous ne citerions point la fabrication ; des huiles à dégraisser, si elle ne reposait sur l'emploi de la môme propriété.

A mesure que l'industrie progresse, il se révèle une architecture spéciale dont on n'avait pas l'idée il y a une vingtaine d'années, et dont on comprend mieux le caractère, en examinant le dessin des usines nouvelles, comme celle que d'habiles industriels ont établies dans les différentes contrées que nous avons déjà énumérées. On peut dire que le principe de la construction de ces ateliers modèles est de ne renfermer un appareil que lorsqu'il est bien démontré qu'on ne peut le laisser à la belle étoile, qu'il y aurait imprudence à le garder en plein air livré à l'intempérie des saisons. Les réservoirs sont surmontés d'une toiture, juste suffisante pour empêcher l'eau du ciel d'augmenter le volume de l'huile.

Les bâtiments sont isolés des uns des autres, de sorte que si le feu se déclare dans un hangar, il ne gagnera pas les magasins voisins. On n'est ja-

mais exposé à faire la part de Fincendie, parce que partout on a commencé par la faire avec la plus intelligente libéralité. C'est le cas d'appliquer le proverbe : Chacun pour soi et Dieu pour tous. C'est grâce à la perfection de ce système de protection qu'ils ont pu donner la preuve de sécurité absolue que nous avons citée plus haut.

Les produits qui sont les plus importants peut-être, après les huiles d'éclairage et de chauffage, sont les huiles à graisser, sœurs cadettes de celles qu'on réserve aux foyers. En effet, on les tire des mêmes liquides, qui restent dans l'alambic lorsque Thuile lampante est partie. Mais si ces huiles ont une même origine, elles s'en distinguent parce que le fabricant leur fait subir un traitement bien autrement soigné.^ Leur éducation est en rapport avec l'importance du service qu'elles sont appelées à rendre, en diminuant les résistances passives, cette plaie de la mécanique moderne.

On connaît plusieurs sortes d'huiles lampantes, que l'on distingue les unes des autres par leur point d'ébullition ; mais le nombre des huiles à graisser ne peut être décrit, car il se nomme légion, et les marchands décorent les produits des vocables les plus fantastiques tirés du grec, du latin et de l'arabe. Bientôt sans doute, le volapùck lui-même sera mis à contribution.

Cette profusion de termes et de préparations a en quelque sorte un fondement légitime dans la diversité des conditions dans lesquelles l'huile à graisser est appelée à travailler. En effet, chaque genre de

mécanisme a besoin, en quelque sorte, d'un degré spécialde fluidité. L'huile légère, presque idéale, qui conviendrait aux montres délicates, ne pourrait résister au frottement des essieux de locomotive. C'est par nuances et degrés, pour ainsi dire imperceptibles, que le fabricant passe de l'une à l'autre, de manière à donner complète satisfaction aux besoin de son client.

L'intérêt de diminuer la friction est si grand, qu'on a imaginé des appareils compliqués, afin de déterminer, en quelque sorte scientifiquement, le degré de viscosité. L'espèce de pupitre et la glace inclinée, dont nous parlons plus haut, n'ont point suffi. On a imaginé un entonnoir, dans lequel on maintient l'eau à une température déterminée, qu'un thermomètre permet d'apprécier. Le goulot de l'entonnoir est rigoureusement calibré, dételle manière qu'il ne laisse passer que des gouttes d'une grosseur semblable. On note sur un chronomètre le temps que le niveau du Pétrole met à passer d'un niveau supérieur à un niveau inférieur.

L'huile la plus délicate est, paralt-il, d'une couleur rosée. C'est celle que l'on obtient lorsque l'on a arrêté tous les cristaux de naphtaline en voie de formation. Cette opération, d'une précision inouïe, et qui devrait être exécutée par la main des fées, s'exécute à l'aide d'une fine mousseline, digne de servir à la parure des Houris.

La grande, l'immense chaleur que produit le Pétrole permet de l'employer dans des applications spéciales, telles que la préparation économique de

la chaux. Avec son aide on chasserait Tacide carbo • nique bien plus facilement qu'avec les fours classiques, où les vagabonds vont quelquefois se faire carboniser.

Dans des lampes spéciales, dont se servent les émailleurs, le Pétrple peut produire facilement des chaleurs tellement intenses que les artistes bijoutiers n'ont plus besoin du chalumeau à gaz hydrogène. La fabrication des instruments en verre devient un jeu d'enfants; la cire est moins docile que le cristal, qui coule comme de Teau entre les doigts de nos ouvriers verriers. Il en est de même de l'art des projections, à l'aide desquelles on peut propager les lumières intellectuelles dans le sein du peuple, et faire si facilement toucher des yeux les merveilles du monde invisible.

Une lampe au Pétrole avec une disposition mécanique simple, dispense de tout l'attirail compliqué que les démonstrateurs traînaient derrière eux, et qui nous a si souvent occasionné des désagréments dans nos conférences scientifiques. Mais pour que le Pétrole puisse rivaliser avec la lumière Drummond, il faut que la lampe soit assez habilement combinée pour que la ration d'oxygène fournie à la mèche soit suffisante; sans cela l'orateur ressemblerait au singe de la fable, qui a oublié d'éclairer sa lanterne. De l'air, toujours de l'air, et encore de l'air, avec cela le Pétrole viendra à bout de tous les corps. Malgré le grand entêtement du platine à conserver sa noblesse intacte, je doute qu'il résiste beaucoup mieux que des métaux plus roturiers.

La forge, la vulgaire forge, elle-même, sera transformée de fond en comble pai' l'introduction du Pétrole qui remplacera le cliarbon, avec une multitude d'avantages, dont le moindre sera peut-ôtre une certaine diminulion de prix. En effet, le travail deviendra beaucoup plus facile, ce qijf sera une première recommandation aux yeux de l'économiste. En second lieu, il sera beaucoup plus propre, ce qui

biaporation

|iermettra de l'exécutei' avec plus de précision, de délicatesse et de promptitude. Le changement de combustible, dispensant l'ouvrier de vivre dans la noirceur et dans la salelé, fera plus pour la cause de son émancipation, de son bien-être, de son instruction, que toutes les déclamations des chevaliers du travail.

La partie qui n'est pas la moins utile, et qui est certainement la plus curieuse du Pétrole est le résidu qu'il laisse à force de distillalions savantes.

graduées et ménagées. On donne à cet étrange produit plusieurs noms, parmi lesquels le plus usité est celui de naphtaline.

La solubilité de la naphtaline est influencée par la température, la pression barométrique et même la compo^tion du menstrue, ainsi que son état d'agitation. On peut dire que c'est dans la chasse à la naphtaline que brille le flair des praticiens. Mais le chimiste le plus expérimenté reviendrait bien des fois bredouille, s'il n'avait la ressource de la machine à glace, pour diminuer la quantité de calorique qui a pénétré malgré lui dans son atelier. On peut dire que, comme le voyageur de la fable de La Fontaine, il faut qu'il puisse à volonté souffler et le froid et le chaud.

L'appareil que nous dessinons au recto de cette page montre comment il est possible de modifier les propriétés physiques du Pétrole, rien qu'en facilitant, par un moyen mécanique, l'évaporation des gaz qui y sont contenus.

La naphtaline étant maintenue artificiellement dans un certain état de liquidité, très voisin de sa solidification définitive, on peut en soutirer certaines substances qui seraient devenues déjà solides sans cette expulsion, et qui ont en quelque sorte perdu la faculté de cristalliser, qu'elles ne devaient sans doute qu'à l'entraînement provenant d'un mauvais voisinage. Exemple, certainement inattendu, de l'influence des liaisons dangereuses.

Ces liquides nouveaux sont suceptibles d'être i utilisés dans des applications encore inconnues de j

nos jours. L'analyse chimique doit renoncer à les caractériser. Leur avenir industriel peut être déterminé par leur couleur, leur densité, leur degré de viscosité, leur point d'évaporation, leur degré d'inflammabilité, et môme leur facilité à se combiner lentement avec Toxygène de l'air, de manière à se résinifier. Peut-être découvrira-t-on dans cette série infinie le parfait vernis que cherchent les aéronautes depuis plus d'un siècle, et qui, s'il garde en prison l'hydrogène sans attaquer la solidité de l'étoffe, fera plus pour la solution de la grande question de l'utilisation des ballons, que toutes les ingénieuses combinaisons dont nous avons parlé pour propulser les aérostats.

Pour lutter avec l'oiseau, et conquérir enfin le droit au vol, il semble que ce n'est que d'une force légère que le génie humain ait besoin. Ce nouveau point d'appui, qui se nomme le Pétrole, semble devoir donner plus tard à nos Archimèdes les moyens de se soulever dans les airs, sans avoir besoin de l'intermédiaire du gaz pour s'y traîner. Grâce au Pétrole l'hélice trouvera peut-être le moyen de dé trôner l'aile, comme Nadar l'a rêvé.

On est parvenu à tirer du Pétrole une espèce de beurre très délicat, auquel on a donné le nom de vaseline. Cette substance paraît admirablement propre pour entrer dans la préparation de certains onguents. Dans ce cas, le Pétrole ne sert que de véhicule à des substances médicinales, que l'on y incorpore en quelque sprte mécaniquement. Toute fois, les observations que l'on a recueillies dans cette

application si humble n'en sont pas moins dignes d'intérêt. En effet il parait résulter d'expériences mentionnées par M. Boverton Redwood dans son mémoire à la Société des arts de Londres, que ces onguents à la vaseline permettent d'exercer, sans danger, des frictions avec des poisons qui tueraient le malade s'ils étaient introduits dans la circulation par la peau. Dans les cas nombreux où les médicaments auxquels la matière graisseuse sert de véhicule, doivent être absorbés par l'économie animale, il paraît préférable d'employer le saindoux et de s'en tenir à la vieille méthode.

On n'a point oublié la surprise qu'a excitée, il y a quelque vingtaine d'années, l'apparition tout à fait inattendue des couleurs brillantes et des parfums tirés du goudron de houille. Il faudrait avoir l'esprit doué de bien peu de philosophie pour ne pas comprendre que le Pétrole naturel se prête mieux encore que le Pétrole artificiel à ce genre de manipulations délicates dans lesquelles l'esprit humain tire parti des leçons de la Providence.

En effet, la nature elle-même nous a, en quelque sorte, montré la route que nous devions suivre, en modifiant de mille manières la teinte et l'odeur des liquides, ou des composés bitumineux qu'elle semble avoir préparés dans ses laboratoires pour l'éducation de nos chimistes.

Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces actions délicates et multiples, qui permettent de transporter sur les tissus dont la beauté se pare, les nuances les plus admirables de l'iris, les teintes les plus suaves

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de la corolle des fleurs. Comment surtout dépeindre les manipulations subtiles dont le résultat est d'imiter les effluves indéfinissables dont le vent se charge lorsqu'il traverse les parterres de nos jardins, et caresse les plantes timides des champs!

Parmi les centres où ces industries féeriques se développent en ce moment, nous nous ferons un plaisir de citer une parfumerie française qui s'est établie à Moscou, avec toutes les ressources des grands laboraloiVes de Paris. Les hardis négociants qui ont fondé cette colonie artistique et scientifique montrent au monde élégant et aristocratique de la Russie autoritaire tout le parti qu'il peut tirer de son entente cordiale avec la Démocratie française.

Il est bon de se rapprocher de ces découvertes et de ces essais qui jetteront certainement un grand lustre sur la chimie nationale, lors de la prochaine exposition du Champ de Mars, un souvenir historique des plus intéressants, et qui rattache directement le Pétrole à une des inventions les plus remarquables qui aient fondé sur une base impérissable la gloire de notre chère patrie.

En effet le bitume de Judée, sur lequel a travaillé avec tant de bonheur et de talent le grand Niepce, est, comme nous l'avons rapporté dès notre premier chapitre, une substance dérivée du Pétrole. L'huile est devenue une matière oléagineuse naturelle, épaissie et noircie par l'action concrétionnante de l'oxygène de l'air. Mais en prenant cet état singulier, les molécules n'ont pas perdu leur excessive impressionnabilité.

C'est ce qui fait que le créateur de la photographie a pu s'adresser à cette substance célèbre non pas pour conserver, des cadavres inertes, mais pour fixer, d'une façon indélébile, indestructible, les différentes scènes de la vie.

Les espérances que Niepce avait pu concevoir ont été dépassées largement, d'une façon dont on ne peut juger sainement qu'en étudiant de près les Merveilles de la Photographie. Ces derniers succès doivent surprendre ce grand homme, si, dans les Champs Élysées, où il a sans doute les soleils sous ses pieds, il peut encore s'intéresser au développement de l'industrie qu'il a créée sur la terre. Les épreuves admirables dans lesquelles on mesure, d'une main si avare, le temps qu'on accorde à la lumière pour jouer son rôle d'artiste quasi divin, sont dues exclusivement à des substances dans lesquelles il n'entre pas un seul atome de Pétrole. Mais c'est en bonne partie au Pétrole, qu'après le génie de Niepce, il faut attribuer ces procédés qui permettent de saisir l'eau qui coule, l'homme qui marche, le cheval qui court, l'oiseau qui vole, et peut-être aussi le boulet qui file vers le but que Partilleur lui a désigné.

On a reconnu, il y a environ quarante ans, que la matière qui épaississait le Pétrole, qui l'empêchait de monter dans la mèche," qui le rendait fuligineux, était une substance blanche, tellement difficile à attaquer qu'on lui a donné le nom de « paraffine », c'est-à-dire la substance inerte par excellence, celle à laquelle la chimie ne connaît aucune préférence,

ni aucune antipathie. On pourrait croire qu'un composé aussi peu maniable n'aurait jamais aucune utilité.

Qui eût dit que cette paraffine elle-même servirait à fabriquer des bougies permettant de lutter avantageusement avec les plus blanches que donne la cire des abeilles de Virgile, et ayant de plus l'avantage d'être parfaitement transparentes, de se marier admirablement avec les lustres où on les fait figurer, d'ajouter un nouvel éclat à la splendeur des guirlandes de cristal dont elles sont environnées.

Lorsque nous avons fait une conférence à Neuilly sur le Pétrole, la vue de bougies qu'un habile chimiste venait d'en tirer pour la première fois dans une usine parisienne, excita la plus vive surprise. Nous dûmes les laisser dans des vitrines où elles sont encore exposées, avec le coke, produit par la carbonisation des derniers résidus. •

Le Pétrole sert encore à conserver à l'abri de l'air et de l'humidité les substances éminemment combustibles, comme le sodium, le potassium, le magnésium, etc., etc. S'il ne laissait pas d'odeur et de goût, et ne se combinait pas avec les matières grasses, il serait excellent pour le transport des viandes, mais il est sans rival pour les préparations anatomiqucs.

Dans tous les cabinets d'histoire naturelle, il remplacera certainement l'alcool, à cause de son bon marché ainsi que de son efficacité.

Mais ce qui paraîtra peut-être surprenant, même après toutes les merveilles que nous avons rappor-

lées, c'est de voir qu'il peut même faire concurrence à Teau, ce liquide que les jardiniers de M, Alphand répandent à profusion avec leurs longs tubes à roulettes dans toutes les voies publiques et dans tous les squares de Paris.

L'huile lourde sert pour arroser les rues de Bakou, qui sont en été couvertes d'une couche de poussière épaisse de plus de trente centimètres, et qui, par conséquent, absorberait une quantité épouvantable d'eau, pour se transformer en boue véritable. Le soleil de feu, qui tombe impitoyablement sur ces voies désolées, le dessécherait à peu près aussi rapidement qu'on les inonderait, si Ton n'avait à sa disposition que le liquide dont la nature a rempli les fleuves et les océans de la terre. Il n'en est pas de même de l'huile lourde produite avec tant d'abondance par les raffineries de Bakou. Les bienfaits (l'un arrosage se font sentir pendant des mois entiers. Toutefois, cette singulière et brilhmte médaille a un affreux « revers ». En effet, la boue au Pétrole pénètre les vêtements et les tache d'une façon définitive; les habitants ne connaissent pas d'autre moyen de se débarrasser des maculalures que produit son contact, que de ne pas s'y exposer en évitant de faire des courses à pied. Mais, quoique radical, ce procédé ne serait point à la portée de tous les radicaux.

Beaucoup d'auteurs sont atteints de la manie qui consiste à deviner ce que deviendra la société humaine dans un, deux ou trois siècles, sans s'apnrcevoir que, ne sachant pas ce que nous devien-

drons dans un an, nous avons bien peu de chances pour deviner ce qui arrivera à nos futurs neveux dans deux ou trois cents.

Si malheureusement pour notre repos nous tombions dans ce travers, nous serions tenté de penser que, d'ici là, on aura trouvé le moyen d'extraire du Pétrole une liqueur qui fera concurrence à la chartreuse et même au cognac, qu'un petit verre de la plus fine de Bakou terminera les festins de bonne compagnie. Grâce aux progrès que fait tous les jours la synthèse chimique, nous nous figurons encore que d'habiles praticiens arriveront à triompher de la résistance qu'éprouve l'azote à entrer dans de nouvelles combinaisons, qu'ils l'obligeront à se fixer sur le Pétrole et à en faire un liquide comestible, remplaçant avec avantage la viande, surtout jjour les gens qui n'ont pas de dents.

Mais ce qui n'est soumis à aucune espèce d'éventualité, c'est que la triste multiplication des risques spéciaux d'incendie provenant des manipulations du Pétrole réclame des précaulions de plus en plus plus sérieuses, de plus en plus rigoureuses.

La collision d'un train de voyageurs et d'un train express sur les lignes canadiennes montre l'étendue des désastres que peut produire une simple fuite survenue dans un tube d'un frein à air.

Nous croyons qu'il n'est pas superflu d'appeler de nouveau l'attention sur cette catastrophe, à l'aide d'un dessin exécuté d'après les documents que nous avons recueillis.

En effet, au moment où nous donnons les bons

è tirer, nous apprenons qu'un immense incendie vient d'éclater fi Sarakhani, et que Ton craint que tous les puits du district ne soient détruits. Il est clair qu'une allumette, aux mains d'un nihiliste, pourrait amener des désastres dont nous ne nous chargerons pas de calculer la portée.

On peut appliquer au Pétrole ce qu'un grand philosophe du commencement du siècle disait des principes de la science et de la philosophie moderne- Us sont également susceptibles de conduire à des fins funestes, ou à des fins utiles à l'humanité. C'est à notre raison que le choix appartient. Il ne nous paraît pas un seul instant douteux que, relativement au Pétrole, notre inlclligence et notre initiative s'exerceront du bon côté.

D'après les journaux de New- York, les fermiers de Kokomo, petite ville de l'Indiana, viennent^ d'appliquer à un usage nouveau le gaz naturel récemment découvert dans cette région. Au lieu de se borner à adorer comme les mages le feu qu'ils tirent ainsi qu'eux du sol en y enfonçant de simples tubes, ils font servir des candélabres mobiles à éclairer les champs. Grâce à cette heureuse innovation, ils peuvent employer la nuit à recueillir les moissons que le soleil a fait mûrir. Il est inutile d'insister sur les avantages d'une semblable pratique, qui a rendu des services inappréciables pendant la température sénégalienne ayant sévi en 1887 de l'autre côté de l'Atlantique. Mais le bon marché croissant du Pétrole ne permettra-t-il pas d'étendre les bienaits de cette manière de faire la récolte à des ré-

gions OÙ le Pétrole a besoin d'ôtrc artificiellement apporté?

Dans un récent ouvrage sur les Eaux souterraines, M. Daubréc a trouvé moyen de développer de nouveau ses idées sur le rôle que le Pétrole joue dans la nature, et sur l'origine du plus précieux, du plus maniable et du plus puissant de tous les combustibles naturels.

Le savant géologue dont nous avons résumé plus haut les théories, examine avec un soin particulier les sources qui ne sont point amenées au jour par Faction de la pesanteur, comme le sont celles qui découlent des montagnes, c'est-à-dire les naïades que les anciens auraient considérées comme infernales, et qui ne sortent du sol que parce qu'elles sonl poussées par un gaz ayant une puissance suffisante d'expansion pour triompher de cette force universelle.

Pendant longtemps, on ne s'est occupé que d(» l'acide carbonique qui, dans la plupart des cas, produit ces curieux phénomènes. Mais depuis que l'atlention des physiciens s'est portée sur ces émanalions, on a reconnu que toujours l'acide carbonique est accompagné d'hydrogèiu^, carboné et d'autres hydrocarbures.

Ces phénomènes ont été constatés pour la première fois en 1789, par l'illustre Spallanzani lorsqu'il a décrit la Salsede Sassuolo, qui avait été déjà signalée par Pline. On les a étudiés sur les volcans boueux de Macaluba, qui existent depuis un temps immémorial au nord de Girgenti; sur ceux de Cal-

tanizetta, qui sont à proximité de sources exploitées de Pétrole. Ils existent dans tous les sites dont nous avons parlé plus haut. MM. Charles Sainte- Claire Deville et Sylvestre ont fait les mômes constatations dans les volcans boueux temporaires, qui ont jailli au pied de TEtna, lors des éruptions de 1856, de 1879 et de 1885.

On doit en conclure que partout ces fontaines jaillissantes peuvent être considérées comme des symptômes indiquant la présence de gites souterrains, plus ou moins abondants, et où le Pétrole a pu éprouver une combustion plus ou moins complète.

Nul doute que M. Daubrée n'ait eu raison de rapporter le Pétrole aux phénomènes d'ordre volcanique, et de le considérer comme étant un des termes de la série des substances qui peuvent être produites directement par l'activité souterraine, et de le ranger, sous ce point de vue, à côté de l'acide carbonique.

Non seulement il peut provenir de la distillation des houilles, de la décomposition des plantes ou des animaux, mais il peut être fabriqué de toutes pièces dans les profondeurs impénétrables de la terre.

Nous nous trouvons donc ramenés, par l'observation des phénomènes relatifs au Pétrole, à des idées analogues, à celles que professaient les anciens philosophes lorsqu'ils considéraient la Terre et, en général, les corps célestes comme doués d'une sorte de vie analogue à la nôtre, mais d'une essence

supérieure. Sans nous laisser entraîner à en faire des génies, possédant une raison quasi-divine, agissant sur les destinées humaines, créant les espèces par une vertu spécifique, nous sommes conduits à nous demander si l'intérieur du globe ne renferme pas des organes distincts, et n'engendre pas des sécrétions dont le Pétrole pourrait être une des principales. Nous nous écartons malgré nous de ces conceptions, trop simples pour être l'expression de la vérité, qui ne voient dans ces globes immenses que des conglomérats de substances inertes, en train de se reproduire.

La géologie moderne, et surtout le chapitre, encore presque inédit, qui s'occupe du Pétrole, nous paraît d'accord avec l'esprit poétique, qui nous fait entrevoir des forces organisées sous nos pieds, et au-dessus de nos têtes, dans le fond des abîmes océaniques, et au sein des airs, dans les régions ultimes qui vomissent les bombes volcaniques et les hydrures de carbone, et dans les zones glacées où le gaz transporte les hardis aéronautes. Partout, dans les échos de notre conscience, comme sur le sommet des montagnes, nous entendons les grandes voix de la nature chanter l'hymne de reconnaissance envers l'auteur ineffable de toutes choses.

La Terre se présente à nos yeux comme un laboratoire immense, qui se développe suivant la loi de ses destinées, en obéissant à la puissance qui règle ses révolutions célestes.

L'abondance des gîtes, rivaux possibles du district de Bakou, n'est-elle pas un argument nouveau.

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inattendu, contre cette théorie fallacieuse à l'aide de laquelle on croyait possible d'expliquer la création du monde sans avoir besoin de l'intervention du Créateur?

Ces découvertes, dont la civilisation tire un si brillant parti, ne sont-elles point appelées à donner (les résultats heureux, pour le développement de la vraie philosophie de la nature, sans laquelle la civilisation n'est qu'un leurre et un mensonge?

Telles sont les questions que nous ne pouvons traiter en ce moment, mais que nous devons signaler à l'attention bienveillante et active du lecteur.

En effet, il est consolant de voir que si les découvertes dont le Pétrole est l'objet, mettent aux mains des anarchistes de terribles moyens de porter la dévastation dans toutes les parties de nos cités, elle donne au sage un moyen de faire briller l'étendue de la Providence, de montrer l'équilibre merveilleux des forces qui mènent le monde, et de détruire l'édifice élevé par l'orgueil, afin de chasser en quelque sorte Dieu de son œuvre.

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